Edvard Grieg

Edvard Grieg
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Edvard Grieg en 1889.
Nom de naissance Edvard Hagerup Grieg
Naissance
Bergen (Suède-Norvège)
Décès (à 64 ans)
Bergen (Norvège)
Activité principale Compositeur et pianiste
Style Romantique
Formation Conservatoire de Leipzig
Maîtres Carl Reinecke, Ernst Ferdinand Wenzel, Ignaz Moscheles
Ascendants Alexander Grieg et Gesine Judithe Hagerup
Conjoint Nina Hagerup Grieg
Descendants Alexandra Grieg ; Nina Grieg (nièce), épouse de Johan Halvorsen

Œuvres principales

Edvard Grieg (/ˈɛdʋɑʁd ˈgʁɪg/), né le à Bergen et mort le dans la même ville, est un compositeur et pianiste norvégien de la période romantique tardive. Il est le compositeur norvégien qui a connu le plus grand succès international et, à l'instar d'Henrik Ibsen, Bjørnstjerne Bjørnson et d'autres artistes de la fin du XIXe siècle, il joue un rôle majeur dans la construction culturelle de la nation norvégienne durant la période précédant la dissolution de l'union avec la Suède en 1905.

Les œuvres les plus connues de Grieg sont ses deux suites, tirées de la musique de scène composée pour le drame Peer Gynt d'Ibsen, et son Concerto pour piano en la mineur. Parmi ses autres œuvres orchestrales célèbres figure la suite Holberg. À son époque, ses 66 pièces pour piano, les Pièces lyriques, contribuent beaucoup à sa célébrité, mais sa musique de chambre et ses chansons sont désormais considérées comme plus dignes d'intérêt. En tant que compositeur de chansons, Grieg est surtout connu pour ses mises en musique de poèmes de Bjørnson, Ibsen, Aasmund Olavsson Vinje, Arne Garborg, Hans Christian Andersen et Heinrich Heine.

À l'âge de 15 ans, Grieg commence ses études au Conservatoire de Leipzig, où il reste quatre ans. Plus tard, il passe quelques années formatrices de sa jeunesse à Copenhague, où il découvre les mouvements romantiques nationaux de l'époque. Sa rencontre avec Rikard Nordraak est déterminante pour l'élaboration de son style personnel de compositeur. Grieg commence alors consciemment à s'inspirer de la musique folklorique vocale et instrumentale norvégienne, qu'il intègre à un langage tonal profondément romantique.

En 1866, il s'installe à Christiania et prend la direction de la Société philharmonique. Il quitte Christiania en 1877 et, après quelques années d'errance, il retourne à Bergen en 1880 et fait construire une maison dans les environs de la ville en 1884. C'est à Troldhaugen qu'il vit jusqu'à la fin de sa vie durant la belle saison. Grieg passe généralement le reste de l'année à l'étranger, souvent en tournée comme chef d'orchestre invité, pianiste soliste ou accompagnateur de son épouse, la cantatrice Nina Hagerup. Affecté par des problèmes respiratoires depuis son adolescence, il meurt d'un emphysème pulmonaire.

Biographie

Origines familiales et jeunesse

L'arrière-grand-père d'Edvard, un écossais nommé Alexander Greig (1739-1803), arrive à Bergen vers 1770, et développe rapidement un commerce florissant de pêche et d'exportation de poisson séché et de crustacés. Il obtient la nationalité norvégienne en 1779 et modifie alors l'orthographe de son nom en Grieg. Alexander est nommé vice-consul britannique à Bergen en 1803, l'année de sa mort[1]. Son fils et son petit-fils, soit le grand-père et le père d'Edvard, sont tous deux consuls britanniques tout en poursuivant l'activité commerciale fondée par Alexander Greig[2]. Le grand-père d'Edvard Grieg, John, épouse Maren Regina Haslund, fille du violoniste danois Nils Haslund, devenu chef de l'orchestre Musikselskabet Harmonien[2].

Le grand-père maternel d'Edvard Grieg, qui est aussi le grand-père paternel de Nina Hagerup, est Statsforvalter[note 1] à Bergen ainsi qu'une figure riche et influente de la ville[2]. La mère d'Edvard Grieg, Gesine Hagerup, a étudié le piano à Hambourg. De retour à Bergen, elle se produit comme pianiste. Elle écrit également de la poésie et organise des soirées musicales hebdomadaires[3].

Gesine et Alexander Grieg, parents du compositeur.

Les parents d'Edvard Grieg sont Alexander Grieg (1806-1875), marchand et vice-consul britannique à Bergen, et Gesine Hagerup (1814-1875), pianiste et fille d'Edvard Hagerup. Ils ont cinq enfants, Edvard étant le quatrième[4],[5]. Né le , il grandit au 152, Strandgaten, près du marché aux poissons et de Tyskerbryggen[6]. La maison a été détruite durant la Seconde Guerre mondiale[6], mais une plaque commémorative a été apposée à son emplacement. L'une des sœurs de Gesine est mariée au frère du célèbre violoniste Ole Bull, ce qui explique la relation matrimoniale distante qu'entretient Ole Bull avec la famille[7].

Dès l'âge de six ans, le garçon reçoit régulièrement des leçons de piano de sa mère[6]. Il écoute sa mère jouer des œuvres de Mozart, Beethoven, Carl Maria von Weber et Frédéric Chopin, et se fascine pour l'harmonie tonale[8]. À neuf ans, il fait ses premiers essais de composition, mais ceux-ci finissent à la poubelle[9]. Après l'école primaire, Edvard entre à l'école Tanks en 1853[10]. Éprouvant une aversion naturelle pour les règles et les institutions et étant l'objet régulier de moqueries, il essaie par tous les moyens d'éviter d'aller à l'école[11].

En 1858, le jeune Grieg rencontre pour la première fois Ole Bull. À cette époque, il envisage sérieusement de devenir musicien. Plusieurs pièces pour piano de son adolescence ont été conservées et figurent dans ses œuvres complètes. Lorsque Bull entend Edvard jouer quelques-unes de ses compositions au piano, il persuade ses parents d'envoyer le garçon partir étudier la musique à Leipzig[12],[13].

Études à Leipzig

Edvard Grieg en 1858.

En , Grieg commence ses études au conservatoire de Leipzig. Il y rencontre des étudiants de plusieurs nationalités. Le danois Emil Horneman devient un ami proche. Plus tard, Horneman décrit Grieg comme un « brillant camarade, un garçon fougueux et indiscipliné, à l'esprit vif et au cœur chaleureux »[14]. Parmi ses professeurs, se trouvent Moritz Hauptmann, Ignaz Moscheles, Louis Plaidy, dont il déteste les cours, Carl Reinecke, Ernst Friedrich Richter et Ernst Ferdinand Wenzel[15].

Felix Mendelssohn et Robert Schumann ont déjà été des figures importantes de la ville, et Grieg apprécie particulièrement le travail accompli par Schumann pour faire accepter les nouveaux courants musicaux dans un milieu musical très traditionnel. Grieg est également séduit par la musique poétique de Schumann, notamment ses romances et ses pièces pour piano[16]. Les élèves du conservatoire ont libre accès aux répétitions générales du célèbre orchestre du Gewandhaus, et Grieg écoute souvent Clara Schumann jouer du piano et se passionne pour Tannhäuser[16].

Le conservatoire de Leipzig vers 1850.

Pendant ses études à Leipzig, au début de l'année 1860, Grieg contracte une grave inflammation de la plèvre. Un de ses poumons est très abîmé, ce qui lui cause pour toute sa vie des difficultés respiratoires à l'effort[17]. Désireux de terminer ses études, il retourne à Leipzig à l'automne 1860 après sa convalescence à Bergen. Il est accompagné de son frère John, qui part étudier le violoncelle au conservatoire[18]. Grieg fait ses débuts comme pianiste de concert à Karlshamn, en Suède, le . Il y joue, entre autres, les Kreisleriana, de Schumann, ainsi que des œuvres de Mendelssohn et de son professeur Ignaz Moscheles[19].

Lors du concert de fin d'études, en , Grieg interprète trois de ses Quatre pièces pour piano, op. 1, et ses Quatre mélodies pour alto, op. 2. Il quitte Leipzig avec de bonnes appréciations de la part de ses professeurs[20]. Plus tard dans sa vie, Grieg a souvent parlé en termes désobligeants du conservatoire et de ses professeurs, leur reprochant notamment de l'avoir formé uniquement au piano. Cependant, des recherches ultérieures ont montré qu'il avait dressé un tableau très subjectif de ses études à Leipzig, où ses talents avaient été appréciés et qu'il avait quitté avec un bagage musical solide[21].

Séjour à Copenhague

Au printemps 1862, Grieg est de retour à Bergen et y donne son premier concert public en Norvège le . Il y interprète notamment trois mouvements d'un quatuor à cordes composé à Leipzig, qui est par la suite perdu[22]. L'accueil est positif et Grieg souhaite poursuivre ses études, mais son père n'a plus les moyens de les financer. Sa demande de bourse d'État est rejetée et Grieg doit étudier seul pendant un an. Mais l'environnement de Bergen n'offre que peu de perspectives au jeune compositeur, qui aspire à partir[23].

Au printemps 1863, Grieg part pour Copenhague, qui abrite alors une importante communauté artistique[24]. Il y a également des contacts : son vieil ami Horneman et des membres de la famille Hagerup y résident. Le goût pour la musique romantique s'est éveillé dans les pays nordiques à cette époque ; au Danemark, Niels Wilhelm Gade et Johann Peter Emilius Hartmann jouent un rôle prépondérant[25]. Gade encourage Grieg à composer une symphonie, et ce dernier accepte sans hésiter mais découvre qu'il n'est pas à l'aise avec la forme symphonique. Il termine cependant sa Symphonie en ut mineur en et trois de ses mouvements sont joués le mois suivant[24].

Edvard Grieg à l'époque de son séjour à Copenhague.

C'est à Copenhague qu'il rencontre sa cousine Nina Hagerup, et qu'il tombe aussitôt sous le charme de sa voix. Leurs fiançailles ont lieu en [26]. Il fait aussi la connaissance de Hans Christian Andersen et écrit ses Mélodies du cœur, op. 5, en prenant ses poèmes comme source d'inspiration[27].

D'autre part, sa rencontre avec Rikard Nordraak lui insuffle une inspiration musicale profonde. Malgré une formation musicale rudimentaire, Nordraak a déjà développé un style de composition personnel basé sur celui des violonistes folkloriques du Hardanger. Son contact avec Nordraak incite Grieg à explorer la fusion de la musique folklorique et des techniques de la musique savante[28].

En 1865, Grieg, avec Horneman et d'autres musiciens danois, fonde la société musicale Euterpe, dont l'objectif est de promouvoir la musique scandinave contemporaine[29]. Il compose alors les quatre Humoresques, op. 6, sa première œuvre publiée inspirée de la musique folklorique norvégienne, ainsi qu'une sonate pour piano et sa Sonate pour violon et piano en fa majeur. Avec ces œuvres, Grieg s'impose comme un novateur stylistique de la musique nordique[30].

En , Grieg part pour l'Italie, abandonnant à son sort son ami Nordraak, tombé gravement malade à Berlin, ce qu'il regrettera amèrement par la suite. C'est dans ce pays qu'il apprend la mort de Nordraak survenue le . Il se met aussitôt à composer une marche funèbre à sa mémoire[31]. Il y rencontre aussi ses compatriotes Henrik Ibsen et Andreas Munch, dont il met en musique quelques poèmes, et termine l'ouverture En automne, op. 11, avant de repartir en Allemagne en [32].

Période à Christiania

Photographie de mariage d'Edvard et Nina Grieg.

En , Grieg se rend à Christiania et y donne le mois suivant un concert de ses propres œuvres qui connaît un grand succès. Il est alors engagé comme chef d'orchestre de la Société philharmonique[33]. Avec Otto Winter-Hjelm, il fonde le conservatoire de Christiania le [34]. Malgré l'opposition de sa famille, il épouse Nina Hagerup à Copenhague le [35]. Leur unique enfant, une fille prénommée Alexandra, née le , meurt d'une méningite à l'âge de treize mois[36].

En 1867, En automne remporte le premier prix de composition lors d'un concours de l'Académie royale suédoise de musique[37]. La même année, il publie son premier recueil de Pièces lyriques pour piano, op. 12, qui est cependant loin d'être le plus abouti[38]. Le , Grieg crée avec succès sa Sonate pour violon en sol majeur[39]. En tant que chef d'orchestre, Grieg s'attelle à la tâche difficile d'éveiller la population de Christiania à la musique de Mozart, Beethoven, Mendelssohn, Schumann, Gade, et de compositeurs norvégiens comme Nordraak, Halfdan Kjerulf et Johan Svendsen[40]. Il noue une amitié avec Bjørnstjerne Bjørnson, qui va dès lors faire régulièrement appel à lui comme collaborateur musical[41].

Grieg compose son Concerto pour piano pendant l'été 1868 lors de vacances à Søllerød, au Danemark. Ce Concerto en la mineur, l'une des œuvres les plus importantes de Grieg, est créé triomphalement au Théâtre du Casino de Copenhague le avec Edmund Neupert comme soliste mais en l'absence de Grieg, retenu à Christiania[42].

Au début de l'année 1869, Grieg reçoit une lettre de Franz Liszt qui le complimente pour sa Sonate pour violon et piano en fa majeur et grâce à laquelle il obtient une bourse de voyage d'État[43]. Durant l'été, il découvre une anthologie de musique folklorique norvégienne compilée par Ludvig Mathias Lindeman (en) sous le titre Aeldre og nyere norske Fjeldmelodier (« Mélodies anciennes et nouvelles des montagnes norvégiennes ») et reviendra jusqu'à la fin de sa vie chercher régulièrement de l'inspiration dans ce livre[44].

En 1869-1870, Grieg séjourne plusieurs mois à Rome et y fait enfin la connaissance de Liszt en [45]. Il y renoue avec Ibsen et y rencontre, entre autres artistes, Giovanni Sgambati, enfant prodige du piano devenu compositeur. Liszt joue en public son Concerto pour piano en lecture à vue et fait l'éloge de l'œuvre[46].

De 1870 à 1872, Grieg écrit des mélodies pour accompagner certains des meilleurs poèmes de Bjørnson. Il compose aussi la musique de scène du drame épique Sigurd Jorsalfar et adapte le grand monologue épique Bergliot en mélodrame[47]. En 1871, Grieg contribue à doter Christiania d'une institution orchestrale permanente, la Société musicale, précurseur de ce qui deviendra plus tard l'Orchestre philharmonique d'Oslo, et la dirige conjointement avec Svendsen[48]. En 1873, il est fait chevalier de l'Ordre de Saint-Olaf, et il obtient l'année suivante une bourse annuelle de 1 000 couronnes[48].

Scène de la première de Peer Gynt, le .

Désireux de créer un opéra national, Grieg collabore avec Bjørnson en 1873 sur un projet ayant pour thème le roi Olaf Tryggvason. Cependant, après l'écriture de trois scènes, Bjørnson se désintéresse du projet pour se consacrer à des sujets plus modernes et, malgré les nombreuses demandes de Grieg, cesse de lui envoyer de nouveaux textes, ce qui provoque une longue brouille entre les deux hommes[49].

Lorsqu'en , Ibsen sollicite Grieg pour qu'il compose la musique de scène de Peer Gynt, Grieg accepte, bien qu'il qualifie la pièce de « plus anti-musical de tous les sujets », probablement attiré par la perspective d'une rémunération de 200 speciedaler[50]. Il consacre une bonne partie des années 1874-1875 à composer cette musique de scène. La première de la pièce, le , remporte un grand succès, en partie dû à la musique de Grieg[51]. Au tournant du siècle, Peer Gynt connaît un succès mondial sans précédent pour une œuvre norvégienne[52]. Les deux suites orchestrales que le compositeur tire en 1888 et 1893 de sa musique de scène deviendront son œuvre la plus célèbre avec son Concerto pour piano[53].

En septembre et , les parents de Grieg meurent à quelques semaines d'intervalle, un drame que Grieg exprime dans sa Ballade en sol mineur, op. 24, l'une de ses œuvres majeures pour piano[54].

Années d'errance

En , Grieg part pour Bayreuth assister à la première de L'Anneau du Nibelung. Il rédige pour le journal de Bergen une série d'articles enthousiastes, malgré quelques réserves, sur le premier festival de Bayreuth[55]. Revenu à Christiania, il essaie ensuite de convaincre Ibsen de lui écrire un livret, toujours dans le but de composer un opéra national, mais cet espoir restera vain[56]. Il entreprend ensuite une série de concerts en Suède avec son épouse[57].

Edvard Grieg vers 1879.

Grieg aspire à s'éloigner du rythme effréné des concerts et souhaite également se consacrer davantage à la composition. Il quitte Christiania pour passer l'été 1877 dans une ferme isolée d'Øvre Børve, près d'Ullensvang, puis s'installe pour l'hiver à Lofthus, où il fait construire une cabane de compositeur avec vue sur le glacier de Folgefonna. C'est là qu'il compose son Quatuor à cordes en sol mineur, op. 27, l'Album pour voix d'hommes, op. 30, et la cantate Prisonnier de la montagne, op. 32, dont il se montre particulièrement fier[58],[59].

Dans les années qui suivent, le couple d'artistes entreprend plusieurs tournées de concerts à travers l'Europe. Ils sont ainsi en Allemagne pendant la saison 1878-1879, Grieg y faisant la connaissance de Johannes Brahms[60]. Le , un concert consacré à ses œuvres est donné à Leipzig et reçoit un accueil enthousiaste du public mais Eduard Bernsdorf en fait une critique assassine[61]. Le , Grieg donne une représentation triomphale à Copenhague devant la famille royale danoise[62].

De retour en Norvège en , Grieg accepte en fin d'année le poste de chef d'orchestre de l'Harmonien de Bergen[63]. Ce travail a des conséquences néfastes sur sa créativité même si son activité créatrice très irrégulière a pour causes principales son perfectionnisme poussé à l'extrême et son manque d'assurance[64]. Il démissionne de son poste en 1882, et termine la composition de sa Sonate pour violoncelle et piano, op. 36, créée le [65]. C'est aussi à cette époque qu'il entreprend la création de façon plus régulière de ses Pièces lyriques qui vont rapidement devenir très populaires. Seize ans s'étaient écoulés entre la parution du premier recueil et celle du second, en 1883. Entre 1886 et 1901, Grieg publie huit autres cahiers[66].

Sa relation avec Nina se détériore et, en 1883, il tombe amoureux de la jeune peintre Leis Schjelderup. Il passe l'été loin de sa femme, donnant une série de concerts en Allemagne et aux Pays-Bas, où il se lie d'amitié avec Julius Röntgen. Il projette de partir vivre à Paris avec Leis, mais son ami Frants Beyer parvient à le faire renoncer et à le réconcilier avec Nina. Le couple Grieg passe ensuite les premiers mois de 1884 en Italie[67].

Troldhaugen

La maison de Grieg, baptisée Troldhaugen (« la colline aux trolls »).

En 1884, à l'occasion du bicentenaire de la naissance de Ludvig Holberg, la ville de Bergen lui commande une cantate et la Suite Holberg, op. 40[68]. Grieg aspire désormais à se fixer et il acquiert un terrain à Hop i Fana, au sud de Bergen, où il fait construire Troldhaugen, terminé en , pour y passer tous les étés[69]. Mais la construction a engendré des coûts importants et sa situation financière est précaire. Une longue et fructueuse tournée de concerts de l'automne 1885 au printemps 1886 lui permet de redresser ses finances[70]. À l'automne 1886, la visite de Teresina Tua à Troldhaugen lui inspire sa dernière œuvre complétée de musique de chambre, la Sonate pour violon et piano en ut mineur[71].

À l'automne 1887, sa carrière reprend son essor et, à Leipzig, Grieg devient ami avec le violoniste Adolph Brodsky, avec qui il crée sa troisième sonate pour violon le [72]. Grieg passe le réveillon du jour de l'an 1888 chez les Brodsky, en compagnie de Brahms et Piotr Ilitch Tchaïkovski, avec qui il sympathise immédiatement[73]. En , il donne son premier concert à Londres, présentant son Concerto pour piano et ses Deux Mélodies élégiaques[74]. À cette occasion, il persuade les parents de Frederick Delius de laisser leur fils se consacrer à la musique[75]. Il retourne en Angleterre en août pour le festival triennal de musique de Birmingham, où il dirige son ouverture En automne et la Suite Holberg, puis au printemps 1889 pour une tournée[76]. En , il dirige son premier concert à Paris, qui comprend les deux suites pour Peer Gynt, son Concerto pour piano et Bergliot[77].

La décennie entière des années 1890 est principalement consacrée à d'épuisantes tournées de concerts et récitals. En , le 25e anniversaire des débuts de Grieg comme chef d'orchestre à Christiania est célébré en présence des principaux artistes norvégiens, et, le , les noces d'argent du couple réunissent plus de 5 000 personnes à Troldhaugen[78]. En , Grieg est à Paris et rencontre Camille Saint-Saëns et Maurice Ravel, ses encouragements à ce dernier suscitant la reconnaissance du jeune musicien[79]. La même année, lors d'un nouveau voyage en Angleterre, Grieg reçoit un doctorat honoris causa de l'université de Cambridge[75].

Edvard et Nina Grieg en 1899.

Le rythme de composition de Grieg se ralentit encore mais il écrit plusieurs recueils de mélodies, notamment le cycle Haugtussa sur des poèmes d'Arne Garborg, ainsi que les Danses symphoniques et les Dix-neuf Chants populaires norvégiens, et publie de nouveaux cahiers de Pièces lyriques, le plus notable étant l'op. 54[80].

En 1898, Grieg participe à l'organisation d'un festival de musique en lien avec la tenue d'un congrès international sur la pêche à Bergen, et y invite l'orchestre du Concertgebouw d'Amsterdam. Le choix de Grieg provoque une vive polémique car les autres membres du comité d'organisation auraient préféré un orchestre norvégien. Il parvient néanmoins à imposer son choix, et le festival est un grand succès populaire[81].

Grieg, indigné par la nouvelle de la seconde condamnation d'Alfred Dreyfus, refuse en une invitation lui proposant de diriger ses propres œuvres à Paris. Dans sa réponse, il écrit notamment : « Comme tous les étrangers, je suis tellement outré de voir comment, en votre pays, on foule aux pieds la justice, que je ne me sens pas capable de paraître devant un public français ». Cette lettre est publiée dans de nombreux journaux européens, ce qui a un grand retentissement[82].

Dernières années

Durant sa dernière période, il compose notamment en 1902, avec l'aide de Johan Halvorsen, les Slåtter, op. 72, cycle de pièces pour piano inspirés de thèmes folkloriques[83].

En , Grieg accepte une nouvelle invitation parisienne, croyant les tensions retombées, mais il est hué et sifflé par des manifestants lors de son premier concert. Nina et lui doivent être raccompagnés à leur hôtel par la police, et Claude Debussy publie une critique acerbe[84],[85]. Malgré cela, les concerts sont un succès public, et Gabriel Fauré rend publiquement hommage à Grieg[86]. La même année, celui-ci donne aussi des concerts à Varsovie et à Prague, où il rencontre Antonín Dvořák[87]. En juin, son 60e anniversaire est célébré en grande pompe à Bergen[88].

Le , Grieg reçoit la Grand-Croix de l'Ordre de Saint-Olaf[89]. La même année, il rencontre plusieurs fois l'empereur Guillaume II, venu passer l'été près de Bergen[90]. Après la dissolution de l'union avec la Suède, il dirige Sigurd Jorsalfar à l'occasion du couronnement d'Haakon VII, le [91].

En , Grieg dirige l'orchestre du Concertgebouw lors d'un voyage aux Pays-Bas, puis joue sa Sonate pour violoncelle avec Pablo Casals. Le mois suivant, il effectue son dernier voyage en Angleterre, recevant à cette occasion un doctorat honoris causa de l'université d'Oxford[92]. En septembre, il termine sa dernière œuvre, les Quatre Psaumes, op. 74[93].

La tombe d'Edvard et Nina Grieg à Troldhaugen.

À partir de 1903, il souffre de problèmes respiratoires croissants et, au printemps 1907, son état de santé se détériore considérablement. Après un été exceptionnellement pluvieux en Norvège occidentale, son état devient critique. Il meurt le à l'hôpital municipal de Bergen. L'autopsie révèle qu'un emphysème pulmonaire est la cause du décès[17].

Les funérailles ont lieu le à Bergen. Environ 40 000 personnes assistent au passage du cortège funèbre, tandis qu'Halvorsen dirige sa Marche funèbre à la mémoire de Nordraak[94]. L'urne contenant les cendres du compositeur repose depuis à Troldhaugen, dans une tombe creusée dans la roche par Schak Bull[94]. Après la mort de Nina Grieg le , ses cendres sont déposées auprès de celles de son époux[95].

Œuvre

Grieg au piano, vers 1900.

La liste des œuvres de Grieg comprend 74 compositions. De plus, de nombreuses œuvres ne possèdent pas de numéro d'opus. Une autocritique sévère, une santé fragile et une vie de tournées intenses expliquent en partie sa production relativement faible. Des biographes supposent également que Grieg avait besoin de conditions optimales pour composer[96].

Chansons et romances

« J'ai aimé une jeune fille qui avait une voix magnifique et un don tout aussi merveilleux pour communiquer. Cette jeune fille est devenue ma femme et ma compagne de vie jusqu'à ce jour. Pour moi, elle a été – j'ose le dire – la seule véritable interprète de mes chansons.[97] »

L'amour de Grieg pour son épouse est la source principale de ses 150 chansons et romances, qui comprennent une partie importante des meilleures pages du compositeur[98]. Considérées comme le point culminant du romantisme de Grieg, elles sont peu connues car écrites majoritairement en norvégien et par conséquent peu accessibles au grand public et aux interprètes internationaux. Des traductions en allemand en ont été faites du vivant de Grieg mais le compositeur s'est plaint plusieurs fois de la mauvaise qualité de celles-ci[99].

Ses premières mélodies sont influencées par les lieder allemands et se situent dans la lignée de celles de Franz Schubert et Robert Schumann. Les romances sur des textes d'Heinrich Heine sont souvent considérées parmi les meilleures tirées de poèmes allemands. On peut citer ici Ich stand in dunkeln Traümen (op. 3), Das alte Lied (op. 4), Hör' ich das Liedchen klingen (op. 39) et Gruß (op. 48)[100]. Les Six mélodies sur des poèmes allemands, op. 48, sont considérées comme un sommet parmi les cycles de romances de Grieg. De ce recueil, on peut distinguer Dereinst, Gedanke mein, où une ligne mélodique simple se détache sur une progression d'accords chromatiques expressive[101].

Les mélodies de la période danoise incluent notamment les Mélodies du cœur, op. 5, sur laquelle figurent Je t'aime (Jeg elsker Dig), d'après Hans Christian Andersen, qui est la plus célèbre de Grieg, ainsi que Deux Yeux bruns[102]. Les Romances, op. 15 et 18, sont basées sur des poèmes d'Andersen et de Christian Richardt, dont Le Chalet, Bouton de rose et Orage d'automne, repris pour l'ouverture En automne[103]. Des années plus tard, Grieg collabore avec Holger Drachmann pour Six mélodies, op. 49, dont le point d'orgue est Pluie de printemps[104].

Printemps (Til), poème d'Aasmund Olavsson Vinje mis en musique par Grieg.

Parmi les poètes norvégiens que Grieg a mis en musique figurent Bjørnstjerne Bjørnson, Henrik Ibsen, Aasmund Olavsson Vinje et Arne Garborg. La collaboration entre Grieg et Bjørnson commence avec les Quatre mélodies sur la Fille du pêcheur, op. 21, où figurent Première rencontre et J'offre mon poème au printemps[105], et inclut deux romances remarquables de l'op. 39, Du Monte Pincio, au souffle épique d'inspiration italienne, et Amour secret, dont le début préfigure la Chanson de Solveig[106]. Les Six mélodies de l'op. 25 sont consacrées à Ibsen, incluant Les Violonistes, d'où Grieg tirera plus tard le thème principal de son quatuor à cordes, et Le Cygne, l'une des mélodies les plus connues du compositeur[107]. Douze mélodies sur des poèmes de Vinje forment l'op. 33 et incluent Cœur blessé et le sommet du recueil Printemps (Til), toutes deux orchestrées dans Deux Mélodies élégiaques, ainsi que L'Airelle, parabole poignante « sur le dévouement et le sacrifice » et Le long du ruisseau[108]. Le cycle Haugtussa, op. 67, sur des poèmes de Garborg, compte parmi les plus remarquables de Grieg par sa « virtuosité technique » et « la richesse du folklore et de l'imagerie »[109].

Musique pour piano

Premières pièces pour piano

Extrait de l'Humoresque op. 6 no 4 de Grieg.

Dans les Quatre Pièces pour piano, op. 1, de 1861, dédiées à son professeur de piano Ernst Ferdinand Wenzel, Grieg révèle que ses racines sont nourries par le romantisme allemand, notamment par Robert Schumann tout en affichant déjà « sa prédilection pour les accords chromatiques et les voix médianes »[110].

Les premières compositions pour piano importantes de Grieg sont les Humoresques, op. 6, et la Sonate en mi mineur, op. 7. Les Humoresques de 1865 sont la première composition publiée à montrer des caractéristiques claires de la musique folklorique norvégienne et à se démarquer de l'influence du romantisme allemand[111].

La Sonate en mi mineur, également de 1865, est la première œuvre publiée de Grieg où il utilise la forme sonate. Son style s'inspire d'œuvres de Niels Wilhelm Gade et Johann Peter Emilius Hartmann. Le langage tonal de la sonate est épuré et vigoureux, alors que le mouvement lent annonce son Concerto pour piano[112].

Pièces lyriques

Page de titre des Pièces lyriques, op. 12.

Le sens de Grieg pour les idées musicales concises et accessibles transparaît clairement dans ses Pièces lyriques pour piano. Il en a composé 66, publiées en dix volumes entre 1867 et 1901 par les éditions Peters à Leipzig. Bien qu'il s'agisse de pièces individuelles, elles sont agencées de telle sorte que chaque volume forme un ensemble cohérent, à l'exception peut-être de Jour de noces à Troldhaugen, qui occupe à elle seule dix pages de l'op. 65 (contre vingt pour les cinq autres pièces). Ces recueils sont d'importance variable avec des pièces de valeur très inégales. Parmi les plus notables figurent Au printemps, Sonnerie de cloches, d'une conception « révolutionnaire », Paix des bois, Valse-impromptu, et Valse mélancolique[113]. Le recueil le plus abouti est le cinquième, op. 54, dont Grieg a tiré une Suite lyrique pour orchestre à cordes[114].

Ballade

La Ballade en sol mineur, op. 24, est, avec sa sonate, la plus grande œuvre pour piano solo de Grieg[115]. En quatorze variations sur l'air folklorique des Paysans du Nordland de Valdres, il exprime son chagrin suite à la perte de ses parents. Cette ballade, où il masque les répétitions du thème principal par des « harmonies rutilantes sur une basse chromatique descendante », s'inscrit dans la lignée de celles de Chopin, Schumann et Brahms[115].

Suite Holberg

La suite pour piano intitulée « Du temps de Holberg » est structurée selon un modèle qui pastiche la musique baroque, avec les mouvements « Prélude », « Sarabande », « Gavotte », « Air » et « Rigaudon ». Grieg écrivit à Julius Röntgen à propos de cette suite : « Sauf exceptions, c'est en réalité un bon exercice que de dissimuler sa propre personnalité »[116]. Peu après sa création, Grieg en fit un arrangement pour orchestre à cordes qui surpassa en popularité la version originale[117].

Chants populaires norvégiens

Les Chants populaires norvégiens pour piano , op. 66 (1896), ont pour la plupart été collectés par Frants Beyer, un ami de Grieg, et lui sont dédiés[118]. Typiques de la musique folklorique norvégienne, ils se caractérisent par une profonde mélancolie, seulement interrompue par de fugaces lueurs d'espoir[119]. Parmi les pièces les plus notables du cycle, C'est une si grande folie, l'une des favorites de Grieg, se distingue par des « contre-chants fortement chromatiques », alors que Dans la vallée d'Ola, au bord du lac Ola et Plongé dans mes pensées sont « particulièrement remarquables par leur dimension, leur style pianistique accompli, leur beauté exceptionnelle et l'influence qu'elles exercèrent sur d'autres compositeurs »[120].

Danses paysannes norvégiennes

Les Dix-sept Danses paysannes norvégiennes pour piano , op. 72, sont des arrangements de mélodies pour violon, composés par Knut Dale, héritier de la tradition de Myllarguten, et transcrites par Johan Halvorsen[121]. Le style, plus direct et âpre, tranche radicalement avec celui des Pièces lyriques et des Chants populaires norvégiens. Ne pouvant reproduire au piano tous les ornements du violon Hardanger, Grieg enrichit l'harmonie avec la main gauche et utilise des dissonances « propres aux musiques traditionnelles »[122].

Les mélodies ont fait l'objet de certaines critiques, Halvorsen ayant mal retranscrit certains passages. Grieg a donc été accusé d'avoir pris trop de libertés dans son adaptation. Certains membres de la communauté de la musique folklorique ont même affirmé que Grieg avait nui à leur cause. À cet égard, il faut préciser que Grieg n'avait pas l'intention d'écrire de la musique folklorique mais de s'appuyer sur certains de ses éléments dans le cadre de la musique savante[123].

Œuvres orchestrales

Symphonie et ouverture

La Symphonie en ut mineur, EG 119, terminée en 1864, fut composée à la demande de Niels Wilhelm Gade. Grieg en dirigea au moins des extraits à plusieurs reprises, mais ne souhaitait pas la publier, car il estimait qu'elle reflétait une période révolue de sa vie. En 1867, il avait également découvert la première symphonie de Johan Svendsen, qu'il jugeait sans doute supérieure à la sienne, et mit donc l'œuvre de côté, en interdisant toute exécution[124]. La bibliothèque publique de Bergen prêtait néanmoins des copies de l'œuvre, et la première exécution intégrale de la symphonie a eu lieu le , lorsque Vitaly Katayev l'interpréta avec l'Orchestre symphonique de la Radio de Moscou. La Bibliothèque publique de Bergen décida alors de publier le document. La symphonie fut interprétée dans une orchestration légèrement remaniée au Festival international de Bergen en 1981. Plusieurs enregistrements de la symphonie existent aujourd'hui. En 1984, les éditions Peters publièrent une partition qui, toutefois, n'est pas entièrement fidèle au manuscrit de Grieg[125]. D'un point de vue esthétique, l'œuvre a un style inégal, avec une orchestration solide mais sans imagination, inspiré par les symphonies de Robert Schumann[126].

L'ouverture En automne, op. 11, utilise une mélodie basée sur un poème de Christian Richardt en y ajoutant un thème folklorique. Elle manque de cohésion mais sa créativité et sa coloration préfigure les œuvres de Jean Sibelius et Frederick Delius[127].

Concerto pour piano

Thème principal du Concerto pour piano de Grieg, 3e mouvement.

Le Concerto pour piano de 1868 est l'une des œuvres les plus importantes de Grieg et demeure l'un des concertos pour piano les plus joués dans le monde. Face à son immense popularité, Grieg le joua à de nombreuses reprises et y apporta plusieurs modifications au fil des ans, la dernière datant de 1907. Il est décrit comme « l'incarnation la plus parfaite du romantisme norvégien »[128].

Le concerto mélange avec une certaine réussite les influence de Schumann et de Liszt, pour la partie soliste, avec le style personnel de Grieg caractérisé notamment par l'enchaînement tonique-sensible-dominante et les rythmes de danses folkloriques du finale[129]. Son inventivité mélodique, la richesse de son orchestration et un dialogue bien équilibré entre le piano et l'orchestre expliquent son succès[130].

Peer Gynt

Pour donner à la musique de scène de Peer Gynt (1874) une vie indépendante du drame d'Ibsen, Grieg a arrangé deux suites pour orchestre symphonique, et ces deux suites contiennent certaines de ses œuvres orchestrales les plus marquantes. Ce sont désormais les huit mouvements des deux suites qui sont associés à la musique de Peer Gynt. L'œuvre complète comprend cependant 26 morceaux[131]. La musique de scène a parfois été accusée de dénaturer la pièce par son « romantisme exacerbé » qui atténue le côté satirique de l'œuvre d'Ibsen[132].

Thème principal de I Dovregubbens hall tiré de la musique de Peer Gynt.

La Suite no 1 est probablement la plus populaire, avec les mouvements Au matin, l'œuvre la plus célèbre de Grieg avec son fameux thème pentatonique, La Mort d'Åase, marche funèbre qui est « un classique d'écriture pour cordes », Danse d'Anitra, teinté d'exotisme, et Dans l'antre du roi de la montagne, « tour de force d'écriture monothématique et cumulative »[133],[134]. Le chœur de Dans l'antre du roi de la montagne, que Grieg avait initialement prévu d'inclure dans la suite, avant de s'apercevoir qu'il n'avait sa place que pour le théâtre, semble ajouter à la musique une dimension sinistre et menaçante qui n'apparaît pas dans la version orchestrale[135]. La Suite no 2 comprend Enlèvement de la mariée, « l'une des plus poignantes mélodies » de Grieg, Danse Arabe, Retour de Peer Gynt, ces deux mouvements évoquant respectivement des ambiances de Carmen et du Vaisseau fantôme, et Chanson de Solveig, « autre sommet musical » du compositeur[136].

Musique de chambre

Les trois sonates pour violon de Grieg figuraient parmi ses œuvres de prédilection. Il expliquait à leur sujet : « Elles caractérisent les trois périodes de mon évolution : la première ingénue et riche d'idées ; la seconde, nationaliste ; et la troisième, tournée vers de plus vastes horizons »[137]. Malgré leur richesse mélodique et harmonique, elles démontrent les limites de Grieg dans la forme classique avec des faiblesses dans la construction et des répétitions dans les mouvements, défauts qui entachent aussi sa sonate pour violoncelle[138].

La première œuvre de musique de chambre de Grieg, la Sonate pour violon en fa majeur, op. 8, attire l'attention de Franz Liszt et établit sa réputation comme compositeur de sonates[139]. Après un premier mouvement inventif et enthousiaste mais souffrant d'une « réexposition textuelle », le deuxième présente un style folklorique avec des effets évoquant le violon Hardanger, ce thème foklorique revenant dans le finale qui se caractérise par « une série d'accords parfaits arpégés qui montent en tierces et deviennent progressivement de plus en plus indépendants », ce qui est très inhabituel pour l'époque[140].

La Sonate pour violon en sol majeur, op. 13, commence par un « prélude élégiaque et rhapsodique » au violon avant le mouvement principal au piano, un second mouvement « en forme de valse » avec des phrases étendues et des « mélodies rêveuses », et un finale bâti autour d'une danse folklorique (springdans) mais reprenant une idée trop semblable au premier mouvement[141].

La Sonate pour violon en ut mineur, op. 45, adopte une plus grande intensité dramatique au détriment de la subtilité et son cadre est plus conventionnel[142]. Son caractère tragique et mélancolique explique sa popularité supérieure à celle des deux autres[143]. Pour François-René Tranchefort, son second mouvement « figure certainement parmi les plus belles inspirations du compositeur » avec son « ample et céleste mélodie », alors que le troisième mouvement se caractérise par une « extraordinaire énergie »[144].

La Sonate pour violoncelle, op. 36, « explore en profondeur les possibilités techniques et expressives » de cet instrument avec un second mouvement évoquant « la Marche triomphale de Sigurd Jorsalfar » et un finale un peu répétitif bâti sur un thème de halling[145].

Le Quatuor en sol mineur, op. 27, a été très critiqué pour ne pas se conformer aux règles du genre et avoir été conçu d'un point de vue pianistique. Il est d'une grande variété d'écriture avec un second mouvement particulièrement complexe où le motif principal alterne avec un thème cyclique, idée reprise dans le quatuor à cordes de Debussy[146].

Grieg commença également un quatuor à cordes en fa majeur, EG 117 (1891). À sa mort, ce quatuor existait sous forme de manuscrit, avec deux mouvements terminés et quelques esquisses pour les deux suivants. Des tentatives d'achèvement ont été entreprises, entre autres, par Julius Röntgen et Levon Chilingirian. L'édition de Chilingirian a été publiée en 1998. En 2002, les éditions AR ont publié une édition pratique ne reprenant que les écrits de Grieg lui-même[147].

Style et influence

Statue d'Edvard Grieg à Bergen.

La musique de Grieg se caractérise avant tout par son intérêt et son sens inné pour l'harmonie qui lui a permis de comprendre intuitivement la musique folklorique norvégienne. Isolé au sein d'un milieu musical norvégien peu développé, il cultive un style romantique national original avec une inclinaison pour les progressions d'accords chromatiques, la modalité, et les accords dissonants[148]. Les idées harmoniques de Grieg, très créatives mais peu structurées, vont à l'encontre des formes traditionnelles pour orchestre et musique de chambre, ce qui explique le peu de productivité et de réussite du compositeur dans ces domaines[149].

Au cours de sa vie, Grieg rend notamment visite à Berit Pynten, joueuse de langeleik de renommée nationale, dans le Valdres[150], et au violoniste Lars Kinsarvik[151]. De ses Vingt-cinq Chants et danses populaires norvégiens (1870), où il colle au plus près aux airs folkloriques, jusqu'aux Dix-neuf Chants populaires norvégiens (1896) et Dix-sept Danses paysannes norvégiennes (1902), où il mêle naturellement les thèmes folkloriques à son propre style, Grieg fait preuve d'une inventivité croissante[152]. À l'instar du Groupe des Cinq, Grieg crée une synthèse d'éléments de la musique folklorique norvégienne, basée sur les quintes harmoniques, et met fortement l'accent sur les rythmes de danse empruntés à celle-ci. Dans la cadence harmonique, il montre une prédilection pour l'enchaînement tonique mineur-sensible-dominante[153].

L'influence de Grieg sur les générations suivantes de compositeurs se manifeste chez Jean Sibelius, dont Karelia est redevable à sa musique de scène, Carl Nielsen, qui lui a dédié un quatuor à cordes, Emil Sjögren, Hugo Alfvén, Edward MacDowell, Frederick Delius, et Percy Grainger, ces deux derniers à travers leurs mélodies[154]. En 1926, Maurice Ravel déclarait : « À cette date, je n'ai pas écrit une seule œuvre qui ne soit influencée par Grieg »[155]. Béla Bartók s'est rendu en Norvège en 1912 après avoir découvert les Slåtter et a collecté et arrangé les mélodies folkloriques hongroises et roumaines à l'instar de Grieg pour les norvégiennes[156].

Son influence est aussi clairement perceptible dans le Quatuor à cordes en sol mineur de Claude Debussy, bien que ce dernier l'ait nié. Globalement, Debussy entretenait une relation ambivalente avec Grieg. Il critiqua un programme de musique de Grieg et Wagner, affirmant qu'on ne pouvait pas manger de « rôti de bœuf » (Wagner) après des « petits fours » (Grieg)[157]. En revanche, il louait les chœurs masculins de Grieg et ne tarissait pas d'éloges sur ses talents de chef d'orchestre[158].

Grieg est la personnalité la plus célèbre de Bergen. La plus grande salle de concert de la ville, Grieghallen[159], et la plus importante école de musique, Griegakademiet[160], portent son nom. Près de Bergen, le musée Edvard Grieg de Troldhaugen, dans l'ancienne résidence de Grieg, est dédié au compositeur[161].

Œuvres

Musique orchestrale

Musique concertante

Musique de chambre

Pièces pour piano

Pièces lyriques

Soixante-six pièces lyriques opp. 12, 38, 43, 47, 54, 57, 62, 65, 68 et 71 (1867-1901)

Autres pièces

Musique lyrique

  • Quatre Lieder, op. 2
  • 7 Kinderlieder ou Barnlige Sange (Lieder enfantins, ou Lieder pour enfants) op. 61
  • Quatre chants de louange pour baryton solo et chœur mixte, op. 74, 1906
  • De nombreuses Mélodies sur des textes en allemand et en norvégien.

Chœur et orchestre

Hommages

Sont nommés en son honneur :

Galerie d'images

Notes et références

Notes

  1. Magistrat de comté.

Références

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Bibliographie

Liens externes

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