Humusation

L'humusation est un terme désignant un processus particulier de réduction organique des corps humains, la transformation du corps des défunts en humus.

À ce jour, elle n'est pas autorisée en Europe.

Processus

Le processus d'humusation[1][source insuffisante] se déroule en trois étapes distinctes.

  • Métamorphose : elle dure environ 100 jours et permet d’obtenir la décomposition complète des chairs grâce au microbiote du corps et à ses milliards de bactéries qui interviennent. Grâce au broyat de végétaux frais disposé autour de la dépouille entourée d’un linceul, une montée en température (dite phase thermophile) pouvant aller jusqu’à 70° favorise une hygiénisation de la matière au cours de laquelle les pathogènes, éventuellement présents, sont neutralisés et les chaînes moléculaires composant certains produits toxiques sont scindées, les rendant inoffensifs.
  • Humification : elle dure environ 9 mois et démarre avec la réduction mécanique des os et leur dispersion dans la butte. Elle correspond à la maturation de la matière qui se transforme totalement en humus à l’issue du processus grâce aux innombrables acteurs composant la microfaune du sol chargée de « digérer » la matière organique pour la rendre assimilable sous forme minérale au profit de l’alimentation des végétaux.
  • Offrande à la Terre : Douze mois après la mise en humusation, une partie de l'humus obtenu (+/- 1 % = +/- 15 litres[a]) est réinsérée dans de l'humus originel, au sein d'un espace distinct dédié au souvenir et au recueillement des proches, nommé « Forêt du souvenir », pour y faire pousser un arbre en mémoire du défunt[b].

Le passage (transfert de l'humus) d'un lieu à un autre, peut donner lieu à une cérémonie symbolique. La stèle commémorative est déplacée à l'endroit de pousse de l'arbre.

Selon les techniques agréées[Où ?], l'humus restant est utilisé par exemple, pour régénérer, de manière non commerciale, des sols malmenés nécessitant d'être régénérés.

Historique

Belgique

  • 2014 : pétition lancée pour légaliser l'humusation[2].
  • 2017 : approbation d'une motion, à l'unanimité, par le Conseil Communal de la ville de Liège visant à faire reconnaître le principe d’humusation comme mode légal de sépulture en demandant à la Région wallonne de financer des tests scientifiques[3]. Ces derniers sont confiés à l’UCLouvain par le Ministre de l’Environnement de l’époque, Carlo Di Antonio, qui justifie cette démarche par le fait que les pratiques actuelles sont très polluantes[4].
  • 2018 :
    • 15 janvier : motion déposée au conseil communal de Mons par le groupe Ecolo pour faire reconnaître l’humusation comme mode légal de sépulture[5].
    • 19 novembre : adoption par la région de Bruxelles-Capitale d'une ordonnance en faveur de l’humusation, qui ne sera d’application qu’après confirmation de tests concluants. C’est la première mention du terme humusation dans la législation belge.
    • 14 décembre : l'UCLouvain, mandaté par la Région Wallonne en vue de valider scientifiquement le processus d'humusation, engage des expérimentations sur des porcs[6].
  • 2020 :
    • 26 octobre : à la suite des conclusions de l'étude de l’UCLouvain, le ministre des Pouvoirs locaux, Christophe Collignon déclare qu'« il a été décidé de ne pas prolonger la réflexion sur une possible réglementation de l’humusation en Wallonie », tant pour les animaux que pour les humains[7].
    • 03 décembre : publication du rapport d'expérimentation de l'UCLouvain[6] qui conclut que « l'humusation naturelle telle qu'étudiée ici n'apporte pas une réponse satisfaisante aux enjeux présentés dans la préface ».
    • 04 décembre : publication de la critique du rapport de l'UCLouvain par la Fondation Métamorphose[8] (créatrice de la technique) expliquant que, contrairement à ce que l'UCLouvain aurait conclu, l'UCLouvain n'aurait pas utilisé les techniques précises préconisées par la Fondation Métamorphose, ni même collaboré avec cette dernière pour la réalisation des tests pour garantir ainsi l'efficacité du procédé créé. Certains paramètres (taux d’humidité du broyat, épaisseur du linceul, influence de certains activateurs de compost, taille du tas...) méritant d’être étudiés de manière plus approfondie afin que l’humusation puisse être scientifiquement validée et fournir toutes les garanties nécessaires pour la réussite du procédé préconisé dont, par exemple, un taux d'humidité adéquat dans les buttes (l'une d'elles ayant été enterrée lors des tests de l'UCLouvain, ce qui n’est pas le processus préconisé) et l'impérieuse nécessité de recourir à des spécialistes du compostage experts en humusation pour la réalisation des tests.
  • 2021 :
  • 21 janvier : À la suite de la publication du rapport de l'UCLouvain, les asbl Le Pax Funèbre (http://www.lepaxfunebre.be) et Organicland, membres fondateurs de la Coopérative Humusation (https://www.humusation.org/), déposent la radioscopie mondiale de l'humusation. Cet ouvrage a pour but de faire évoluer le concept à base de BRF défendu par les adeptes ainsi que de renouer un dialogue avec les différentes régions.
  • 8 juin : pétition lancée sur le site du Parlement wallon[9], afin que des porteurs du projet puissent se faire entendre des autorités « pour que le Parlement Wallon autorise les tests scientifiques sur l'humusation de quelques corps humains », aucune des demandes d’audition adressées à la Commission des Pouvoirs Locaux chargée des funérailles et sépultures n’ayant abouti.
*2023 :
    • 9 novembre : Après deux ans de blocage, à la suite d'une décision du ministre des Pouvoirs Locaux de Wallonie responsable des modes de sépulture, les essais menés, depuis ce printemps, par un centre de recherches agricoles agréé, à l’initiative de la coopérative à finalité sociale « Humusation », montrent que le compostage à chaud, mené dans des conditions bien contrôlées, est tout à fait performant pour décomposer complètement, en une centaine de jours, les chairs de dépouilles de porc[10].
    • 2024
    • Le 14 décembre la Coopérative publie les résultats, après 22 mois de tests concluants sur des porcs.

Canada

Depuis 2010, le Ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires Rurales de la Province d’Ontario préconise aux éleveurs industriels de faire le compostage des cadavres de leurs bovins à la ferme plutôt que de faire appel aux services d’équarrissage[11].

États-Unis

  • Depuis 2008, le Cornell Waste Management Institute, financé par le département des transports de New York, Cornell Cooperative Extension et le Collège d'Agriculture et des Sciences Vivantes, préconise de composter les biches et cerfs qui ont été percutés par des véhicules[12].
  • En 2019, l’État de Washington légalise la méthode "Recompose[13]"[14]. Le gouverneur Jay Inslee la présente comme un « effort réfléchi pour réduire notre empreinte environnementale »[14]. Cette technique se rapproche de l’humusation dans une version plus « high tech » même si restant quelque peu différente. Le processus a depuis été légalisé dans d'autres États, dont la Californie et New York[15].

France

Actuellement interdite en vertu de l'article 16-1-1 du Code civil qui dispose que « les restes des personnes décédées […] doivent être traités avec respect, dignité et décence ».

En 2016, le ministère de l'Intérieur répond à la sénatrice du Rhône Élisabeth Lamure (Les Républicains) que la pratique « soulèverait des questions importantes, tenant notamment à l’absence de statut juridique des particules issues de cette technique », et évoque la nécessité d'« une réflexion approfondie qui pourrait se poursuivre dans le cadre du Conseil national des opérations funéraires »[14].

En 2019, le mensuel Science et Vie souligne cependant que « les mentalités changent et, avec elles, le sens du « respect », de la « dignité » et de la « décence »[16]. Ainsi, le cercueil est encore obligatoire, mais outre le bois, « les cercueils peuvent également être fabriqués dans un matériau ayant fait l'objet d'un agrément par le ministre chargé de la santé, après avis du Conseil supérieur d'hygiène publique de France », comme l'indique l'article R. 2213-25 du Code général des collectivités territoriales. Après leur utilisation en Europe du nord, des cercueils en « carton » (« matériau complexe de papier ») ont été mis sur le marché (moins coûteux et plus légers que les cercueils en bois)[17].

En 2021, la députée de l'Isère, Elodie Jacquier-Laforge (Modem) propose devant l'Assemblée Nationale un amendement visant à légaliser l'humusation. Cet amendement est rejeté, mais la proposition de cette députée remet le débat à l'ordre du jour[18]. Cette même parlementaire dépose en 2023 une proposition de loi[19].

Notes et références

Notes

  1. L’arbre n’a besoin, au départ, que d’un seau de terreau de plus ou moins 15 litres pour couvrir le sol autour de la graine. C’est dans la phase critique de la mise en terre qu’il aura besoin d’un coup de pouce. Après, c'est l’arbre lui-même qui nourrit l’humus. Il est alors autonome.
  2. En accord avec les lois forestières en vigueur du pays.

Références

  1. Francis Busigny, " Playdoyer pour l'Humusation : une nouvelle pratique funéraire en harmonie avec les processus du vivant. ", Belgique, à compte d'auteur, , 122 p.
  2. « Pétition pour légaliser l'HUMUSATION / Petitie om HUMUSATIE te legaliseren: », sur Petitionenligne.fr (consulté le )
  3. « Humusation des corps : pas pour demain mais l'idée progresse », sur rtbf.be, (consulté le )
  4. Florence Lambeaux, « Feu vert pour expérimenter le compostage des morts (humusation) ! – Canal C – Votre média en Province de Namur », sur www.canalc.be (consulté le )
  5. « De cadavre à compost : l'humusation fait débat à Mons », sur lavenir.net, (consulté le )
  6. a et b « Compostage des corps, une fausse bonne idée écologique ? », sur UCLouvain (consulté le )
  7. « Funérailles: la Wallonie tourne le dos à l’humusation, jugée trop polluante », sur sudinfo.be, (consulté le )
  8. « Critique scientifique du rapport de l'UCLouvain daté du 19/10/2020 », sur HUMUSATION, (consulté le )
  9. « Une pétition sur le site internet du Parlement de Wallonie », sur Parlement de Wallonie (consulté le )
  10. Elsa Lefort, « Humusation : enfin des essais concluants ! », sur Nature & Progrès, (consulté le )
  11. « Compostage de cadavres de bovins à la ferme », sur www.omafra.gov.on.ca (consulté le )
  12. (en-US) Cornell Waste Management Institute, « Composting Road Kill », video/moving image,‎ (lire en ligne, consulté le )
  13. (en-US) « Recompose — Ecological Death Care », sur Recompose (consulté le )
  14. a b et c Claire Lesegretain, « Aux États-Unis, « l’humusation des corps » est désormais légalisée », sur la-croix.com, (consulté le ).
  15. (en-US) « Tracker: Where is human composting legal in the US? », sur Earth (consulté le )
  16. Kheira Bettayeb, « La nouvelle vogue des enterrements "écologiques" », Science et Vie, no 1227,‎ , p. 46-47 (lire en ligne, consulté le ).
  17. S. M.-P., « Toussaint ; Funérailles : et si vous choisissiez un cercueil en carton ? », Dauphiné libéré,‎ (lire en ligne, consulté le )
  18. Damien Charabidze, « Composter les défunts : l’humusation, pratique funéraire du futur ? », sur lepoint.fr, (consulté le )
  19. Lucas Planavergne, « Quels sont les enjeux du "compostage humain", ces "funérailles vertes" interdites en France ? », sur marianne.net, (consulté le )

Voir aussi

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