Tokuryū

Tokuryū
Date de fondation Ère Reiwa
Territoire Japon, Philippines, Birmanie
Ethnies présentes Japonais, Coréens, Chinois, Vietnamiens, Cambodgiens
Nombre de membres Plusieurs dizaines de milliers
Activités criminelles
Alliés yakuzas

Les tokuryū (トクリュウ/匿流?) sont des organisations criminelles apparues au Japon au début des années 2020. Elles se distinguent par leur structure décentralisée internationale et leur caractère éphémère.

Leur fonctionnement repose en grande partie sur le recrutement via les réseaux sociaux, souvent sous la forme de yami baito (en) (« petits boulots illégaux »), promettant des gains rapides.

Étymologie

Le terme est créé par l'Agence nationale de la police du Japon pour désigner des groupes criminels anonymes et fluides (匿名・流動型犯罪グルー, tokumei-ryūdōgata hanzai gurūpu?). C'est un mot-valise fondée sur les mots tokumei (匿名, anonyme?) et ryūdo (流動, fluide?)[1].

Ce nouveau terme sert à mettre en avant le singularité de cette nouvelle méthode du crime organisé qui n'est fondé ni sur un code, ni sur une hiérarchie apparente et structurée[2].

Origine et expansion

Ces structures apparaissent dans les années 2020 et semblent être une réaction à la recrudescence de répression policière contre le crime organisé traditionnel comme les yakuzas[3]. Les tokuryū profitent de failles dans le contrôle du financement criminel international et de l’absence d’une structure hiérarchique fixe, ce qui complique les enquêtes[4].

Les tokuryū sont à différencier des hangure (半グレ?), groupes semi-criminels apparus au Japon dans les années 2010, et plus spécialisés dans les arnaques et escroqueries[5].

De à , plus de 10 000 personnes considérées comme appartenant aux tokuryū ont été arrêtées par la police, la plupart pour des affaires liées à la drogue[2].

Le phénomène est signalé pour la première fois en 2022. Il se développe rapidement et gagne en visibilité après plusieurs affaires médiatisées, dont celle d’un groupe surnommé « Luffy » ayant organisé des escroqueries d’ampleur depuis l’étranger[3]. Basés aux Philippines, les dirigeants du groupe recrutaient et coordonnaient les membres opérant au Japon via l’application chiffrée Telegram, engrangeant ainsi des milliards de yens[4].

Depuis , les tokuryū sont impliqués dans une hausse importante des cambriolages et escroqueries à Tokyo. En 2024, les pertes liées aux activités des tokuryū sont estimées à 87,1 milliards de yens (environ 515 millions d’euros)[4].

Organisation et composition

Ces groupes se composent généralement de quatre niveaux[4] :

  1. Cerveaux : responsables invisibles de la planification des opérations.
  2. Organisateurs : coordinateurs des actions sur le terrain.
  3. Recruteurs (kakeko) : chargés de trouver des exécutants, souvent via appels téléphoniques ou réseaux sociaux.
  4. Exécutants (ukeko) : personnes réalisant les délits (cambriolages, escroqueries, etc.).

Les membres proviennent d’horizons variés : anciens yakuzas, délinquants isolés ou personnes sans antécédents criminels, issues de milieux modestes ou étudiants. Certains groupes comptent une majorité de ressortissants étrangers, notamment originaires de Chine, du Vietnam ou du Cambodge[4].

Des organisations criminelles traditionnelles, comme les yakuzas, peuvent coopérer avec des tokuryū pour certaines opérations[4].

Après chaque opération, le groupe se dissout et peut se reformer ailleurs avec de nouveaux membres[4].

Implantation géographique

Les activités des tokuryū sont souvent coordonnées depuis l’étranger. Des réseaux installés aux Philippines, en Chine ou en Birmanie ont ainsi ciblé le Japon.

En 2025, plusieurs centres d’escroquerie ont été démantelés en Birmanie. Ils impliquaient plus de 7 000 personnes, dont certaines retenues contre leur gré, et comprenaient des ressortissants japonais[4].

Activités criminelles

Les tokuryū sont impliqués dans diverses infractions[4],[6] :

Certains exécutants sont contraints d’agir après que leurs données personnelles ont été extorquées[4].

Notes et références

  1. (ja) Yu Sakaguchi, « 「トクリュウ」犯罪の脅威 警察捜査の大転換迫る » [« La menace des Tokryu : un tournant majeur dans les enquêtes policières se profile. »] Inscription nécessaire, sur Nikkei,‎ (consulté le )
  2. a et b Léa Polverini, « Finis les yakuzas, place au tokuryū, nouveau visage du crime organisé japonais », sur Slate.fr, (consulté le )
  3. a et b (en) Karin Kaneko, « Tokuryū, a new crime menace in Japan, emerges from the shadows », sur The Japan Times, (consulté le )
  4. a b c d e f g h i et j Fumiaki Tada, « L’ascension des « tokuryû », les nouvelles mafias insaisissables du Japon », sur Nippon.com, (consulté le ).
  5. « Au Japon, moins de yakuzas mais plus d’arnaques », sur Courrier International, Asahi Shinbun, (consulté le ).
  6. (en) Gavin Blair, « Tokuryū, the shadowy criminal groups taking over from yakuza in Japan », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le )

Voir aussi

Articles connexes

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