Alfred Hugenberg
| Alfred Hugenberg | |
| Fonctions | |
|---|---|
| Ministre de l'Économie, de l'Agriculture et de l'Alimentation | |
| – (4 mois et 30 jours) |
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| Chancelier | Adolf Hitler |
| Gouvernement | Hitler |
| Prédécesseur | Hermann Warmbold (É.) Magnus von Braun (A.) |
| Successeur | Kurt Schmitt (É.) Richard Walther Darré (A.) |
| Biographie | |
| Nom de naissance | Alfred Ernst Christian Alexander Hugenberg |
| Date de naissance | |
| Lieu de naissance | Hanovre (Royaume de Hanovre) |
| Date de décès | (à 85 ans) |
| Lieu de décès | Extertal (RFA) |
| Parti politique | DNVP |
| Conjoint | Gertrud Adickes |
| Diplômé de | Université de Göttingen Université de Heidelberg Université Humboldt de Berlin Université de Strasbourg |
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Alfred Hugenberg, né le à Hanovre et mort le à Extertal en Allemagne de l'Ouest, est un patron de presse et homme politique allemand.
Chef du Parti national du peuple allemand (DNVP) de 1928 à 1933, il misait sur une stratégie maximaliste[pas clair] d’alliance avec les nazis. Il leur a offert un espace médiatique considérable et a largement contribué à banaliser les idées d’extrême-droite dans la presse[1]. À la suite de l’accession des nazis au pouvoir, il est désigné membre du premier cabinet d'Adolf Hitler en 1933, en tant que ministre de l'Économie et de l'Alimentation.
Biographie
Origines et formation
Né à Hanovre, fils de Karl Hugenberg, un membre du Parlement prussien, il étudie le droit à l'université de Göttingen, de Heidelberg, et de Berlin, ainsi que l'économie à l'université de Strasbourg, où il soutient en 1888 une thèse de doctorat sur La colonisation intérieure dans l'Allemagne du Nord-Ouest sous la direction de Georg Friedrich Knapp[2]. En 1891, il rejoint la toute jeune Ligue pangermanique[3] (Alldeutscher Verband), créée par une poignée d'intellectuels prussiens (Ernst Haeckel, Ernst Hasse et Heinrich Class) en réaction au traité Heligoland-Zanzibar. En 1900, il se marie avec Gertrud Adickes, sa cousine au deuxième degré[4].
Haute fonction publique
Après son parcours universitaire, Hugenberg s'oriente vers la fonction publique. Son attachement à des ambitions colonialistes et expansionnistes est alors très marqué : il devient un des dirigeants de la « commission prussienne et royale à la colonisation », créée en 1886[5]. Cette commission publique est chargée de mettre en place la colonisation des territoires de l’Est de l’Empire, notamment par la saisie et la mises en cultures des terres détenues par les Polonais[5].
Magnat de l'industrie et de la presse

Juriste de formation, il occupe différents postes de direction dans les secteurs de la banque et de la métallurgie : c'est ainsi qu'en 1909, il devient président du conseil d'administration du groupe sidérurgique Krupp AG[6].
En 1919, il cofonde le RDI (Fédération de l'industrie allemande), le principal syndicat patronal d'Allemagne[5].
Avec l'appui d'actionnaires de Krupp, Alfred Hugenberg rachète plusieurs journaux du groupe de presse berlinois Scherl Verlag[6] à partir de 1916. Il construit ainsi un conglomérat d'entreprises des médias, le Hugenberg-Konzern. Au début des années 1920, il exerce par ce biais une grande influence sur la presse allemande d'extrême-droite et recrute Hans Fritzsche, futur accusé lors du procès de Nuremberg. Son conglomérat lui permet de détenir 26 quotidiens régionaux et nationaux[5].
Au sein du Konzern, Hugenberg standardise la production d’articles. Il met en place une « agence économique pour la province (Wirtschaftsstelle für die Provinz) », une équipe de rédacteurs chargée de préparer des éditoriaux et articles prêt à l’emploi, destinés à être distribués tel quel dans tous les quotidiens régionaux du groupe. Cela permet Hugenberg de simplifier à l’extrême le processus de fabrication de journaux (un article seul se retrouve dans les pages de plusieurs journaux à la fois), et d’imposer dans tous les quotidiens régionaux ses opinions politiques nationalistes et antisémites[5].
En 1927, Hugenberg acquiert la UFA, la plus grande entreprise de production cinématographique allemande. Il achète dans le même temps la Deulig, qui gère les actualités diffusées avant les films dans les cinémas allemands[7].
Carrière politique
Son adhésion aux projets de colonisation de l’Europe de l’Est sont de nouveau visibles lors de la Première Guerre mondiale. En 1915, Hudenberg cofonde, avec d’autres industriels allemands, le collectif « Ukraine libre ». Le but de ce collectif est de promouvoir l’indépendance de l’Ukraine vis-à-vis de la Russie, afin d’en faire un protectorat sous tutelle allemande à la fin de la guerre, propice à la colonisation agricole[8].
Il perçoit très négativement la défaite de 1918, car selon lui, la guerre devait permettre à l’Allemagne de renforcer sa croissance économique, d’étendre son influence et ses projets coloniaux à l’Est (ce qui explique son enthousiasme après la paix de Brest-Litovsk) et de dominer le reste de l’Occident[5]. En 1918, Alfred Hugenberg rejoint le Deutschnationale Volkspartei ou DNVP (Parti national du peuple allemand), qu'il représente à l'Assemblée nationale de Weimar (qui produit, en 1919, la constitution de la république de Weimar), puis au Reichstag. Il devient secrétaire du DNVP après une défaite électorale importante en 1928.
Hugenberg fait prendre à son parti une direction beaucoup plus radicale que celle qu'il avait avec son précédent dirigeant, le comte Kuno von Westarp. Il espère utiliser le nationalisme radical pour développer son mouvement, et à terme renverser la république de Weimar et restaurer un régime autoritaire. Sous la direction de Hugenberg, le DNVP, à l'origine principale force de droite conservatrice du pays, devient une force d'extrême droite autoritaire et ethno-nationaliste, tout en restant un parti ancré dans les élites conservatrices allemandes et attaché au retour de la monarchie[9]. Le radicalisme de Hugenberg entraîne une controverse dans le parti, qui conduit ses membres les plus conservateurs à le quitter pour fonder le Parti conservateur du peuple (Konservative Volkspartei, KVP).

En 1929, Hugenberg s’oppose frontalement au plan Young, prévoyant un assouplissement des règles du traité de Versailles concernant les réparation en lissant le paiement des indemnités jusqu’en 1988. Il fonde une « commission nationale pour le plébiscite contre le plan Young », prévoyant de soumettre cet accord à référendum[10]. Outre l’annulation pure et simple des réparations, le référendum prévoit de mettre en procès pour haute trahison les signataires du traité de Versailles et du plan Young. Hugenberg s’impose alors comme un acteur politique capable de rassembler les composantes de l’extrême-droite allemande : la Ligue Pangermaniste, les associations conservatrices d’anciens combattants, certains politiciens issus de la droite classique, et le parti nazi, soutiennent son initiative[11]. Toutefois, le projet devient un échec pour l’industriel allemand : le référendum, prévu pour le 22 décembre de la même année, échoue en raison d’une abstention trop élevée (taux de participation de 13,8 %)[11]. Pire encore, l’opération bénéficie considérablement au parti nazi, mouvement concurrent du DNVP, qui bénéficie de son association avec Hugenberg pour obtenir une tribune dans ses médias et devenir audible auprès du patronat allemand[11].
Dans les dernières années de la république de Weimar, jusqu'à la désignation d'Adolf Hitler comme chancelier en 1933, Alfred Hugenberg et le DNVP collabore avec le NSDAP dans leur opposition au premier et second cabinet Brüning et, jusqu'à un certain point, à la république elle-même[12]. Hugenberg espère encore parvenir à une union de l’ensemble des forces de droite au sein de laquelle il aurait encore un rôle majeur à jouer, avec comme ligne de mire une candidature unique pour les forces de droite à l'élection présidentielle[13]. Le 4 mars 1930, il s’associe avec les nazis et les partis de droite pour une proposition référendaire visant à faire chuter le gouvernement de Prusse. La proposition finit par échouer, malgré le soutien indirect des communistes, en ne recueillant que 37,1 % des voix[14].
Le 11 octobre 1931, Hugenberg co-organise avec Hitler et ses SS le « Front de Hazburg », un rassemblement festif des forces de droite et d’extrême-droite à Bad-Hazburg, visant à réclamer la démission du gouvernement Brüning. Ce front permet d’esquisser un programme commun, centré d’abord sur la répression des communistes et des syndicalistes dans toute l’Allemagne[13].
En 1932, à l'approche de l’élection présidentielle, alors que la candidature d’Hindenburg est plus qu’incertaine, Hugenberg met en avant la possible candidature de Guillaume de Prusse, fils de l’ancien empereur Guillaume II, comme candidat unique rassemblant les partis de droite[15]. Il semble être selon lui le candidat idéal : proche des nazis et des grands patrons incarnés par Hugenberg, il satisfait les espoirs d’une partie des conservateurs et des centristes de retour progressif à la monarchie. Le maintien des candidatures communes d’Hindenburg et d’Hitler empêche ce scénario d’aboutir[16]. La même année, il choisit de soutenir Papen.
Il devient ministre de l'Économie, de l'Agriculture et de l'Alimentation dans le premier cabinet Hitler en 1933, tout en espérant, comme beaucoup, que celui-ci ne puisse rester longtemps au pouvoir.
Le , il est contraint d'abandonner ses portefeuilles ministériels, et le lendemain, son parti est dissous. À partir de la fin 1933, les nazis l'obligent à leur céder ses entreprises de médias. Il reste membre du Reichstag jusqu'en 1945, malgré la dissolution du DNVP (et de tous les autres partis) après l'arrivée au pouvoir de Hitler.
Après la guerre, Alfred Hugenberg est emprisonné par les Britanniques. Il meurt en 1951, près de Rinteln.
Publications
- Die Besiedelung der norddeutschen Moore. Hannover 1888.
- Innere Colonisation im Nordwesten Deutschlands. 1891.
- Bank- und Kreditwirtschaft des deutschen Mittelstandes. München 1906.
- Hugenberg gegen Erzberger. 1919.
- Streiflichter aus Vergangenheit und Gegenwart. Berlin 1927.
- Die Deutschnationalen und die Kriegstribute. 1928.
- Klare Front zum Freiheitskampf: Rede gehalten auf dem 9. Reichsparteitag der Deutschnationalen Volkspartei in Kassel am 22. November 1929. 1929.
- Hugenbergs weltwirtschaftliches Programm. Berlin 1931.
- Hugenbergs innenpolitisches Programm. Berlin 1931.
- Der Wille der Deutschnationalen. 1932.
- Die soziale Frage in Deutschland. 1932.
- Ausführungen des Herrn Reichswirtschaftsministers und Reichsministers für Ernährung und Landwirtschaft, Dr. Hugenberg, Mitglied der Deutschen Delegation für die Wirtschaftliche Kommission der Weltwirtschaftskonferenz. 1933.
- Die neue Stadt. Gesichtspunkte, Organisationsformen und Gesetzesvorschläge für die Umgestaltung deutscher Großstädte. Berlin 1935.
Bibliographie
- Johann Chapoutot, Les Irresponsables : Qui a porté Hitler au pouvoir ?, Paris, Gallimard, coll. « NRF Essais », , 304 p. (ISBN 978-2-07-306119-5)
- (de) Heinz-Dietrich Fischer, « Alfred Hugenberg (1865–1951) », dans Ders. (Hrsg.) Deutsche Presseverleger des 18. bis 20. Jahrhunderts Verlag Dokumentation, Pullach bei München 1975, p. 294–308.
- (de) Dankwart Guratzsch, Macht durch Organisation. Die Grundlegung des Hugenbergschen Presseimperiums, Bertelsmann, Düsseldorf 1974 (ISBN 3-571-09011-X).
- (de) Friedrich-Wilhelm Henning, « Hugenberg als politischer Medienunternehmer », dans Günther Schulz (Hrsg.), Geschäft mit Wort und Meinung. Medienunternehmer seit dem 18. Jahrhundert. Harald Boldt Verlag, Munich 1999 (ISBN 3-486-56370-X), p. 101–127.
- (de) Björn Hofmeister, « Hugenberg, Alfred », dans Wolfgang Benz (Hrsg.): Handbuch des Antisemitismus. Vol. 2: Personen De Gruyter Saur, Berlin 2009 (ISBN 978-3-598-44159-2), p. 387 et s.
- (de) Heidrun Holzbach, Das „System Hugenberg“. Die Organisation bürgerlicher Sammlungspolitik vor dem Aufstieg der NSDAP. DVA, Stuttgart 1981 (ISBN 3-421-01986-X).
- (en) Larry Eugene Jones, « “The greatest Stupidity of my Life”. Alfred Hugenberg and the Formation of the Hitler Cabinet, January 1933 », dans Journal of Contemporary History. 27/1992, pp. 63–87.
- (en) John A. Leopold, Alfred Hugenberg. The Radical Nationalist Campaign against the Weimar Republic. New Haven 1977.
- (de) Michael Schellhorn, Alfred Hugenberg : wilhelminische Generation" und bürokratische Herrschaft im Deutschen Kaiserreich (1865-1914), Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, , 787 p. (ISBN 978-3-525-30332-0, OCLC 1473825734).
- (de) Wolfram Selig, « Hugenberg, Alfred, Politiker », dans Wolfgang Benz, Hermann Graml (Hrsg.): Biographisches Lexikon zur Weimarer Republik. C.H. Beck, Munich 1988, pp. 155 et suiv.
- (de) Klaus Wernecke, Peter Heller, Der vergessene Führer. Alfred Hugenberg. Pressemacht und Nationalsozialismus, VSA, Hambourg 1982.
Notes et références
- ↑ Chapoutot 2025.
- ↑ Chapoutot 2025, p. 86.
- ↑ Yves Caron, « Deutschland über alles : le pangermanisme (1890-1975) », Revue Défense Nationale (RDN), no 619, , p. 191-192 (lire en ligne).
- ↑ (de) Klaus-Peter Hoepke, « Hugenberg, Alfred », sur Neue Deutsche Biographie (consulté le ).
- Chapoutot 2025, p. 88.
- René Lauret, « Alfred Hugenberg savait mieux manier les millions que les hommes », le Monde,
- ↑ Chapoutot 2025, p. 89.
- ↑ Chapoutot 2025, p. 87.
- ↑ "Le Monde Nazi", Johann Chapoutot, Christian Ingrao et Nicolas Patin, page 25, éditions Tallandier, 2024
- ↑ Chapoutot 2025, p. 94.
- Chapoutot 2025, p. 95.
- ↑ Christian Baechler, L'Allemagne de Weimar 1919-1933, Fayard 2007 p. 296
- Chapoutot 2025, p. 97.
- ↑ Chapoutot 2025, p. 96.
- ↑ Chapoutot 2025, p. 98.
- ↑ Chapoutot 2025, p. 99.
Annexes
Articles connexes
- Vincent Bolloré - Vivendi
- Programme de septembre (1914)
- Parti national du peuple allemand (DNVP)
- Plan Young, Référendum contre le Plan Young (de) ()
- Reinhold Quaatz (de) (1876-1953), proche conseiller
- Cabinet Hitler
- Freikorps (1918-1921), Revanchisme
- Stahlhelm (casques d'acier), organisation paramilitaire (1918-1935)
- Front de Harzburg (1931-1933)
Liens externes
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