Molka

Le molka est une forme de voyeurisme pratiquée en Corée du Sud. Des personnes, généralement des femmes, sont filmées à leur insu, dans leur intimité. Les images obtenues sont ensuite diffusées sur internet.
Description
Le molka (coréen : 몰카[1]) est une forme de voyeurisme pratiquée en Corée du Sud et qui consiste à filmer à leur insu des personnes, généralement des femmes, dans leur intimité, pour ensuite diffuser sur internet les images recueillies[2],[3]. Les caméras utilisées sont notamment placées dans des toilettes publiques, des cabines d'essayage et les transports en commun[2],[4]. Sur le web, bien que la diffusion de contenu pornographique soit illégale en Corée du Sud, les images et vidéos sont proposées en téléchargement sur des sites spécialisés, le molka étant devenu un genre pornographique à part entière[5],[4]. De même, elles servent de publicité sur des sites de jeux en ligne ou promouvant la prostitution[6].
Le terme molka désigne aussi bien le fait de filmer une personne à son insu que la caméra cachée à cette fin ou encore la vidéo ainsi réalisée[4],[5],[7].
Différences dans la portée des sanctions par rapport à d'autres pays
Dans la plupart des autres pays, la définition des infractions sexuelles commises par le biais de prises de vue à l'insu de la personne est plus étroit qu'en Corée du Sud. Par exemple, dans la plupart des autres pays, la catégorie des prises de vue à l'insu de la personne considérées comme des infractions sexuelles se limite au fait de filmer sous une jupe (également appelé « upskirt ») dans les lieux publics, de filmer des sous-vêtements ou un corps nu sans consentement, ou de filmer sans consentement des rapports sexuels ou des rapports sexuels sans pénétration. Les sanctions pour prise de vue clandestine ou vol de photos à l'insu de personnes dans des lieux publics se limitent aux prises de vue sous une jupe, les autres types de prises de vue clandestines étant principalement axés sur les prises de vue clandestines dans des espaces privés (par exemple, salle de bain, chambre à coucher, maison, etc.)[8],[9]. Autrement dit, filmer des personnes en maillot de bain à la plage ou dans un parc aquatique sans leur consentement, ou filmer le dos de femmes entièrement vêtues dans la rue sans leur consentement (même à des fins sexuelles), n'est pas punissable car ces actes ont lieu dans des lieux publics et il n'existe aucune atteinte raisonnable de vie privée.
Cependant, en Corée du Sud, prendre des photos à l'insu de femmes dans des lieux publics portant des vêtements révélateurs (comme un bikini) ou des tenues qui exposent leurs courbes (par exemple, un maillot de bain une pièce, un jean moulant, ou un short court) est puni par la loi comme un crime sexuel — surtout si le tournage met l'accent sur le sujet[10],[11]. Prendre des photos de jambes ou de cuisses sans consentement (même s'il ne s'agit pas d'upskirt) peut constituer une infraction sexuelle punissable par la loi[12].
Comparativement à d'autres pays, la Corée du Sud prévoit un champ d'application plus large des sanctions pour la prise de photos considérées comme une infraction sexuelle. En revanche, des pays comme les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne et le Japon ne considèrent pas comme un délit sexuel le fait de prendre des photos volées de femmes dans des lieux publics portant des vêtements révélateurs ou moulants (par exemple : bikini, maillot de bain une pièce, jean skinny, short). Il est donc difficile de comparer directement les taux de criminalité liés à ce type de « molka » entre les pays[13].
Les infractions commises par des étrangers originaires de pays où la définition des crimes « molka » punissables est plus étroit qu'en Corée du Sud sont directement intégrées aux statistiques criminelles sud-coréennes. Ainsi, même des actes non considérés comme des crimes sexuels ou non punissables dans d'autres pays — comme photographier les fesses d'une femme en jean moulant dans la rue ou une femme en bikini sur la plage — sont comptabilisés dans les statistiques sud-coréennes relatives aux crimes « molka », qu'ils soient commis par des Sud-Coréens ou des étrangers. Par exemple, une part importante des personnes interpellées pour avoir filmé en secret des femmes en maillot de bain sur les plages et poursuivies pour crimes sexuels en Corée du Sud sont des étrangers[14]. En 2021, un étranger qui avait filmé en cachette une femme déguisée en Playboy Bunny (Bunny girl) à Itaewon pendant la période d'Halloween a été déféré devant le parquet pour crime sexuel[15].
De plus, alors que la peine maximale en Corée du Sud est de 7 ans de prison, elle n'est que de 2 ans de prison au Royaume-Uni. L'article 14 de la Loi relative aux cas particuliers concernant la répression des infractions sexuelles (ko) en Corée du Sud définit comme punissable, pour enregistrement vidéo, « toute personne qui prend, contre son gré, des photographies du corps d'autrui, susceptibles de provoquer une excitation sexuelle ou un sentiment de honte, au moyen d'un appareil photo ou d'un dispositif similaire, ou qui distribue, vend, loue, fournit, expose ou projette publiquement les photographies ainsi prises ». Cette disposition légale explique pourquoi le champ d'application des infractions liées à la prise de photos à l'insu de la personne est plus large en Corée du Sud que dans d'autres pays[16],[17].
Filmer une personne habillée à une longue distance peut également être puni comme un crime sexuel en Corée du Sud. Lorsqu'une personne est photographiée de loin, le tribunal juge s'il y a une « intention sexuelle » ou si l'acte cause une « honte sexuelle ». La loi a été critiquée pour son manque de critères clairs en matière d'interprétation juridique[18]. En 2021, dans une affaire impliquant le tournage secret d'une femme en leggings, la Cour suprême de Corée a interprété de manière large la notion de « honte sexuelle » et a prononcé un verdict de culpabilité, affirmant que même un simple désagrément peut être interprété comme de la honte sexuelle[19]. La communauté des femmes sud-coréennes a exprimé son approbation face à cette décision[20].
Cependant, il existe également des avis critiques concernant un champ d'action punissable aussi large. Il existe des avis tels que : « Il y a un genre artistique appelé photographie de rue, et aucun pays n'interdit de prendre des photos dans les lieux publics (à l'exception de la Corée du Sud) », ou encore : « Pourquoi punir cela comme un crime sexuel alors que cela devrait être traité comme une affaire civile d'atteinte au droit à l'image ? »[21] Il y a aussi des opinions disant : « il est injuste d'être puni lorsque quelque chose de spécifique est capturé alors que l'on filme d'autres choses dans des lieux publics », et « il serait préférable de définir un champ d'application spécifique (de la punition pour le voyeurisme) comme aux États-Unis ». En revanche, d'autres arguments affirment que « cela peut amplement constituer un crime si la victime se sent offensée » et que « même si quelqu'un porte des vêtements courts en public, elle n'a pas donné son accord pour être filmée par autrui »[22].
Ampleur du phénomène et réactions nationales
La police coréenne a recensé 6 000 cas de molka en 2018, contre 1 100, huit ans plus tôt[2],[4]. En 2017, elle a identifié 5 363 coupables potentiels (1 354 en 2011), dont 95 % d'hommes[5]. Entre 2012 et 2016, l'institution policière a répertorié 26 000 victimes de molka, parmi lesquelles plus de 80 % étaient des femmes[23].
Dans le sillage du mouvement MeToo, qui s'est développé dans le pays à partir de , des dizaines de milliers de femmes ont manifesté leur colère sur la place publique[5],[23],[3]. En , Elles sont plus de 70 000 réunies dans les rues de Séoul, formant le plus grand rassemblement de femmes dans l'histoire du pays[7],[1]. Dans la foule, des pancartes portées par des manifestantes, affichent le message : « Ma vie n’est pas ton film porno » (« My life is not your porn »)[4],[2]. Sous la pression, le gouvernement coréen a débloqué l'équivalent de cinq millions d'euros pour lutter contre le phénomène et a engagé la vérification de près de cinquante mille toilettes publiques[7],[2],[3]. L'administration du président Moon Jae-in a aussi pris des mesures afin de lutter contre les violences sexuelles dans le secteur public[3].
Notes et références
- Salomé Grouard, « En Corée du Sud, le combat féministe post-#MeToo », sur Slate.fr, (consulté le ).
- Lucie Lespinasse, « La Corée du Sud face au «molka», le scandale des femmes filmées à leur insu », Libération, (consulté le ).
- Kathleen Franck, « Corée du Sud : qu'est-ce que le « molka », ces caméras qui espionnent les femmes », RTL, (consulté le ).
- Philippe Mesmer, « Quand les Sud-Coréennes se révoltent contre le « molka » », Le Monde, (consulté le ).
- Pablo Maillé, « En Corée du Sud, bronca contre les «molka» », Libération, (consulté le ).
- ↑ (en) « South Korean women turn out in their thousands to protest against widespread spycam porn crimes », The Telegraph, (consulté le ).
- Gabin Tellenne, Constantin Simon et Ho Gyeong Son, « Focus - Corée du Sud : la lutte contre le "Molka", l'espionnage avec de mini-caméras », France 24, (consulté le ).
- ↑ (en) « 18 U.S. Code § 1801 - Video voyeurism », sur Cornell Law School
- ↑ (en) « Voyeurism (Offences) Act 2019 », sur legislation.gov.uk
- ↑ (ko) « 비키니女 몰카 찍던 50대...경찰 오자 모래더미에 카메라 숨겨 », sur MoneyToday,
- ↑ (ko) « 뒤따라와 청바지 입은 뒤태 도촬한 남성, 소송할 수 있나? », sur lawtalknews.co.kr,
- ↑ (ko) « 여성의 허벅지를 촬영하고 이를 사이트에 게시한 행위의 범죄 분석 », sur lawtalk
- ↑ (ko) « 미국과 영국, 프랑스, 독일, 일본이 몰카 범죄를 어떻게 처벌하는지 알아보았습니다. », sur lawtalk.co.kr, .
- ↑ (ko) « 해변 비키니 몰카 92%가 외국인… 죄의식 없어 문제 », sur munhwa.com,
- ↑ (ko) « '핼러윈 버니걸 불법촬영' 고릴라탈 쓴 외국인...검찰 송치 », sur The Joongang, .
- ↑ (ko) « 성폭력범죄의 처벌 등에 관한 특례법 », sur 국가법령정보센터, .
- ↑ (en) « What is Voyeurism & Is it A Criminal Offence? », sur lawtonslaw.co.uk.
- ↑ (ko) « 카메라 촬영죄의 위헌성 », sur LawFirm Modoo, .
- ↑ (ko) « "찍으라고 입은 거 아닌데" 레깅스 판결 또 뒤집힌 이유[이슈 컷] », sur Yonhap, .
- ↑ (ko) « 부끄러움은 누구의 몫? – 레깅스판결 뒤집은 대법원 판결로 보는 ‘성적 수치심’ », sur www.kpil.org, .
- ↑ (ko) « https://www.donga.com/news/article/all/20210108/104825473/1 », sur Dong-A Ilbo, .
- ↑ (ko) « 한국과 외국의 몰카 범죄 처벌 수위를 비교해봤더니... », sur Insight, .
- (en) Adam Taylor et Min Joo Kim, « At South Korean beaches and swimming pools, a war against tiny spy cameras », The Washington Post, (consulté le ).
Voir aussi
Articles connexes
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