Columelle

Columelle
Statue de Columelle, Plaza de las Flores, Cadix.
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Ie siècleVoir et modifier les données sur Wikidata
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Armée impériale romaine (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Unité
Grade militaire

Lucius Iunius Moderatus Columella dit Columelle est un agronome romain de la première moitié du Ier siècle de notre ère, né en 4 à Gadès (aujourd'hui Cadix), dans la province de Bétique, et mort en 70 à Tarente.

Biographie

Il vit sous le règne des empereurs Tibère, Caligula et Claude Ier. Son oncle paternel, instruit dans les hautes sciences, était un des agriculteurs les plus habiles de la Bétique. Après quelques années passées dans l'armée, où il occupe le poste de tribun en Syrie en 35, il se consacre à l'agriculture. Après avoir observé la Cilicie et la Syrie, il devient possesseur d'une terre dans le canton d'Ardée, à trente kilomètres de Rome. Il prend le temps d'observer les différentes exploitations de la campagne romaine, notamment celle de Sénèque à Nomentum.

C'était un grand propriétaire terrien et il administrait ses biens. Pour se perfectionner, il avait voyagé dans les pays de l'empire romain afin d'en connaître les productions, les méthodes de culture et de s'instruire de tout ce qui concerne l'économie rurale : non seulement en Espagne (sa patrie), mais aussi en Italie, en Asie et en Afrique. Il se fixa ensuite à Rome pour rédiger son œuvre.

Œuvre agronomique

De re rustica, 1564

Le traité De re rustica en douze livres est le seul ouvrage de Columelle qui nous soit parvenu. Il est rédigé entre 40 et [1]. Son thème principal est l'agriculture et l'exploitation des latifundia au début de l'époque impériale. Avec le De agricultura de Caton l'Ancien, dont il est d'ailleurs partiellement inspiré, cet ouvrage représente la source la plus importante d'information sur l'agriculture romaine.

Selon les règles de la rhétorique latine, Columelle dédie son ouvrage à un certain Publius Silvinus, propriétaire à Caere et voisin de Columelle, dédicace figurée au début du livre I, et curieusement répétée au début de chaque livre, insistance qui ne correspond pas aux usages littéraires. Dans cet exorde, Columelle réfute l'idée de la perte de fertilité irréversible de la nature, par épuisement et hostilité climatique, et professe une vision optimiste de l'action humaine sur la nature[2].

Le premier livre traite de l'utilité et de l'agrément de l'économie rurale ; le second, des champs, de la manière de les ensemencer, et de la moisson ; le troisième, des vignes et des vergers, avec une démonstration chiffrée de la rentabilité de la viticulture[3] ; le quatrième de la culture des vignobles ; le cinquième de la culture des arbres et de la manière de mesurer le temps ; le sixième, du gros bétail (bovins, chevaux, ânes et mulets) et de ses maladies ; le septième, du petit bétail et des chiens ; le huitième, de la basse-cour ; le neuvième, de l'apiculture ; le dixième, écrit en hexamètres, des jardins[4] ; le onzième, des devoirs du fermier ; le douzième, du rôle de l'intendante (villica) et des recettes de conservation nécessaires à ceux qui s'occupent d'économie rurale, véritable revue des aliments de base d'une villa au Ier siècle apr. J.-C.[5].

Dans les premières éditions, le traité sur les arbres (De arboribus) – qui s'inspire largement du livre V et n'a peut-être pas été rédigé par Columelle – est donné comme le treizième livre de la Res rustica ; il a grandement servi aux critiques pour corriger le texte du livre 5 là où celui-ci est altéré. Les eaux stagnantes doivent faire l’objet d’un traitement particulier, insiste Columelle. Il convient de drainer les zones marécageuses pour des questions de salubrité. Dans le De re rustica, il parle d’eau pestilentielle (pestilens), laissant échapper des « miasmes empoisonnés » sources de maladies obscures[6].

Columelle a été utilisé par les auteurs latins postérieurs qui ont abordé les mêmes sujets : Pline l'Ancien, Quintus Gargilius Martialis, Pelagonius, Végèce et surtout Palladius. Il était encore connu à l'époque de Cassiodore et d'Isidore de Séville. Toutefois, après la Renaissance carolingienne, il est tombé dans un oubli presque complet jusqu'au Quattrocento, victime de la concurrence du traité de Palladius, à la fois plus court et d'usage plus commode (il a la forme d'un calendrier agricole)[7].

Manuscrits sources

Deux copies manuscrites du De re rustica datées du IXe siècle ont été conservés[8] :

  • à Leningrad, Bib. Public., Clas Lat. F I, 1, dit manuscrit S, rédigé au scriptorium de Corbie (Somme en France) qui le conserve jusqu'au XVIIIe siècle
  • à Milan, Bibl. Ambr., L85 sup, dit manuscrit A

A et S dérivent d'un modèle commun, mieux transcrit dans S. Au début du XVe siècle, une copie, perdue depuis, issue du manuscrit A, contaminé par un autre manuscrit inconnu et également perdu, sert de source à une quarantaine d'exemplaires (dites manuscrits R recensiores)[9].

Quelques manuscrits antérieurs au XVe siècle contiennent des extraits (excerpta) de livres du De re rustica, principalement pour le livre V[10].

Traductions françaises

Louis du Bois : « Quant à l'élégance de son style, c'est un mérite de plus, et il ne faut pas le dédaigner, quoiqu'il ne soit que secondaire dans les écrits sur les arts. En effet, il ne suffit pas de dire de bonnes choses, il faut les présenter avec la parure qui leur convient : un livre bien écrit, c'est-à-dire élégant, correct, précis et clair, employant toujours le mot propre, rend l'instruction plus accessible en donnant à la mémoire plus de moyens de retenir ce qui la frappe, et à l'intelligence plus de facilité pour apprécier ce qu'on lui enseigne. Au reste, à une époque où l'on parlait si bien, comment un homme supérieur n'aurait-il pas bien écrit, et comment eût-il résisté à la tentation d'écrire en vers la culture des jardins, ce sujet si poétique que Virgile regrettait de ne pas traiter, Virgile, le plus grand poète des Romains, et dont Columelle cite si fréquemment les beaux vers et les bons préceptes, appréciant ainsi le savant agronome dans le versificateur harmonieux, et sachant bien que la maxime en vers éclaire plus l'esprit et se grave mieux dans la mémoire que l'aphorisme auquel la prose sert d'introductrice. »

Au XXe siècle, l'éditeur Les Belles Lettres a entrepris la publication d'une édition critique avec traduction française et commentaires.

Notes et références

  1. Zannier 2014, p. 55.
  2. André 1989, p. 256-258.
  3. Étienne 1980, p. 121 et suiv.
  4. Il répond ainsi au vœu formulé par Virgile lui-même de voir un jour comblée l'absence de ce thème dans son grand poème des Géorgiques (Élizabeth BINE, « Columelle, lat. Lucius Junius Moderatus Caius (Ier s.) », Encyclopædia Universalis). Le texte se trouve dans le livre IV des Géorgiques, du vers 116 (« Si je n'avais hâte de tourner ma proue vers la terre, peut-être chanterai-je quels soins réclame la culture des jardins… ») au vers 148 (« je passe et abandonne à d'autres le soin de l'évoquer »), encadrant l'épisode du vieillard de Tarente.
  5. Zannier 2014, p. 61-62.
  6. Camille Bullou, « Les eaux et leurs représentations mythologiques », sur Odysseum, (consulté le )
  7. Corsetti 1978, p. 109.
  8. Corsetti 1978, p. 109, notes 3 et 5.
  9. Corsetti 1978, p. 110.
  10. Corsetti 1978, p. 112 et suiv.

Voir aussi

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Traductions

  • Les Agronomes latins : Caton, Varron, Columelle, Palladius, traduction de Charles-François Saboureux de La Bonneterie, Paris, 1844 [1] [première édition : Paris, Didot, 1771-1775].
  • L'Économie rurale, traduction de Louis Du Bois, Bibliothèque latine-française, Paris, Panckoucke, 1844-1845. [2] et [3].
  • (la + fr) Columelle (trad. Jean Christian Dumont), De l'Agriculture, livre III : La viticulture, Les Belles Lettres, , XXIII - 187 p. (ISBN 9782251013718).
  • (la + fr) Columelle (trad. Jean Christian Dumont), De l'Agriculture, livre IX : L'élevage des petits animaux, Les Belles Lettres, , 95 p. (ISBN 2-251-01425-X).
  • (la + fr) Columelle (trad. Eugène De Saint-Denis), De l'Agriculture, livre X : De l'horticulture, Les Belles Lettres, , 84 p. (ISBN 9782251010878).
  • (la + fr) Columelle (trad. Jacques André), De l'Agriculture, livre XII : De l'intendante, Les Belles Lettres, , 238 p. (ISBN 9782251013428).
  • (la + fr) Columelle (trad. Raoul Goujard), De l'Agriculture, les arbres, Les Belles Lettres, , 208 p. (ISBN 9782251013305).

Bibliographie

  • Le projet AgroCCol vise à publier une nouvelle traduction du livre II de Columelle sur les céréales et à créer un site web sur les textes agronomiques anciens.
  • Jean-Marie André, « Littérature technique et héritage de la rhétorique cicéronienne chez Columelle », Ktèma : civilisations de l'Orient, de la Grèce et de Rome antiques, no 14,‎ , p. 255-272 (lire en ligne).
  • Pierre-Paul Corsetti, « Note sur les excerpta médiévaux de Columelle », Revue d'histoire des textes, no 7,‎ , p. 109-132 (lire en ligne).
  • Robert Étienne, « La comptabilité de Columelle », dans Les « dévaluations » à Rome. Epoque républicaine et impériale. Volume 2. Actes du Colloque de Gdansk (19-21 octobre 1978), École Française de Rome, (lire en ligne), p. 121-128.
  • José-Ignacio García Armendáriz, « Un nouveau manuscrit de Columelle ? », Revue d'histoire des textes, no 23,‎ , p. 189-201 (lire en ligne).
  • Marie-Pierre Zannier, « Du champ à la table : thèmes alimentaires chez les agronomes romains (IIe siècle av.-Ier siècle apr. J.-C.) », dans Des mets et des mots. Actes du 138e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, «  Se nourrir : pratiques et stratégies alimentaires  », Rennes, 2013, Paris, Editions du CTHS, (lire en ligne), p. 54-67.

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