Noise gate

Démonstration de l'effet d'un noise gate sur une guitare électrique saturée, avec un release très court (10 millisecondes) : le son se coupe très abruptement dès que la guitare ne joue pas.

Un noise gate (littéralement porte à bruit ou portail à bruit) est un effet de traitement sonore qui ne laisse passer le signal audio qu’au dessus d'un certain seuil. Son but est d'empêcher les sons parasites du signal entrant de passer à travers un circuit audio, dans le but d'obtenir un son le moins parasité possible en sortie. Son utilisation la plus typique est de le régler pour couper tout signal ne dépassant pas un certain volume.

Le noise gate est utilisé à la fois en enregistrement studio et en sonorisation live, pour éliminer des bruits parasites comme le buzz d'un ampli guitare ou le son d'autres instruments repris par un micro. Il peut également modifier l'enveloppe d'un son percussif pour éliminer les résonnances. Il permet une meilleure séparation des sources sonores, un mixage plus propre, et sur scène, réduit le risque de larsen. Enfin, le noise gate peut avoir des usages plus artistiques en tant qu'effet à part entière, comme avec la gated reverb.

Historique

Le premier noise gate à être commercialisé est le Kepex, vendu par la société Allison research (Valley People) aux États-Unis en 1969. Son invention intervient au moment où l'enregistrement multipiste se généralise : il devient alors nécessaire de pouvoir réduire les bruits parasite qui s'accumulent lorske l'on empile des pistes, et de pouvoir couper la repisse du son des autres instruments dans les microphones pour maintenir de la clarté dans l'enregistrement[1].

Dans les années 1970, les noise gate se répandent dans les studios d'enregistrement. L'entreprise britannique Drawmer devient une référence des noise gate en rack dans les années 1980[1].

Fonctionnement

Principe

Fonctionnement simplifié d'un noise gate.

Un noise gate ne laisse passer le signal audio qu’au delà d'un certain seuil (threshold), généralement défini en décibels. Quand le volume du signal sonore reçu est inférieur à un certain volume ou n'entre pas dans la plage de fréquences définie, le noise gate ne laisse passer aucun signal, éliminant ainsi les faibles sons parasites. Quand le signal sonore est supérieur au seuil ou entre dans la plage de fréquences autorisée, aucun traitement n'est appliqué[2].

Les noise gate analogiques reposent sur l'utilisation d'un amplificateur commandé en tension (VCA)[3], un composant électronique qui fait varier le gain du signal en fonction d'une tension électrique[4].

Réglages

Contrôles de seuil (treshold), d’attaque (attack), de maintien (hold) et de relâchement (decay) sur un noise gate Drawmer DS201.

Des temps d'attaque et de relâchement (attack et release), souvent en millisecondes, sont utilisés pour moduler la sensibilité du gate : l'attaque définit le temps minimal durant lequel l'amplitude du signal traité doit rester supérieure au seuil fixé avant que le gate ne se déclenche (et laisse passer le signal). Le temps de relâchement règle la durée minimale durant laquelle le signal doit rester sous le seuil pour que le gate s'arrête (et coupe le signal)[5]. On trouve également un réglage de maintien (hold), qui détermine pendant combien de temps le gate reste ouvert après son déclenchement, ce qui évite de couper trop tôt le son ou d'avoir un gate qui s'ouvre et se ferme intempestivement[4]. Enfin, l'hystérésis est un réglage présent sur certains appareils ki contrôle la différence, en décibels, entre le seuil d'ouverture et le seuil de fermeture. Un seuil de fermeture légèrement plus faible que le seuil d'ouverture évite l'ouverture et la fermeture intempestive du gate[4].

Schéma de l'effet du réglage d'hystérésis sur un noise gate (en bas). Sans hystérésis, un volume fluctuant autour du seuil entraîne l'ouverture et la fermeture intempestive du gate.

Ces réglages sont très importants. Un temps d'attaque trop court (au minimum la latence de l'électronique de l'appareil) laisserait passer les bruits courts et forts (par exemple les craquements d'un vinyle). Une absence de temps de relâchement « tronquerait » les notes en coupant la fin des résonances, ce qui serait musicalement très déplaisant, en particulier sur les instruments « percussifs » (piano, guitare...)[2].

Enfin, certains noise gate peuvent se rapprocher d'un expandeur avec les contrôles de ratio (un noise gate a un ratio infini de 1:∞, un expandeur peut avoir un ratio de 1:5) et de plage (range), qui détermine la quantité de réduction sonore : -70dB (le son coupe complètement) ou -30 dB (le son est diminué mais pas complètement coupé) par exemple[3].

Sidechain

Une pédale de noise gate de Boss pour guitare électrique, avec une boucle d'effets pour y insérer des pédales de distorsion ou un amplificateur hi gain.
Réglages de l'ouverture d'un noise gate Drawmer DS201 sur une plage de fréquences spécifiques (LF pour graves et HF pour aigus), soit sur le signal audio traité (int[ernal]) ou selon une source sonore externe (ext[ernal]).

Sur certains appareils, il est possible de commander l'ouverture et la fermeture du noise gate à partir d'une autre source sonore que le signal qui est traité. Par exemple, la piste audio d'une charleston sur une batterie peut ouvrir ou fermer un noise gate appliqué à la piste audio d'un synthétiseur, produisant un effet haché (on entend le synthétiseur uniquement lorsqu’on entend aussi la charleston)[2]. Ce fonctionnement est similaire au sidechain utilisé sur un compresseur.

De même, certains pédales d'effet de noise gate destinées à la guitare électrique possèdent une boucle d'effet, dans lequel est inséré une pédale de distorsion, un préampli ou un amplificateur fortement saturé. le signal direct de la guitare ouvre et ferme le gate, mais le noise gate s’applique uniquement sur le signal saturé. Cela permet de ne pas couper trop abruptement les notes, et de préserver la dynamique de jeu[6].

Fréquence d'ouverture

Certains noise gate disposent d'un réglage d'égalisation : le gate ne s'ouvre que si le signal d'entrée est dans une certaine plage de fréquences. Appliqué à un micro captant le son d'une grosse caisse, cela permet par exemple d'éviter que les autres éléments de la batterie dans les fréquences plus aigues (caisse claire, cymbales...) déclenchent accidentellement l'ouverture du noise gate à cause de leur volume sonore élevé. Le gate ne s'ouvrira que si les fréquences graves sont suffisamment importantes, donc seulement quand la grosse caisse joue[5].

Utilisations

Le noise gate trouve son intérêt dans une configuration qui ne laisse passer qu'une certaine partie du signal sonore, en dessous ou au-dessus d'un certain volume sonore ou dans une plage de fréquences définies. Il est aussi utile pour réduire le phénomène de souffle que l'on rencontre avec les applications sonores électroniques.

Élimination des bruits parasites

Le noise gate est souvent utilisé pour supprimer les bruits parasites d'une guitare électrique, d'une voix ou d'un autre instrument lors des passages où celui-ci n'est pas joué. En effet, les amplis pour guitares électriques émettent un grésillement continu — surtout lorsqu'on leur applique un effet de distorsion — trop faible pour être perçu pendant que l'instrument est joué, mais audible dans les passages à vide. D'une manière générale, toute prise de son effectuée grâce à des microphones génère des bruits de fond que l'ingénieur du son peut souhaiter faire disparaitre[5].

De même, au cinéma, un noise gate peut être utilisé lors du mixage audio pour enlever les bruits de fond captés par les micros lorsque les acteurs ne parlent pas[7].

Toutefois, un noise gate ne supprime pas le bruit parasite : quand l'instrument ou la personne qui parle dans le micro déclenche l'ouverture du noise gate, les bruits parasites se font entendre également[7]. Il est donc nécessaire que la source sonore à capter produise nettement plus de volume que le bruit de fond[8].

Réduction de la repisse d'autres instruments

Fichiers audio
Caisse claire sans noise gate
noicon
Caisse claire avec repisse du reste de la batterie.
Caisse claire avec noise gate
noicon
Le noise gate permet d'éliminer la repisse de la grosse caisse.

Un noise gate peut être utile pour éliminer la repisse des autres instruments dans un microphone destiner à capter une seule source sonore. Par exemple, un noise gate peut réduire le son d'une batterie repris dans un micro chant, en ouvrant le signal seulement quand il y a de la voix dans ce micro, ou bien éliminer la repisse de la grosse caisse dans le micro de la caisse claire[8].

Changement de l'enveloppe d'un son

En sonorisation et mixage musical, lorsque l'on travaille sur une plage de fréquence resserrée, le noise gate permet de retravailler l'enveloppe sonore des percussions, comme celui des toms d'une batterie, en gardant uniquement la frappe initiale sur les premières millisecondes et en coupant la résonance de la percussion. Cela rend le son plus agressif d'une part et sert d'autre part à masquer le son des autres instruments passant dans les micros. Ce type de traitement permet à chaque tom d'occuper une part bien définie du spectre sonore : ils se détachent ainsi mieux les uns des autres à l'écoute[5].

En éliminant les résonnances d'un tom ou d'une grosse caisse, un noise gate permet aussi de réduire le risque de larsen et d'augmenter le gain avant feedback des micros qui les captent. Cela est particulièrement utile en sonorisation live[1].

Utilisations musicales

Exemple de gated reverb sur une caisse claire.
Exemple musical de vaporwave avec beaucoup de gated reverb sur la batterie.

En plus d'être un outil, le noise gate peut également avoir une utilisation artistique, jusqu’à devenir la signature sonore d'un style de musique. Dans les années 1980, la gated reverb est un effet très répandu dans les morceax de pop et de rock : elle consiste à appliquer une grosse réverbération sur la caisse claire ou les toms, et à couper cette reverb très abruptement avec un noise gate. Le résultat est un son de batterie massif qui garde néanmoins sa clarté. L'exemple le plus représentatif est la batterie de Phil Collins sur le morceau In the Air Tonight en 1981[1].

Exemple de sonorités typiques du djent, où les guitares et la basse utilisent fortement les noise gates pour produire un son saccadé et tranchant.

Le noise gate fait également partie intégrante de la signature sonore du djent (un sous-genre du metal apparu dans les années 2010) où les guitares électriques ont un son très saccadé, quasiment haché, produit par des noise gate réglés avec un temps de release très court. Certains guitaristes de djent utilisent jusqu’à trois noise gates simultanément (un en début de chaîne, un après les overdrives et un dernier dans la boucle d'effet de l'amplificateur). Cela permet d'éviter des réglages trop drastiques et préserve mieux le signal sonore de la guitare, notamment das les fréquences aiguës[9].

Exemple audio d'un noise gate appliqué sur un pad de synthétiseur et dont l'ouverture est déclenchée par une batterie.

Le noise gate peut aussi être utilisé comme un effet à part entière. C'est le cas en musique électronique, pour donner du rythme à un son initialement en continu (comme une nappe de synthé) : en déclenchant l'ouverture du noise gate par un instrument percussif (grosse caisse par exemple), le son du synthé se coupe à chaque coup de kick et crée un effet saccadé[1]. Avec le même principe de sidechain, il est possible de créer un effet de tremolo haché. Cela a notamment été employé sur la guitare de David Gilmour dans le morceau Money de Pink Floyd[1].

Formats

Noise gate stéréo Drawmer DS201, au format rack 19 pouces.

Le noise gate se trouve en rack, sous forme d'appareil analogique ou numérique de haute qualité utilisé en studio ou en sonorisation. On le trouve également intégré à des appareils faisant intervenir d'autre traitements sonores : c'est notamment le cas dans des appareils multi-effets ainsi que dans les consoles de mixage numériques[1]. Le noise gate se trouve aussi sous forme de pédale d'effet pour instrument (en particulier pour guitare électrique), ou encore sous forme numérique dans des logiciels de traitement sonore et des plugin audio.

Certains noise gates se déclenchent de manière optique. Dotés d'un capteur infrarouge, ils se fixent sur un micro chant et ne s'activent que lorsqu’une personne s'approche suffisamment du micro. De cette manière, même une source sonore élevée (comme une batterie placée derrière le chanteur) ne risque pas d'ouvrir accidentellement le noise gate, et la voix ne risque pas d'être coupée intempestivement par un noise gate au seuil trop élevé[1].

Des noise gates Valley People sur une console de mixage.

Références

  1. a b c d e f g et h (en) Julian Colbeck et Alan Parsons, Alan Parsons' Art & Science of Sound Recording: The Book, Hal Leonard Corporation, (ISBN 978-1-4803-9723-1, lire en ligne), chap. 10 (« Noise Gates »)
  2. a b et c Franck Ernould et Denis Fortier, Le grand livre du home studio - 3e éd.: Tout pour enregistrer et mixer de la musique chez soi, Dunod, (ISBN 978-2-10-084251-3, lire en ligne), p. 214
  3. a et b (en) Yuan Ji, « Parameters and Applications of Noise-Gates », Advanced Materials Research, vol. Vol. 705,‎ , p. 553-557 (DOI http://dx.doi.org/10.4028/www.scientific.net/AMR.705.553)
  4. a b et c Pierre-Louis de Nanteuil, Dictionnaire encyclopédique du son, Dunod, (ISBN 978-2-10-053674-0, lire en ligne), p. 545
  5. a b c et d (en) Scott Hunter Stark, Live Sound Reinforcement: A Comprehensive Guide to P.A. and Music Reinforcement Systems and Technology, Hal Leonard Corporation, (ISBN 978-0-918371-07-2, lire en ligne), p. 130-132
  6. (en-US) Joe Branton, « The Complete Guide to Noise Gate and Suppressor Pedals », sur BOSS Articles, (consulté le )
  7. a et b (en) Chris Jones, Guerilla Film Makers Movie Blueprint, A&C Black, (ISBN 978-0-8264-1453-3, lire en ligne), p. 417
  8. a et b (en) David Gibson, The Art of Mixing: A Visual Guide to Recording, Engineering, and Production, Taylor & Francis, (ISBN 978-1-040-64275-7, lire en ligne), p. 233
  9. (en) Matthew Shelvock, « The Progressive Heavy Metal Guitarist's Signal Chain: Contemporary Analogue and Digital Strategies », KES Transactions on Innovation in Music, vol. 1, no 1,‎ , p. 131 (lire en ligne)

Voir aussi

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