Maria Berlinska
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Militaire, personnalité, bénévole |
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Dobrovolnická cena (d) () |
Mariia Serhiivna Berlinska (née en ) est une militaire, volontaire et féministe ukrainienne. Après avoir participé à la Révolution de la Dignité de février 2014, elle se porte volontaire pour la guerre dans le Donbass et sert comme droniste de reconnaissance aérienne. De retour du front, elle crée une école assurant une formation gratuite à la reconnaissance aérienne, à destination des volontaires ukrainiens.
À partir de 2015, Berlinska s'associe à d'autres femmes soldats pour défendre les droits des femmes et leur intégration dans les forces armées ukrainiennes. Elle encadre la réalisation de Bataillon invisible, une série de trois reportages sur la réintégration et le harcèlement des femmes militaires ukrainiennes. Elle produit ensuite deux films sur les femmes vétérans en collaboration avec des réalisatrices. Grâce à ce travail pour améliorer la visibilité des femmes dans l'armée, une série de lois accorde progressivement l'égalité aux femmes dans les forces armées ukrainiennes. Cofondatrice de l'organisation non gouvernementale Women's Veteran Movement, elle est conseillère principale d'un programme de réinsertion sociale des anciens combattants. Cet engagement lui a valu de nombreuses récompenses.
Biographie
Née en 1988[1] de parents enseignants[2],[3], elle a grandi dans un village près de la ville de Kamianets-Podilskyi, au sud-ouest de Kyiv[4].
Après un diplôme de l'Université nationale Ivan Ohienko de Kamyanets-Podilsky, elle poursuit ses études avec une maîtrise en histoire à l'Université nationale de l'Académie Kyiv-Mohyla, en se spécialisant en histoire juive[1],[4].
Activisme et service militaire
Berlinska se joint aux manifestants d'Euromaïdan le 22 novembre 2013[5] et est restée pendant la révolution ukrainienne de 2014 . Elle a constitué une base de données des blessés dans les hôpitaux, construit des barricades, distribué de l'eau et des tracts d'autodéfense[6]. Lorsqu'elle a été victime de discrimination sexiste de la part de manifestants masculins, elle a prononcé des discours sur les droits des femmes[7]. Elle s’est blessée à la jambe lors des manifestations et, des années plus tard, elle marche encore avec une canne[6],[4]. Elle a également été blessée par des balles en caoutchouc et hospitalisée pour une otite bilatérale, une sinusite et une bronchite dues au froid[8].
Au milieu de l'année 2014, elle s'implique dans la guerre du Donbass[1],[8], en rejoignant le bataillon de volontaires Aidar de l'armée ukrainienne, après avoir été refusée par d'autres unités de volontaires en raison de son sexe[4]. Elle suit sur internet une formation à Kyiv en tant que pilote de drones de reconnaissance aérienne[1],[4],[8]. Début septembre 2014, elle arrive sur le front à Shchastia[1],[4]. Son indicatif militaire est « Marie Curie »[9]. Son père s'est également porté volontaire pour la guerre dans le Donbass en 2016[6], il sert comme capitaine dans la 24e brigade mécanisée puis comme commandant adjoint de brigade chargé du soutien psychologique[2],[10].
En janvier 2015, elle crée le Centre ukrainien de reconnaissance aérienne[11]. Ce centre de formation gratuit, basé à l'Académie Kyiv-Mohyla[12],[13], est géré par des instructeurs civils bénévoles, qui enseignent aux soldats comment utiliser des drones[14],[15], la topographie et la météorologie dans le cadre d'un cours de trois à quatre semaines, avec du matériel donné[4],[12]. En novembre 2016, l'école avait formé environ 150 soldats[14]. Un article du magazine The Atlantic a qualifié Berlinska de « mère des drones »[16].
Lutte féministe : le Bataillon invisible
En novembre 2017, Maria Berlinska tente de prouver sa participation aux hostilités en tant que volontaire, devant les tribunaux, afin de servir d'exemple. Le tribunal a statué qu'elle avait participé aux combats, mais le ministère de la Défense a fait appel et a obtenu gain de cause, car, malgré les témoins et les preuves matérielles qu'elle a pu apporter, il n'y avait pas d'ordres écrits. Après cet épisode, Maria Berlinska est contactée par le ministre ukrainien de la Défense, Stepan Poltorak, qui a demandé à la rencontrer[17]. À la suite de cette réunion, le ministère a annoncé son intention d'augmenter son propre financement pour les drones et de fonder sa propre école de reconnaissance aérienne en 2018[18].
En 2015, Maria Berlinska devient la coordinatrice du projet Le Bataillon invisible, un rapport examinant la participation des femmes dans les forces armées ukrainiennes. Le titre faisait référence au rôle méconnu des femmes combattant pour l'Ukraine dans la guerre du Donbass[19]. Le rapport rédigé par la sociologue Tamara Martsenyuk (en), Anna Hrytsenko et Anna Kvit, a été présenté à Kiev en décembre 2015[20], et publié par le Kyiv-Mohyla Law and Politics Journal en 2016[21].
Ce rapport constate que la loi interdit aux femmes d'exercer des commandements militaires, que leurs besoins fondamentaux ne sont pas satisfaits et que, malgré la présence de certaines femmes dans des rôles de combattantes, elles sont toutes catégorisées comme personnel non combattant[20],[22]. En conséquence, les femmes soldats ne bénéficient pas des mêmes salaires, protections juridiques, indemnisations pour blessures, soins post-traumatiques et possibilités d'avancement de carrière dans l'armée que les hommes[7],[23]. C'est en grande partie suite à ce rapport, le ministère de la Défense a publié le décret 337, autorisant les femmes à servir officiellement comme tireuses d'élite, officières de renseignement et commandantes de matériel militaire[24],[25], et a ouvre 62 postes de combat aux femmes en 2017[26].
En 2017, Berlinska a organisé et produit un film documentaire également intitulé Bataillon invisible, dressant le portrait de six femmes soldats ayant servi pendant la guerre du Donbass sans être reconnues pour leur engagement : Yuliia Paievska, secouriste ; Yulia Matvienko, surnommée « Belka », tireuse d’élite, officiellement enregistrée comme aide-soignante ; Olena Bilozerska, également tireuse d’élite, jamais officiellement enrôlée ; Oksana Yakubova, souffrant de stress post-traumatique ; Andriana Susak, qui a combattu en portant une cagoule pour dissimuler son genre, et qui était officiellement enregistrée comme couturière[26] et Daria Zubenko, secouriste[27],[28]. Ce film de 89 minutes est tourné en ukrainien et en russe avec des sous-titres en anglais[29]. La productrice exécutive est Oksana Ivantsiv[30] et le film a été réalisé par Iryna Tsilyk, Svitlana Lischynska et Alina Gorlova . Chacune des réalisatrices a réalisé deux des histoires des soldates[27]. Les réalisatrices ont travaillé bénévolement. Lischynska a réalisé les deux histoires sur les tireurs d'élite, qui ont été filmées sur le front[31].

En 2018, Berlinska a produit la suite du documentaire No Obvious Signs qui traite des traumatismes psychologiques qui ne sont pas aussi visibles que les blessures physiques. Ce film réalisé par Gorlova a remporte le prix MDR du meilleur documentaire d'Europe de l'Est au festival de cinéma Dok Leipzig 2018[32].
En 2018 et en 2019, Berlinska a effectué une tournée aux États-Unis, au Canada et au Royaume-Uni avec plusieurs femmes du film Invisible Battalion afin de projeter le film et de promouvoir les études réalisées sur les droits des femmes dans l'armée ukrainienne[33],[34],[35],[36]. Cela a débouché sur une confrontation en mai 2018 entre Berlinska et Susak d'une part et le diplomate russe Maxim Buyakevich au siège des Nations Unies à New York. Le ministère russe des Affaires étrangères a décrit cet échange comme une menace de mort proférée par les Ukrainiens à l'encontre du diplomate[37],[38],[39].
En novembre 2019, Berlinska et deux des auteurs de la première étude du Bataillon invisible ont publié Invisible Battalion 2.0 : Women Veterans Returning to Peaceful Life, une étude de suivi sur la manière dont les femmes militaires vétéranes ont utilisé les services du gouvernement ukrainien pour se réinsérer dans la vie civile[40],[41],[42].
En août 2020, l'Institut des programmes de genre de Berlinska, l'ONG fondée pour poursuivre le projet « Bataillon invisible », lance la campagne de sensibilisation « Bataillon invisible 3.0 : Harcèlement sexuel dans la sphère militaire en Ukraine ». Il s’agit d’une campagne féministe à multiples facettes, commençant par une enquête anonyme auprès d’anciens combattants hommes et femmes, qui a révélé que 70 % d’entre eux avaient été témoins ou victimes de harcèlement sexuel dans l’armée[43]. Il y avait un cours en ligne sur la plateforme éducative Prometheus intitulé « L'égalité des sexes et la lutte contre le harcèlement sexuel dans la sphère militaire ». Il est développé par les auteurs du Bataillon invisible, Martsenyuk, Hrytsenko et Kvit, et comprend des conférences enregistrées de vétéranes tels que Berlinska et Bilozerska, et de journalistes tels que Yanina Sokolova et Yuriy Butusov (uk)[44]. En novembre 2021, ce cours a été suivi par le lieutenant-colonel de police Konstantin Bugaychuk, de la Kharkiv National University of Internal Affairs (uk) (l'université associée au ministère ukrainien de l'Intérieur )[45]. Un chatbot fonctionnant sur le site web du Bataillon invisible permet au personnel militaire de recevoir des informations et une assistance psychologique et juridique sur le harcèlement sexuel de manière totalement anonyme[46]. En juin 2021, les auteurs de la campagne et un représentant des Forces armées ukrainiennes ont remis un rapport final contenant une analyse de la législation actuelle sur le harcèlement sexuel, des recommandations de modifications législatives et un mémorandum de coopération signé par l'état-major général des Forces armées[47].
Mouvement des femmes vétéranes
L'année 2017 a marqué le début de ce qui allait devenir le Mouvement des femmes vétérans (en Ukrainien : Жіночий ветеранський рух). Au départ, des réunions informelles de femmes vétéranes se tiennent dans différentes villes, soutenues par ONU Femmes et le Fonds européen pour la démocratie[48]. Cette nouvelle initiative a été officiellement enregistrée comme ONG en octobre 2019, avec les trois fondatrices Berlinska, Andriana Susak-Arekhta et Kateryna Pryimak[49],[50]. En plus des groupes de parole de soutien mutuel, l'ONG propose une réadaptation psychologique aux femmes vétéranes souffrant de troubles de stress post- traumatique et d'addictions, organise des formations en ligne en commerce, en gestion et en informatique, apporte une aide en matière de services gynécologiques et a aménagé cinq « Allées de la mémoire » en l'honneur des femmes vétéranes décédées à Kramatorsk, Kyiv, Lviv, Cherkasy et Jytomyr[48].
En septembre 2018, le Parlement ukrainien a adopté la loi 2523-VIII égalisant les capacités des hommes et des femmes dans l'armée ; Maria Berlinska en est la corédactrice[51],[52].
En 2021, Berlinska occupe le poste de conseillère technique principale et de directrice de programme pour le programme de l'IREX visant à réintégrer les vétérans ukrainiens dans la vie civile[53],[54].
En 2021, plus de 15 % des effectifs des forces armées ukrainiennes sont des femmes, soit plus du double de la proportion en 2014. Cependant, lorsque le ministère de la Défense a publié en juillet 2021 des images de cadettes ukrainiennes défilant en talons hauts, cela a suscité de vives critiques internationales. Les photos suivantes ont présenté des femmes en rangers[55],[56],[57].
Reconnaissance et récompenses
En décembre 2017, le Kyiv Post lui a décerné son prix « Top 30 Under 30 »[58]. En juillet 2019, l'ambassade des États-Unis à Kyiv l'inclut dans une exposition rendant hommage à 19 femmes ukrainiennes et 29 femmes américaines exceptionnelles[59]. En 2020, elle figurait parmi les 100 femmes les plus influentes d'Ukraine selon le magazine Focus[60].
En 2023, Maria Berlinska est dans la liste « 50 dirigeants d’Ukraine » de Forbes Ukraine[61] et a également été nommée parmi les dirigeants « UP100 » d’Ukrainska Pravda[62]. En 2024, elle a été incluse dans la liste « UP100 : Le pouvoir des femmes »[63] de la même publication.
En 2024, Berlinska est promue Cœur d’or par le président de l’Ukraine pour sa contribution personnelle au développement du mouvement de volontaires[64].
Références
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