Bois Protat

Bois Protat
Date
Côté Crucifixion autour de 1420, côté Annonciation vers 1450
Type
Technique
Dimensions (H × L)
60,5 × 24,5 cm
Lieu de découverte
Collection
No d’inventaire
FRBNF45805941
Localisation

Le Bois Protat est le nom donné à un fragment de bois de noyer, gravé sur ses deux faces, c'est une matrice considérée comme le plus ancien bois gravé conservé du monde occidental, certainement du début du XVe siècle. Son nom vient de l'imprimeur mâconnais, Jules Protat, qui en fait l'acquisition au XIXe siècle, après sa découverte en , en Bourgogne près de l'abbaye de La Ferté (Saône-et-Loire). Cette pièce unique est conservée depuis au département des estampes et de la photographie de la Bibliothèque nationale de France.

Cette planche taillée en relief, une fois encrée, permet d'imprimer les gravures et d'en faire des reproductions multiples, sur papier ou sur tissu. Par la technique de taille d'épargne, les parties creuses ne reçoivent pas l'encre, elle se dépose sur la surface en relief qui marque le dessin. La presse n'est pas indispensable, l'impression peut se faite par une pression de la main.

Le Bois Protat pourrait être lié aux premiers centres de production de France ou d'Allemagne du Sud, vers -.

Histoire

Contexte

La xylographie est pratiquée en Chine à la fin du 1er siècle. Elle se développe en Europe à partir du XIVe siècle. De très anciens xylographes ont été découvert en Asie. En Europe, le Bois Protat apparait comme la plus ancienne matrice conservée dans le monde[1]. On n'a pas retrouvé d'estampes datant de cette époque, les plus anciennes proviennent d'Europe du Nord au début du XVe siècle. On ne connait pas d'impressions anciennes faites avec cette matrice.

Découverte

La planche a été retrouvée à Laives, dans une maison située non loin de l'abbaye de La Ferté[2]. Récupérée par un menuisier, elle servait de cale dans le dallage d'un escalier. En , ce bois est découvert de façon fortuite par Jules Protat[Note 1] (1852-1906), imprimeur et collectionneur averti, qui admire le dessin gravé et identifie cette plaque xylographe comme une matrice fort ancienne. Il en fait l'acquisition et de retour chez lui, à Charnay-les-Mâcon, il procède à une impression avec de l'encre. Il voit mieux la qualité du dessin et comprend qu'il a découvert un objet exceptionnel[3]. Cette épreuve est exposée en à l'Exposition Universelle de Paris[2].

Conservation

Jules Protat confie son bois à Henri Bouchot, conservateur du cabinet des estampes à la Bibliothèque nationale, qui l'étudie attentivement, en comprend l'importance et l'estime aux environs de 1370[3].

Le Bois Protat demeure jusqu'en dans la famille Protat qui l'offre en dation au département des estampes de la Bibliothèque nationale de France, où il se trouve aujourd'hui[4].

Il est conservé depuis dans une boîte climatique destinée à en assurer la meilleure préservation. Il est montré au grand public pour la première fois en à l'occasion de l'exposition Les Origines de l’estampe en Europe du Nord au musée du Louvre[5]. C'est une pièce maitresse du département des estampes et de la photographie de la BNF.

Description

La planche est nommée Matrice avec la Crucifixion et l'Annonciation dit "Bois Protat" dans le catalogue de la BNF[6].

C'est un morceau de bois de noyer gravé sur chacune de ses faces, recto et verso. Ses dimensions sont de 605 × 245 mm[4]. L'objet est fragmentaire, car amputé de la moitié de sa largeur[7]. La gravure est en relief, selon la technique de la taille d'épargne.

Iconographie

Épreuve obtenue après encrage et tirage de la face dite « de la Crucifixion ».

Sur une face est représenté un fragment d'une Crucifixion. La partie manquante figurait à l'origine la Vierge Marie avec Jean[7].

On voit sur une partie de la croix le bras gauche du Christ en haut, à droite. Trois hommes tenant des armes se tiennent debout[6]. Un centurion, portant une barbe et des cheveux en volute, attire l'attention des deux soldats romains en levant le doigt vers le haut.

Il s'agit de Longin le centurion qui, selon la Bible, aurait compris à l'instant crucial que le crucifié était bien le fils de Dieu. Un phylactère partant de sa bouche comporte un texte en latin, Vere filius Dei erat iste («Celui-ci était vraiment le fils de Dieu»), étant destinée à l'impression, l'inscription est taillée à l'envers[8].

L'inscription est en minuscule gothique [2]

L'Annonciation

L'autre face apparait plus endommagée, car elle a dû supporter la pression des carreaux du dallage[2]. Elle représente la scène de l'Annonciation. L'archange Gabriel est agenouillé, cependant il manque la Vierge Marie[7]. Le fond est en damiers losangés, et en semis de quartefeuilles au-dessus des ailes[2].

Analyse

Il ne s'agit que d'un fragment, selon Bouchot ce serait un tiers ou un quart de l'original[2]. Actuellement, l'analyse du bois et de son iconographie tend à démontrer que le fragment qui nous est parvenu correspond à la moitié de sa totalité[7].

Datation

Plusieurs spécialistes se sont penchés sur cet objet remarquable. Les analyses au carbone 14 n'ont pas permis d'affirmer la datation de façon précise[7].

Lorsqu'il l'étudie au début du XXe siècle, Henri Bouchot comprend que le Bois Protat est très ancien, il le date autour des années 1370-1380[2].

Il établit des comparaisons entre les scènes gravées et les enluminures de cette époque. Il reprend les éléments des costumes. Il remarque que l'inclinaison particulière de la tête des soldats n'est plus dessinée ainsi par les artistes du XVe siècle[2]. L'inscription en lettres gothiques est un indice, car cette écriture était en usage en Allemagne avant le XVe siècle[2]. Les décorations des semis losangés et quatrefeuilles se retrouvent sur les manuscrits de la fin du XIVe siècle[2].

La datation s'avère difficile, la Crucifixion daterait de , l'Annonciation apparait postérieure, vers [4].

Origine

L'aire de production, Allemagne du Sud ou France, fait encore débat[7].

Les hypothèses de Bouchot[2] apparaissent très partiales, elles étaient motivées par une volonté nationaliste de prouver que la naissance de l'estampe a eu lieu en France, et non en Allemagne.

De même, l'idée que son lieu d'invention détermine son lieu d’exécution doit être remise en cause[9]. Aucune xylographie de cette époque n'a pu être mise en rapport avec certitude avec la région de la Bourgogne, l'essentiel de la production des années 1400-1440 étant localisée en Allemagne du Sud. L'analyse iconographique des différentes composantes de la Crucifixion oriente aussi bien vers la France que l'Allemagne, ce qui n'a rien d'étonnant, tant le style de cette époque était transterritorial[9].

Usage

On ne conserve pas de tirage sur papier qui aurait été effectué à cette époque[7].

Il est possible que le bois ait pu servir à une impression sur tissu[7]. Mais ce n'est plus la seule hypothèse. La recherche sur les formats des papiers de l'époque a permis d'identifier de très grandes feuilles, correspondant à la dimension de la totalité de la matrice. Cela contredit en grande partie l'idée de Bouchot disant que cette planche devait servir à l'impression de tissus[9].

Expositions

Notes et références

Notes

  1. Imprimerie installée à Mâcon, qui présenta la particularité d'être l'une des rares en France à pouvoir publier des livres écrits en caractères spéciaux (grec, arabe, hébreu, russe, copte, syriaque, abyssin, sanscrit, etc.).

Références

  1. Séverine Lepape, « Les Origines de l’estampe en Europe du Nord (1400-1470) », sur journals.openedition.org, (consulté le )
  2. a b c d e f g h i j et k Henri Bouchot, Un ancêtre de la gravure sur bois. Étude sur un xylographe taillé en Bourgogne vers 1370, Paris, E. Lévy, 1902.
  3. a et b Rhône estampe _ Source : René Prétet, Chroniques de Saône et Loire, Horvath, 1985 BNF Gallica., « Une découverte »,
  4. a b et c « BaTyR n°29352 | BaTyR - Base de Typographie de la Renaissance », sur batyr.univ-tours.fr (consulté le )
  5. Séverine Lepape, « Le bois Protat se prépare au public », Ad Vivum. L'estampe et le dessin anciens à la BnF, 5 octobre 2013 (lire en ligne).
  6. a et b [Matrice avec la Crucifixion et l'Annonciation dit "Bois Protat"] : [estampe] [matrice (lire en ligne)
  7. a b c d e f g et h « Qu’est-ce que le bois Protat ? Par Caroline Vrand », sur BnF Essentiels (consulté le )
  8. « Soldats armés pendant la Crucifixion », sur BnF Essentiels (consulté le )
  9. a b et c Séverine Lepape, « Le Bois Protat » dans Les Origines de l'estampe en Europe du Nord (1400-1470), Paris, Éditions Le Passage/Édition du Louvre, 2013.
  10. « Autour de l'exposition « Imprimer ! L’Europe de Gutenberg » », sur BnF - Site institutionnel, (consulté le )

Voir aussi

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie

Content Disclaimer

Informasi ini disarikan dari Wikipedia dan disajikan kembali untuk tujuan edukasi. Konten tersedia di bawah lisensi CC BY-SA 3.0. Kami tidak bertanggung jawab atas ketidakakuratan data yang bersumber dari kontribusi publik tersebut.

  1. The information displayed on this website is sourced in part or in whole from Wikipedia and has been adapted for the purpose of restating it. We strive to provide accurate and relevant information, however:
  2. There is no guarantee of absolute accuracy. Wikipedia is an open, collaborative project that can be edited by anyone, so information is subject to change.
  3. It is not intended to constitute professional advice. The content displayed is for informational and educational purposes only. For important decisions (e.g., medical, legal, or financial), please consult a professional.
  4. Content copyright. Wikipedia is licensed under the Creative Commons Attribution-ShareAlike License (CC BY-SA). This means that content may be reused with appropriate attribution and shared under a similar license.
  5. Responsible use. Any risk arising from the use of information from this website is entirely the responsibility of the user.