Fusée postale

La fusée postale est un moyen d'acheminement de courrier par fusée ou missile. Le principe consiste à lancer une fusée dont le fuselage contient du courrier, celle-ci atterrit sans dommage grâce à un parachute à une destination donnée. Les fusées postales ont été expérimentées, avec plus ou moins de succès, dans de nombreux pays. Les deux principaux défauts de ce mode de transport sont le coût matériel élevé et les nombreux échecs.
Même si les projectiles à réaction (à poudre) sont connus depuis fort longtemps (Antiquité chinoise, feux grégeois ou encore les fusées incendiaires anti-navires de l'officier de marine britannique William Congreve, utilisées lors des sièges de Copenhague, Boulogne-sur-Mer et Saint-Malo durant les guerres napoléoniennes et les roquettes anti aéronefs (ballons d'observation et dirigeables) dues à l'officier de marine français Yves LePrieur durant la guerre de 14-18, les fusées et leurs éventuelles applications civiles et militaires connaissent un véritable bouillonnement d'enthousiasme dans l'Allemagne de l'entre-deux-guerres (République de Weimar puis régime nazi), à travers les essais d'amateurs regroupés au sein d'une organisation assimilable à un hybride de société savante et de fédération sportive le Verein fur Raumschiffahrt [VfR] (Fédération pour le voyage dans l'espace), où des amateurs autodidactes mais aussi des ingénieurs, des écrivains de science fiction, comme Otto Willi Gail et diverses personnalités comme notamment Fritz von Opel (héritier de l'empire automobile Opel, dont il dirige le service de publicité, ce qui lui vaut le surnom de Raketen Fritz : Fredo-la-fusée), le physicien et écrivain Max Valier, le Dr Thiel et l'ingénieur Klaus Riedel (ingénieurs spécialistes des réacteurs à propergols liquides), le physicien Hermann Oberth et le brillant élève-ingénieur Werner Von Braun qui sera le leader des programmes allemands V2 à Pennemünde et, après la guerre, des programmes américains Mercury, Gemini et Apollo, avec à la clef le vol habité et la conquête de la lune, conçoivent et testent toutes les applications possibles de la propulsion par fusée[1].
La propulsion par fusées est « mise à toutes les sauces », appliquée à des véhicules les plus divers : Autos de course RAK et motos Opel et Neander, véhicules sur rail, planeur sans queue Ente (Canard) dessiné et construit par l'aérodynamicien Alex Lippisch, qui créera ensuite le futuriste avion-fusée de chasse ME163 Komet, canots rapides... voire des bicyclettes et des patineurs à glace[2].
L'enthousiasme populaire pour l'astronautique est important en Allemagne à cette époque, soutenu par les démonstrations publicitaires (parfois à la limite du farfelu) de Fritz von Opel et aussi par le film de Fritz Lang Frau im Mond (Une femme sur la Lune) dont Hermann Oberth a été le conseiller scientifique[3].
Le VFR se voit attribuer par l'armée allemande un polygone de tir désaffecté à Kummersdorf, dans la banlieue de Berlin sous la supervision d'un colonel d'artillerie ayant un excellent niveau scientifique, Walter Dornberger [4].
Parmi les applications testées, l'emploi de fusées postales est envisagé, alors même que l'aviation postale en est à ses balbutiements, l'Aéropostale de Didier Daurat et Mermoz utilise encore des avisos sur le trajet Dakar - Rio de Janeiro car les hydravions postaux n'ont pas l'allonge nécessaire pour traverser l'Atlantique sud d'un seul coup d'aile[5].
Parmi les fusées postales testées on peut citer la fusée Mirak et une version améliorée, la Repulsor. Mais il apparaît assez vite que la portée limitée et surtout le contrôle du vol et la précision de la navigation sont un obstacle majeur à l'emploi généralisé de fusées postales (La fusée A4 - V2, bien plus puissante, conçue plus tard comme arme de guerre, avec les moyens colossaux du centre de Peenemünde est à peine une arme offensive - la propagande nazie préférera parler de Vergelstungwaffe - arme de vengeance - et ne constitue une menace (avant tout pour les civils) que parce que sa cible prioritaire (la ville de Londres et sa grande banlieue) couvre des milliers de kilomètres carrés[6].
Avec l'avènement du régime hitlérien, le VfR est pris en main par les militaires, la fabrication de fusées est interdite aux amateurs, les publications scientifiques mises sous le boisseau du secret militaire (les fusées n'entraient pas dans les plans de désarmement du traité de Versailles et aucune restriction à leur emploi guerrier n'était prévue), le VfR, privé d'appui et de subventions est dissous en 1937. Toutefois les recherches militaires allemandes continuent à utiliser la fusée postale comme couverture de leurs recherches [7].
Gerhard Zucker
L'Allemand Gerhard Zucker tenta dans les années 1930 de mettre au point ce procédé au moyen de fusées proches des fusées pyrotechniques. Entre 1931 et 1933, il parcourut l'Allemagne, présentant ses fusées et affirmant leur efficacité.
Il s'expatria ensuite au Royaume-Uni où il tenta de convaincre les services postaux nationaux (à cette époque la General Post Office) que l'acheminement de courrier par fusée était possible. Le une fusée fut lancée de l'île de Harris (Écosse) vers l'île de Scarp. Mille-deux-cents enveloppes empaquetées et ficelées autour du fuselage de 1,07 m de long et 18 cm de diamètre devaient accomplir ce voyage de 1 600 mètres. Cependant la fusée explosa et la majeure partie de sa cargaison fut détruite[8].
Stephen Smith
Stephen Smith, secrétaire à la compagnie aéropostale indienne et amateur de fusées, décida de combiner son travail et sa passion : Les il effectua son premier vol d'essai. Le il en avait 270 autres à son actif dont 80 contenaient du courrier. Il fut notamment le premier à acheminer du courrier par fusée au-delà d'une rivière et le premier à envoyer un paquet par fusée.
En 1992, le gouvernement indien édita un timbre à l'occasion du centenaire de la naissance du « pionnier de la fusée postale en Inde »[9],[10].
United States Postal Service

La première tentative réussie d'acheminement de courrier par fusée aux États-Unis eut lieu le . Deux fusées furent lancées d'une rive du lac Greenwood (côté New Jersey) et atterrirent sur l'autre (côté État de New York), environ 300 mètres plus loin[11],[12].
En 1959, le sous-marin USS Barbero collabora avec les services postaux à rechercher des moyens plus rapides et plus efficaces de transport du courrier en effectuant l'unique acheminement de courrier par missile de l'histoire. Le , il tira un missile Regulus dont la tête nucléaire avait été remplacée par deux conteneurs officiels des services postaux.
Un bureau de poste officiel fut établi à bord du Barbero, les services postaux lui délivrèrent environ 3 000 courriers avant son départ de Norfolk (Virginie). Le courrier était entièrement composé de plis commémoratifs à l'intention du président Eisenhower, d'autres fonctionnaires gouvernementaux, de membres de l'Union postale universelle, etc. Ils contenaient des lettres provenant de directeur de l'USPS, Arthur E. Summerfield, étaient affranchis de timbres à 4 ou 8 cents qui furent tamponnées "USS Barbero Jun 8 9.30am 1959" avant le départ du bâtiment.
Après un vol de 22 minutes, le missile atterrit avec succès à la base navale de Mayport, en Floride, et fut ouvert. Sa cargaison fut transmise au bureau de poste de Jacksonville, Floride pour tri et routage vers les destinataires.
Durant l'atterrissage, Summerfield déclara : « Cet emploi pacifique d'un missile guidé pour l'important et concret dessein qu'est le transport du courrier, est la première utilisation officielle connue d'un missile par les services postaux d'une nation ». Summerfield proclama que l'événement était « d'une importance historique pour les peuples du monde entier » et augura qu'« avant que l'homme atteigne la Lune, le courrier sera délivré en quelques heures de New York en Californie, en Grande-Bretagne, en Inde ou en Australie par des missiles guidés. Nous entrons dans l'ère des missiles postaux ».
Essais français
Le Centre national d'études des télécommunications mena, en 1962, des essais sur la base de Lannion, avec l'engin LATE 110, réalisé par la société Latécoère. L'engin avait une longueur de 7 m et une envergure de 3 m environ. La charge utile était de 50 kg pour une portée de 300 km. Propulsé par un turboréacteur Marborée II de 250 kg de poussée, l'engin était suivi par un ensemble de localisation Cotal[13].
Essais russes
Après la guerre froide, la Russie fit quelques essais de fusées postales en mer d'Okhotsk, depuis des sous-marins nucléaires, vers la Russie occidentale. Elle utilisa d'anciens missiles nucléaires.
Vecteurs réutilisables
D'aucuns[Qui ?] pensent que le principe de la fusée postale pourrait devenir commercialement viable en tant que service de livraison très haut de gamme, particulièrement avec la mise au point de vecteurs entièrement réutilisables (SSTO). Cette technologie permettrait d'acheminer un paquet n'importe où dans le monde en 30 à 45 minutes. Cette idée a été suggérée par l'ingénieur aérospatial Robert Zubrin, fondateur de la Mars Society. Elle était l'application commerciale initialement prévue par la société Pioneer Rocketplane (désormais Rocketplane Limited, Inc.), cofondée par Zubrin. Il quitta par la suite la société qui s'est à présent[Quand ?] focalisée sur un objectif plus conventionnel de tourisme spatial. Le potentiel de la livraison par vecteur réutilisable est abordé dans le livre de Zubrin, Entering Space. Le , XCOR Aerospace fit la première démonstration du EZ-Rocket, un Rutan Long-EZ modifié (le moteur a notamment été remplacé par un moteur-fusée), qui effectua un vol d'essai de Mojave à California City. Le pilote d'essai Dick Rutan mit 9 minutes à délivrer du courrier du bureau de poste de Mojave à California City, réalisant ainsi la première distribution de courrier par un avion-fusée avec pilote.
Inspirations
Les fusées postales ont inspiré certains auteurs de bandes dessinées, tel Roger Leloup pour sa série Yoko Tsuno. Dans l'histoire Cap 351 de l'album Aventures électroniques, l'héroïne participe à des essais de fusée postale entre l'Allemagne et l'Autriche.
Notes et références
- ↑ « Pionniers et science », sur www.capcomespace.net (consulté le )
- ↑ « Dailymotion », sur www.dailymotion.com (consulté le )
- ↑ « Il y 90 ans, Opel testait avec succès son véhicule-fusée », sur Motor1.com (consulté le )
- ↑ [vidéo] « German Army - Kummersdorf test site - Weapon Testing Ground (1875-1945) », War&History, , 9:7 min (consulté le )
- ↑ « Les avisos » (consulté le )
- ↑ « Rocket Nozzle, Liquid Fuel, One-Stick Repulsor | National Air and Space Museum », sur airandspace.si.edu (consulté le )
- ↑ Olivier Huwart, « Du V2 à Véronique : les premières recherches spatiales militaires françaises », Revue historique des Armées, vol. 208, no 3, , p. 113–126 (DOI 10.3406/rharm.1997.4684, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Wade, Mark. (28 mars 2005) [lire en ligne] Encyclopedia Astronautica.
- ↑ [lire en ligne] King George V Silver Jubilee.
- ↑ [lire en ligne] King George V Silver Jubilee
- ↑ [lire en ligne] site de l'Administration de l'Aviation Fédérale
- ↑ [lire en ligne] Encyclopedia Astronautica
- ↑ Le CNET et les télécommunications spatiales, Regards sur la France, éditions SPEI, 1963, pp.48-55
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