Elizabeth Elstob
| Naissance |
Newcastle upon Tyne |
|---|---|
| Décès |
(à 72 ans) Gerrards Cross |
| Activité principale | |
| Famille |
William Elstob (frère) |
| Langue d’écriture | anglais |
|---|
Œuvres principales
- An English-Saxon Homily on the Birth-Day of St. Gregory (1709)
- The Rudiments of Grammar for the English-Saxon Tongue (1715)
Elizabeth Elstob est une femme de lettres britannique née le à Newcastle upon Tyne et morte le à Gerrards Cross, dans le Buckinghamshire.
Elle compte parmi les pionnières des études anglo-saxonnes. Avec l'aide de son frère William et de son mentor George Hickes, elle apprend le vieil anglais et publie deux ouvrages : une édition d'une homélie d'Ælfric d'Eynsham accompagnée de sa traduction en anglais moderne (An English-Saxon Homily on the Birth-Day of St. Gregory, 1709) et la première grammaire du vieil anglais rédigée en anglais plutôt qu'en latin (The Rudiments of Grammar for the English-Saxon Tongue, 1715).
Biographie
Origines
Elizabeth Elstob naît le à Newcastle upon Tyne, dans le Nord de l'Angleterre[1]. Elle est le huitième et dernier enfant de Ralph Elstob, un marchand prospère, et de son épouse Jane Hall. Durant son enfance, elle commence à apprendre le latin auprès de sa mère[1].
Son père meurt en 1688 et sa mère en 1692. Orpheline, elle est recueillie par son oncle Charles Elstob, prébendier de la cathédrale de Cantorbéry, et son épouse Matilda. Bien qu'il soit dans un premier temps hostile à l'éducation des filles, il accepte de la laisser poursuivre ses études. C'est apparemment durant cette période qu'elle apprend le français[2].
Son frère aîné William Elstob, né vers 1674, commence à étudier la théologie, les lettres classiques et le vieil anglais à l'université d'Oxford en 1691 et il est élu fellow du University College en 1696. C'est par son intermédiaire qu'Elizabeth entre en contact avec les « Saxonistes d'Oxford », un groupe d'universitaires intéressés par l'étude du vieil anglais qui comprend notamment Edward Thwaites, Humfrey Wanley et surtout George Hickes, qui devient son mentor. William Elstob l'encourage et l'assiste dans ses études linguistiques, notamment dans l'apprentissage du vieil anglais. Elle est ainsi en mesure de le seconder dans son travail sur sur la traduction vieil-anglaise des Histoires contre les païens de Paul Orose attribuée à Alfred le Grand dès les années 1690, alors qu'elle n'a pas vingt ans[3].
Carrière
William Elstob est nommé recteur des paroisses londoniennes de St Swithin, London Stone (en) et St Mary Bothaw (en) en 1702. Il s'installe avec Elizabeth dans une maison de Bush Lane où ils vivent ensemble jusqu'à la mort de William, en 1715. C'est durant cette période que paraissent les travaux d'Elizabeth Elstob sur le vieil anglais. En 1708, l'édition abrégée du Thesaurus de Hickes éditée sous le titre de Conspectus Brevis par William Wotton comprend sa transcription d'une version latine du symbole d'Athanase glosée en vieil anglais figurant dans le psautier de Salisbury[4]. C'est à la demande expresse de Hickes que ce texte est inclus dans le Conspectus brevis, ce qui illustre la confiance qu'il accorde aux compétences d'Elstob. La même année paraît An Essay upon Glory, une traduction depuis le français du Discours de la gloire de Madeleine de Scudéry qu'elle ne signe pas de son nom, mais qu'elle dédie à sa tante Matilda[5].
C'est sous son nom que paraît en 1709 An English-Saxon Homily on the Birthday of St. Gregory, une édition et traduction d'une homélie d'Ælfric d'Eynsham. Elle entreprend ensuite une édition de l'intégralité des homélies d'Ælfric, tout en aidant son frère dans son projet d'édition du corpus législatif anglo-saxon ; ils envisagent également d'éditer la traduction vieil-anglaise de la Règle pastorale de Grégoire le Grand[6].
Bien que la parution de son édition des homélies soit prévue pour , elle n'est jamais achevée. Elstob publie néanmoins cette année-là The Rudiments of Grammar for the English-Saxon Tongue. Il s'agit de la première grammaire vieil-anglaise rédigée en anglais moderne plutôt qu'en latin, contrairement à celles publiées précédemment par Hickes et Thwaites, ce qui la rend accessible à un public plus large[7].
Souffrant d'une longue maladie, William Elstob meurt le . George Hickes le suit dans la tombe quelques mois plus tard. Elizabeth se retrouve sans source de revenus et leurs projets éditoriaux lui ont laissé des dettes considérables. Elle bénéficie dans un premier temps du soutien financier de l'évêque de Bristol George Smalridge (en), mais celui-ci meurt à son tour en 1719[8]. Elizabeth Elstob quitte Londres vers cette date, sans doute parce qu'elle est incapable de rembourser ses dettes. Son départ se fait apparemment dans la précipitation : elle est contrainte d'abandonner ses livres et manuscrits et ne les récupère jamais[9].
Dernières années
Après son départ de Londres, Elizabeth Elstob s'installe à Evesham, dans le Worcestershire, où elle ouvre une petite école élémentaire pour filles afin de subvenir à ses besoins[10]. En 1735, elle commence à échanger des lettres avec George Ballard (en), un antiquaire amateur du Gloucestershire. Ils correspondent ainsi jusqu'en 1753[11].
C'est par l'entremise de Ballard qu'elle fait la connaissance de Sarah Chapone, maîtresse d'école, qui pourrait avoir sollicité des femmes plus riches qu'elle pour venir en aide à Elizabeth. Celle-ci obtient en 1739, peut-être grâce à cette initiative, un poste comme gouvernante pour le duc de Portland William Bentinck et son épouse, la duchesse Margaret Harley. Cette dernière se trouve être la petite-fille du comte Robert Harley, mécène d'Elizabeth et William dans les années 1700-1710.
La correspondance d'Elizabeth Elstob suggère qu'elle souffre constamment de mauvaise santé après son départ de Londres. Elle meurt le et elle est enterrée le à l'église Sainte-Marguerite de Westminster.
Œuvres
An English-Saxon Homily
Cette édition et traduction d'une homélie d'Ælfric d'Eynsham sur le pape Grégoire le Grand est dédiée à la reine Anne. Grégoire est un personnage important dans l'histoire du christianisme en Angleterre : c'est lui qui est à l'origine de la mission grégorienne qui entame la conversion des Anglo-Saxons au christianisme à la toute fin du VIe siècle[12]. Dans sa préface, Elstob compare l'œuvre de cette mission, confrontée à l'hostilité du clergé chrétien breton, à celle de la Réforme anglaise, elle aussi opposée à un clergé (cette fois catholique) corrompu et hétérodoxe[13],[14].
The Rudiments of Grammar
Dédiée à la princesse de Galles Caroline d'Ansbach, cette grammaire du vieil anglais est précédée par une défense de l'étude de cette langue, An Apology for the Study of Northern Antiquities. Elstob y répond aux arguments avancés par des grammairiens comme Charles Gildon et John Brighland (A Grammar of the English Tongue, 1712) ou des polémistes comme Jonathan Swift (A Proposal for Correcting, Improving and Ascertaining the English Tongue, 1712) qui considèrent les langues germaniques comme inférieures et barbares comparées au grec ancien et au latin[15]. Elle souligne leur ignorance du sujet et note que l'étude du vieil anglais permet d'éclairer le fonctionnement de l'anglais moderne[16].
Une partie considérable de la préface est consacrée à la question des monosyllabes, dont l'abondance en anglais constitue un défaut de cette langue aux yeux de Swift et des grammairiens. Elstob ne nie pas cette abondance, mais soutient qu'elle n'est pas nuisible et permet même la production de beaux vers, comme en témoignent les seize pages d'extraits de poèmes où elle cite Homère, Virgile, Chaucer, Drayton, Spenser. Elle conclut malicieusement cette énumération en citant des vers rédigés par Swift lui-même[17],[18].
La grammaire d'Elstob s'appuie sur les travaux de ses prédécesseurs George Hickes et Edward Thwaites, mais elle a aussi recours à la grammaire latine rédigée en vieil anglais par Ælfric, qui illustre indirectement la manière dont fonctionne sa propre langue. Elle reprend notamment la terminologie linguistique développée par Ælfric, qui traduit par exemple declinatio (« déclinaison ») par declinung ou gebigednys[19].
Publications
- 1708 : Linguarum vett. septentrionalium thesauri grammatico-critici, & archaeologici, auctore Georgio Hickesio, conspectus brevis. Cui, ab antiquae literaturae septentrionalis cultore adjectae aliquot notae accedunt Réédition abrégée du Linguarum veterum septentrionalium thesaurus grammatico-criticus et archæologicus de George Hickes qui comprend une transcription réalisée par Elizabeth Elstob du symbole d'Athanase tel qu'il figure dans le manuscrit 150 de la cathédrale de Salisbury.
- 1708 : An Essay upon Glory Traduction anonyme du Discours de la gloire de Madeleine de Scudéry.
- 1709 : An English-Saxon Homily on the Birthday of St. Gregory; Anciently used in the English-Saxon Church; Giving an Account of the Conversion of the English from Paganism to Christianity Édition et traduction en anglais moderne d'une homélie d'Ælfric d'Eynsham, avec une traduction en latin réalisée par William Elstob en apprendice.
- 1713 : Some Testimonies of Learned Men in Favour of the Intended Edition of the Saxon Homilies Lettre adressée à son oncle Charles Elstob pour promouvoir son projet d'édition de l'intégralité des homélies d'Ælfric.
- 1715 : The Rudiments of Grammar for the English-Saxon Tongue Grammaire du vieil anglais précédée par une défense de l'étude de cette langue, An Apology for the Study of Northern Antiquities.
Références
- Gretsch 1999a, p. 172.
- ↑ Gretsch 1999a, p. 172-173.
- ↑ Gretsch 1999a, p. 173-174.
- ↑ Gretsch 1999a, p. 174.
- ↑ Hollis 2015, p. 175.
- ↑ Gretsch 1999a, p. 175-176.
- ↑ Hollis 2015, p. 180-181.
- ↑ Gretsch 1999a, p. 177.
- ↑ Gretsch 1999a, p. 177-178.
- ↑ Gretsch 1999a, p. 179-180.
- ↑ Hollis 2015, p. 167.
- ↑ Clarke 2005, p. 212.
- ↑ Clarke 2005, p. 212-213.
- ↑ Way 2015, p. 424-425.
- ↑ Morton 1991, p. 268-269.
- ↑ Morton 1991, p. 270-272.
- ↑ Morton 1991, p. 275-276.
- ↑ Gretsch 1999b, p. 519-521.
- ↑ Gretsch 1999b, p. 509-512.
Bibliographie
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- (en) Mechthild Gretsch, « Elizabeth Elstob: A Scholar's Fight for Anglo-Saxon Studies : Part II », Anglia, vol. 117, no 4, 1999b, p. 481-524 (DOI 10.1515/angl.1999.117.4.481).
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- (en) Kathryn Sutherland, « Elizabeth Elstob (1683–1756) », dans Helen Damico (dir.), Medieval Scholarship : Biographical Studies on the Formation of the Discipline, New York, Routledge, , p. 59-74.
- (en) Jacqueline Way, « "Our Mother-Tongue" : The Politics of Elizabeth Elstob's Antiquarian Scholarship », Huntington Library Quarterly, vol. 78, no 3, , p. 417-440 (DOI 10.1525/hlq.2015.78.3.417).
Liens externes
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