High Tory
Au Royaume-Uni et dans d’autres contextes politiques, le High Torysme est une forme ancienne de conservatisme traditionaliste, qui s’inscrit dans la continuité du torysme apparu au XVIIe siècle. Les courants conservateurs les plus intransigeants et la conception du monde qui leur est associée se trouvent parfois en divergence avec les composantes modernisatrices du Parti conservateur. Historiquement, le conservatisme qui se développe à la fin du XVIIIe siècle, notamment sous l’influence du whig Edmund Burke et de William Pitt le Jeune, opère une inflexion par rapport au torysme dit « supérieur », de caractère légitimiste, qui entretient alors des affinités avec le jacobitisme.
Le torysme dominant est décrit par Andrew Heywood comme néo-féodal[1], en raison de sa préférence pour une organisation sociale hiérarchisée et patriarcale, héritée des conceptions traditionnelles, plutôt que pour les principes modernes de liberté et d’égalité. Cette orientation se caractérise également par la considération de la gentry traditionnelle comme une référence culturelle de rang supérieur à celle de la bourgeoisie et des groupes ayant accédé à leur position sociale par le commerce ou le travail. Sur le plan économique, les conservateurs modérés tendent généralement à privilégier le corporatisme et le protectionnisme paternalistes associés au conservatisme traditionnel, plutôt que le néolibéralisme et le néo-conservatisme qui se développent à partir des années 1960.
Points de vue et valeurs
Historique

Au XVIIIe siècle, les figures les plus en vue du parti tory se montrent favorables à un allègement de la fiscalité et manifestent leur défiance à l’égard de la politique whig en matière d’armée permanente, d’expansion impériale et navale, ainsi que de développement du commerce ultramarin. Cette opposition tient notamment au fait que ces entreprises sont en partie financées ou soutenues par le nouvel impôt foncier anglais, instauré en 1692. Dans le domaine religieux, les high tories se réclament généralement de la défense de « l’Église en danger », expression qui traduit leur attachement à l’Église anglicane et, plus particulièrement, à la tradition de la Haute Église. Une partie d’entre eux entretient par ailleurs des sympathies discrètes pour la cause jacobite. Les mandats prolongés et, dans l’ensemble, prospères des Premiers ministres whigs Robert Walpole et William Pitt l’Ancien, conjugués à la pérennité de la dynastie hanovrienne, contribuent progressivement à infléchir les conceptions politiques de l’époque, dans un processus qui s’inscrit dans ce que l’historiographie désigne aujourd’hui sous le nom d’« histoire whig ».
Le changement d’orientation devient perceptible à partir des années 1760, notamment sous les gouvernements de John Stuart, 3e comte de Bute, puis de William Pitt le Jeune. La loi de 1798 relative à la perpétuation de l’impôt foncier en atténue progressivement la portée, tandis que les prérogatives de la gentry terrienne sont à leur tour amoindries par la Reform Act 1832. Sous le règne de la reine Victoria, les hauts conservateurs se rallient désormais à la défense de l’Empire et au développement de la puissance navale ; cette évolution trouve notamment son expression politique dans les gouvernements de Lord Derby et de Lord Salisbury.
Moderne
Les conservateurs les plus attachés à la tradition privilégient les valeurs propres à la gentry et aux anciennes aristocraties foncières, notamment l’idéal de noblesse oblige ainsi qu’un sentiment, librement consenti, de devoir et de responsabilité à l’égard de l’ensemble du corps social, y compris des catégories populaires. Sans récuser le principe de l’initiative privée, ils se montrent réticents à l’égard des valeurs propres à la bourgeoisie d’affaires moderne, qu’ils assimilent à une recherche individualiste, sans frein, de l’intérêt personnel et du gain, susceptible d’éroder les solidarités communautaires et de reléguer au second plan les principes religieux et les normes culturelles héritées. Leur dessein consiste à maintenir une organisation sociale et un mode de vie traditionnels, profondément enracinés dans les communautés existantes, qu’ils considèrent comme exposés aussi bien aux transformations du capitalisme moderne qu’aux effets de l’étatisme socialiste. Le conservateur de tendance traditionnelle accorde également une place centrale à l’existence d’une communauté organique et fortement structurée, par opposition aux conceptions individualistes associées au whiggisme, au libéralisme et, dans une moindre mesure, au néo-conservatisme. Le conservatisme one-nation, marqué notamment par la pensée de Benjamin Disraeli et représenté par des responsables politiques tels qu’Arthur Balfour, met quant à lui l’accent sur la cohésion du corps social ; ses tenants défendent les institutions sociales destinées à préserver un équilibre entre les différents groupes d’intérêts et les diverses classes de la société.
Parmi les représentants les plus influents de la pensée conservatrice britannique du XXe siècle jusqu’à l’époque contemporaine figurent notamment les romanciers Evelyn Waugh et Anthony Powell, le poète T. S. Eliot, le philosophe Roger Scruton, ainsi que plusieurs parlementaires, parmi lesquels John Biggs-Davison, Lord Amery[2], Alan Clark[3], Enoch Powell[4], Peter Tapsell[5] et Hugh Fraser[6].
Le principal groupe de pression associé au conservatisme radical est probablement le Conservative Monday Club, que le Premier ministre travailliste Harold Wilson qualifie de « conscience du Parti conservateur ». Fondé en 1961, il entend notamment défendre l’Afrique du Sud et la Rhodésie du Sud sous les régimes d’apartheid, dans le contexte de l’opposition d’Harold Macmillan au maintien de la domination de la minorité blanche dans ces territoires. À partir du début des années 1980, le groupe est progressivement dominé par la tendance thatchérienne, en opposition aux conservateurs radicaux attachés à une conception plus traditionaliste du conservatisme. La revue The Spectator est, pour sa part, couramment associée au conservatisme britannique contemporain[7]. Au sein du Parti conservateur britannique, le Cornerstone Group constitue aujourd’hui l’une des principales expressions organisées de la droite conservatrice la plus traditionaliste.
Positionnement et appartenance religieuse
Un « High Tory » présente certaines affinités doctrinales avec les courants conservateurs traditionalistes des États-Unis, notamment avec les paléoconservateurs, à l’instar de ceux représentés au sein du Republican Study Committee. Toutefois, il demeure délicat et méthodologiquement hasardeux d’établir des correspondances précises entre le conservatisme strict et les autres familles politiques à l’échelle internationale.
L’expression « High Tory » n'est pas seulement une désignation politique : elle renvoie également à un ensemble de dispositions culturelles et à un certain mode de vie. Le « haut conservateur » est ainsi généralement associé à une inclination pour la religion et les formes consacrées de la haute culture. Avant le XIXe siècle, les High Tories sont, dans leur ensemble, des anglicans de la Haute Église et se montrent particulièrement hostiles au catholicisme. À partir de la fin du XIXe siècle, puis plus nettement au cours du XXe siècle, le high torysme se trouve toutefois de plus en plus associé à l’anglo-catholicisme ainsi qu’au catholicisme traditionaliste. Le torysme strict entretient également des affinités avec l’agrarisme et avec l’idéal des vertus traditionnellement attribuées à la noblesse.
Voir aussi
- Conservative Democratic Alliance
- Groupe Cornerstone
- London Swinton Circle
- Migueliste
- Powellisme
- Red Tory
- Caucus des conservateurs révolutionnaires
- Right Now! (magazine)
- Sanfedismo
- Party Tory
- Groupe Traditionnel de Grande-Bretagne
- Coservatisme traditionaliste
- Mouvement blanc
Références
- ↑ Andrew Heywood, Key concepts in politics, Palgrave Macmillan, (ISBN 9780312233815, lire en ligne)
- ↑ Geoffrey Wheatcroft, The Strange Death of Tory England, London, Penguin Books, (ISBN 9780141018676, lire en ligne)
- ↑ Elwes, « Alan Clark's big reveal », prospectmagazine.co.uk, (consulté le )
- ↑ Simon Haseler, Battle For Britain: Thatcher and the New Liberals, I.B. Tauris, , p. 171
- ↑ Robin Ramsay, Politics and Paranoia, Picnic Publishing, , p. 280
- ↑ « The revival of Tory philosophy », The Spectator, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- ↑ (en) « A spectator at The Spectator », The Independent, (consulté le )
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