Alexandre Stellio
| Nom de naissance | Alexandre Fructueux |
|---|---|
| Naissance |
Les Anses-d'Arlet, Martinique |
| Décès |
(à 54 ans) Hôtel-Dieu de Paris, Paris |
| Nationalité | française |
| Genre musical | Biguine, mazurka créole, valse créole |
| Instruments | Clarinette |
| Années actives | années 1900-1939 |
Alexandre Stellio, nom de scène d’Alexandre Fructueux[Note 1], né le aux Anses-d'Arlet, en Martinique, et mort le à l’Hôtel-Dieu de Paris, est un clarinettiste, compositeur et chef d'orchestre français.
Figure majeure de la musique martiniquaise de l’entre-deux-guerres, il est l’un des principaux représentants de la biguine classique. Installé à Paris en 1929, il participe à la popularisation de cette musique dans les bals et cabarets de la capitale, puis lors de l’Exposition coloniale internationale de 1931[1]. Entre 1929 et 1939, il laisse un ensemble de 128 faces de disques 78 tours, considéré comme un témoignage majeur de l’âge d’or de la biguine à Paris[1],[2].
Biographie
Origines et enfance
Alexandre Fructueux naît le 16 avril 1885 au lieu-dit Le Flandrin, dans le quartier de l’Anse Dufour, sur le territoire de la commune des Anses-d'Arlet, au sud-ouest de la Martinique[2],[3],[4]. Il est issu d’une famille modeste vivant notamment de la pêche[4].
Sa mère s’installe ensuite avec ses enfants à Saint-Pierre, alors principal centre économique et culturel de la Martinique[2],[5]. Après un séjour d’environ deux ans à Fort-de-France, la famille quitte la Martinique en 1898 pour s’installer à Cayenne, en Guyane[2].
Il s’intéresse d’abord à la flûte, puis apprend la clarinette, en grande partie de manière autodidacte[4]. Selon plusieurs récits biographiques, le surnom « Stellio » lui aurait été donné en Guyane par un commerçant d’origine italienne, par rapprochement avec le mot italien stella, signifiant « étoile »[2],[4].
Premières années en Guyane
À Cayenne, Stellio exerce notamment le métier de cordonnier tout en se produisant comme musicien[2]. Il rejoint des formations locales et interprète dans les bals et lieux de divertissement guyanais des airs issus du répertoire de Saint-Pierre et de la tradition musicale martiniquaise[2],[6].
En 1910, il épouse à Cayenne Marie Paula Léonide Élinda Boudaud. Le couple divorce en 1916[7].
Retour en Martinique
Stellio retourne en Martinique en 1919. Il est alors engagé pour accompagner à la clarinette les projections de cinéma muet, notamment dans un établissement Gaumont, tout en continuant quelque temps son activité de cordonnier[2].
À partir de 1922, il joue au Select-Tango, l’un des principaux dancings de Fort-de-France, au sein de l’orchestre dirigé par Léon Apanon[2]. C’est durant cette période qu’il accroît sa notoriété locale comme clarinettiste et compositeur. Miziknou lui attribue alors une première biguine intitulée Quand même[2].
Son jeu contribue à conserver et à transmettre le répertoire musical de Saint-Pierre, ville détruite lors de l’éruption de la montagne Pelée du 8 mai 1902[7]. La Médiathèque caraïbe considère que Stellio a durablement fixé certaines formes et caractéristiques du style classique de la biguine martiniquaise[1].
Arrivée à Paris
Le 27 avril 1929, Stellio embarque pour la France à bord du paquebot Pellerin-de-Latouche, accompagné notamment du tromboniste et guitariste Ernest Léardée et du banjoïste Archange Saint-Hilaire. Le groupe arrive au Havre le 9 mai 1929[8].
Les musiciens ont été recrutés pour participer à l’ouverture du cabaret antillais La Boule Blanche, situé à Paris[1],[2]. Stellio se produit également dans plusieurs établissements parisiens, parmi lesquels le Bal de la Glacière, le Canari et le Rocher de Cancale[8].
Son arrivée intervient dans un contexte de développement des bals antillais à Paris. Ces établissements sont fréquentés à la fois par des personnes originaires des Antilles et par un public métropolitain attiré par les danses et musiques créoles[1].
Premiers enregistrements
À Paris, Stellio profite du développement de l’industrie du disque pour enregistrer le répertoire antillais. Ses premières séances ont lieu en octobre 1929 pour la maison Odéon[9].
Les titres En sens unique, s'il vous plaît et Ah ! Gadé chabine-là, enregistrés le 16 octobre 1929, comptent parmi les premiers disques de musique antillaise gravés à Paris par son orchestre[2]. Ils sont interprétés avec une formation comprenant notamment Ernest Léardée, Archange Saint-Hilaire et la chanteuse Léona Gabriel[1].
Entre 1929 et 1930, Stellio enregistre pour Odéon. Après une interruption, il reprend ensuite ses activités discographiques, notamment chez Polydor, au cours des années 1930[9]. Ses orchestres sont présentés sous plusieurs appellations, dont l’Orchestre antillais Alexandre Stellio, l’Orchestre créole du Tagada, l’Orchestre créole du Madinina et l’Orchestre Stellio[7].
Exposition coloniale de 1931
En 1931, Stellio constitue une nouvelle formation pour participer à l’Exposition coloniale internationale de Paris. Son orchestre se produit au pavillon de la Guadeloupe[1],[2].
La manifestation, qui attire plusieurs millions de visiteurs, favorise la diffusion de la biguine auprès du public parisien. Stellio devient alors l’une des figures les plus connues des bals et cabarets antillais de la capitale[10].
Le succès de ces musiques pendant et après l’exposition contribue à faire des années 1931 à 1939 une période souvent qualifiée d’« âge d’or » de la biguine à Paris[10].
Carrière durant les années 1930
Durant les années 1930, Stellio dirige différentes formations et se produit dans de nombreux bals, cabarets et galas. Il joue notamment au Tagada, au Madinina et dans d’autres établissements associés à la vie nocturne antillaise parisienne[7].
En 1935, il participe à l’Opéra de Paris à un gala organisé dans le cadre du tricentenaire du rattachement des Antilles et de la Guyane à la France, en présence du président de la République Albert Lebrun[2],[5].
Il effectue également des déplacements en province. En 1938, il entreprend avec son orchestre une tournée en Algérie et en Tunisie[2].
Ses derniers enregistrements connus sont réalisés en 1938[3]. Au total, sa production parisienne représente 128 faces de disques 78 tours enregistrées entre 1929 et 1939[1],[2].
Maladie et mort
Dans la nuit du 15 au 16 avril 1939, alors qu’il joue au 11, rue de la Huchette, dans un ancien bal musette transformé en bal antillais, Stellio s’effondre sur scène[7]. Il est admis le 15 avril à l’Hôtel-Dieu de Paris, dans la salle Saint-Christophe. Le registre de l’établissement mentionne son admission sous le numéro 4850[7].
Devenu hémiplégique, il demeure hospitalisé pendant environ trois mois[1]. Il meurt à l’Hôtel-Dieu le 24 juillet 1939, à l’âge de 54 ans[1],[2],[7].
Ses obsèques religieuses sont célébrées à Paris. Il est ensuite inhumé au cimetière parisien de Bagneux[2]. En 1944, sa veuve fait transférer sa dépouille dans un caveau définitif situé dans la division 38 du même cimetière[7].
Vie privée
Alexandre Stellio épouse une première fois Marie Paula Léonide Élinda Boudaud à Cayenne en 1910. Leur divorce est prononcé en 1916[7].
Il épouse ensuite Julienne Rachel Adéla Lidie, connue sous le nom d’Adéla Stellio. Celle-ci a livré dans les années 1980 un témoignage consacré à la vie du musicien, ultérieurement reproduit dans le coffret discographique Stellio, l’Étoile de la musique créole[7].
Style musical
Le répertoire de Stellio appartient principalement à la tradition de la biguine martiniquaise. Il comprend également des mazurkas créoles, des valses, des polkas, des quadrilles et d’autres musiques destinées à la danse.
Son jeu se caractérise par la place centrale de la clarinette dans de petites formations comprenant généralement des instruments tels que le trombone, le banjo, le piano, la guitare, les percussions et parfois le chant[11].
Tout en préservant des mélodies et des rythmes issus du répertoire de Saint-Pierre, Stellio intègre à son jeu certaines influences du jazz et de musiques latino-américaines[2]. Son style personnel est ensuite imité par d’autres clarinettistes antillais[7].
Le musicien et chef d’orchestre Eugène Delouche devient au cours des années 1930 l’un de ses principaux concurrents dans les cabarets créoles parisiens[12].
Œuvre discographique
Enregistrements originaux
La discographie d’Alexandre Stellio a fait l’objet d’un inventaire détaillé publié en 1999 par Jacques Lubin dans le Bulletin de l’Association française des détenteurs de documents audiovisuels et sonores[13].
Parmi les morceaux enregistrés ou composés par Stellio figurent notamment :
- Ah ! Gadé chabine-là ;
- En sens unique, s'il vous plaît ;
- Bande Z’Arois ;
- Lundi Pâques ;
- Éti Tintin ;
- Ba nous en ti punch ;
- Ti Paule ;
- Bête à fé ;
- Calalou ;
- Un soir au Morne-Rouge ;
- Samedi Gloria ;
- Sur la route Didier ;
- Un dimanche à Sainte-Anne ;
- Aubade des Trois-Îlets ;
- Belle Cayennaise ;
- En route pour les Antilles ;
- Conversation ;
- La Brise des tropiques ;
- Douce Espérance ;
- Sérénade aux Terres-Sainville ;
- À l’ombre des palmiers ;
- Ti Citron.
Des exemplaires et rééditions de plusieurs enregistrements de Stellio sont conservés dans les collections de la Bibliothèque nationale de France[14].
Rééditions
Une partie de son œuvre, initialement publiée sur disques 78 tours, a été rééditée sous forme de disques microsillons, de disques compacts et d’éditions numériques.
Parmi les principales rééditions figurent :
- Stellio et son orchestre antillais : l'Étoile de la musique créole ;
- Alexandre Stellio : intégrale chronologique, 1929-1931, Frémeaux & Associés, 2007, 40 titres[15] ;
- Stellio, le grand clarinettiste martiniquais, 1929-1939, volumes 1 et 2 ;
- Stellio, l'Étoile de la musique créole, coffret de quatre disques, Frémeaux & Associés, 2020, comprenant 83 enregistrements et deux témoignages sonores[7],[3].
Influence et postérité
Stellio est considéré comme l’une des figures majeures de l’histoire de la musique martiniquaise et de l’implantation de la biguine à Paris[1],[6]. Ses enregistrements ont contribué à la conservation d’un répertoire qui, jusque-là, se transmettait principalement par l’interprétation dans les bals et par la tradition orale.
Selon le musicologue Jean-Pierre Meunier, les clarinettistes de jazz français Claude Luter, Maxim Saury et Gérard Tarquin ont reconnu l’influence exercée par les disques de Stellio sur leur propre jeu, notamment au moment du renouveau du jazz de style Nouvelle-Orléans après la Seconde Guerre mondiale[7].
Un collège des Anses-d’Arlet porte le nom de collège Alexandre-Stellio[5]. La commune présente également le musicien parmi les personnalités marquantes de son histoire[4].
En 2012, un hommage lui est rendu aux Anses-d’Arlet[16]. La publication en 2020 du coffret Stellio, l’Étoile de la musique créole, soutenue par la Collectivité territoriale de Martinique, marque le quatre-vingtième anniversaire de sa disparition et achève un travail de réédition consacré aux musiciens antillo-guyanais de l’âge d’or de la biguine parisienne[7],[3].
Notes et références
Notes
- ↑ Les sources ne présentent pas toutes son nom civil dans le même ordre. France-Antilles, Miziknou, Universal Music et la commune des Anses-d'Arlet donnent « Alexandre Fructueux », tandis que plusieurs publications discographiques ou universitaires emploient « Fructueux Alexandre », parfois selon l'ordre bibliographique nom-prénom.
Références
- « Stellio et l'Exposition coloniale (1929-1931) », sur LAMECA, Médiathèque caraïbe (consulté le ).
- « Stellio (Fructueux) Alexandre », sur Miziknou, (consulté le ).
- « Stellio : le testament musical », sur France-Antilles Martinique, (consulté le ).
- « Les grands hommes », sur Ville des Anses-d'Arlet (consulté le ).
- « Alexandre Stellio », sur Collège Alexandre-Stellio, académie de Martinique (consulté le ).
- « Black Africa's open societies », sur UNESCO Digital Library (consulté le ).
- « Stellio, l'Étoile de la musique créole », sur Frémeaux & Associés, (consulté le ).
- Daniel Léon, « Alexandre Stellio, pionnier de la biguine », sur Culture Blues, (consulté le ).
- « La biguine et le disque 78 tours », sur LAMECA, Médiathèque caraïbe (consulté le ).
- « L'âge d'or de la biguine (1931-1939) », sur LAMECA, Médiathèque caraïbe (consulté le ).
- ↑ « Évolution et modernisation d'un style », sur LAMECA, Médiathèque caraïbe (consulté le ).
- ↑ « Del's Jazz Biguine 1951-1953 – Eugène Delouche », sur Frémeaux & Associés (consulté le ).
- ↑ Jacques Lubin, « Discographie d'Alexandre Stellio, alias Alexandre Fructueux », Bulletin de l'Association française des détenteurs de documents audiovisuels et sonores, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Henri Salvador sous les tropiques », sur Gallica, Bibliothèque nationale de France (consulté le ).
- ↑ « Alexandre Stellio : Intégrale chronologique (1929-1931) », sur Apple Music, (consulté le ).
- ↑ « Hommage à Alexandre Stellio », sur France-Antilles Martinique, (consulté le ).
Voir aussi
Bibliographie
- Jean-Pierre Meunier et Brigitte Léardée, La Biguine de l'Oncle Ben's, Éditions caribéennes, .
- Jacques Lubin, « Discographie d'Alexandre Stellio, alias Alexandre Fructueux », Bulletin de l'Association française des détenteurs de documents audiovisuels et sonores, (lire en ligne).
- Jean-Pierre Meunier, livret du coffret Stellio, l'Étoile de la musique créole, Frémeaux & Associés, 2020.
Articles connexes
- Biguine
- Musique martiniquaise
- Musique des Antilles françaises
- Ernest Léardée
- Léona Gabriel
- Eugène Delouche
- Exposition coloniale internationale de 1931
Liens externes
- « Stellio et l'Exposition coloniale (1929-1931) », sur le site de la Médiathèque caraïbe.
- Présentation du coffret Stellio, l'Étoile de la musique créole, sur le site de Frémeaux & Associés.
- Discographie d'Alexandre Stellio, sur OpenEdition Journals.
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