Judy Chicago
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Judith Sylvia Cohen |
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Judy Chicago |
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| Genres artistiques |
Installation (en), social-artistic project (d), peinture, sculpture, installation |
| Site web |
(en) judychicago.com |
| Distinctions |
Judy Chicago, née Judy Cohen le à Chicago, est une artiste féministe et une universitaire américaine. Elle est connue pour ses installations telles que The Dinner Party et The Birth Project, toutes deux basées sur des thèmes féministes, et The Holocaust Project, illustrant les atrocités commises par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale.
Biographie
Jeunesse et formation
Née Judy Cohen, à Chicago[1], Judy Chicago est la fille de May Cohen, danseuse, qui a encouragé Judy et son jeune frère, Ben, à suivre leurs goûts artistiques, et d'Arthur Cohen, qui, bien qu'il soit issu d'une famille de rabbins depuis plusieurs générations, a rejeté le judaïsme orthodoxe pour devenir militant syndicaliste marxiste[1]. Après ses études secondaires, elle est acceptée au The Art Institute of California – San Diego (en). Elle poursuit ses études en beaux-arts à l'université de Californie à Los Angeles[1] où elle obtient le Bachelor of Arts (licence) en 1962, suivi d'un Master of Fine Arts (master en beaux-arts) en 1964. Dès 1962, elle devient membre de la très sélective Phi Beta Kappa[2],[3],[4],[5],[6].
Carrière
Judy Chicago est active dès le milieu des années 1960 et ses premières œuvres coïncident avec l'émergence du minimalisme. Elle se tourne ensuite vers la technique de l'installation pour exprimer ses convictions d'artiste féministe avec des oeuvres significatives comme The Dinner Party dans les années 1970, Birth Project dans les années 1980, et The Holocaust Project dans les années 1990.
Minimalisme et première installation
En 1966, son œuvre Rainbow Pickets est exposée au « Primary Structures », une exposition minimaliste de référence tenue au Jewish Museum.
Elle développe, dans une logique assimilée au finish fetish, une pop vernaculaire typiquement californienne créée à partir de matériaux industriels comme le plexiglas, la lucite, le vinyle ou le polyester[7].
En 1967, elle crée Feather Room, une première installation monumentale de 8m sur 8 et 3,5m de hauteur, composée de plumes blanches, de bâches légères et d’un système lumineux.
Art féministe
En 1970, elle développe le premier programme d'art féministe à l’université d'État de Californie à Fresno. C'est également au cours de l'année 1970 qu'elle change à l'état civil son nom de famille « Cohen Gerowitz » pour « Chicago », afin, d'une part, de rendre hommage à sa ville natale, d'autre part de se débarrasser « de tous les noms qui lui avaient été imposés par la domination sociale masculine »[8]. Sa démarche est inspirée notamment des Black Panther Party, qui pensaient que leurs noms de famille ne servaient qu'à renforcer leur « condition d'esclaves ».
En 1971, Judy Chicago et Miriam Schapiro développent conjointement le programme d'art féministe au CalArts[1]. Les deux femmes encouragent les étudiantes à s'exprimer sur leurs expériences et soutiennent leurs aspirations. Elles organisent ensemble une des toutes premières expositions d'art féministe : Womanhouse, 17 projets illustrant des expériences de femmes dans une société discriminante en écho au livre de Betty Friedan La Femme mystifiée du au . Les deux artistes théorisent une représentation spécifique des femmes, basée sur l'image d'une centralité vaginale. Judy Chicago produit cette année là Red Flag, une photolithographie montrant un tampon hygiénique rougi de sang menstruel, qu’une femme tire de son vagin[9].
Ses thèses sont amplement débattues dans les cercles féministes : certaines lui reprochent son essentialisme, « on naît femme, on ne le devient pas », opposant à la détermination biologique de ces images une construction culturelle et sociale. En 1973, Judy Chicago cofonde avec Sheila Levrant de Bretteville et Arlene Raven le Feminist Studio Workshop, espace d'exposition d'art féministe, mais aussi d'éducation artistique, exclusivement réservé aux femmes qui deviendra ensuite le Woman's Building.
Dans son autobiographie, la créatrice a expliqué le moteur de son art : sa lutte pour faire reconnaître une culture spécifique des femmes.
The Dinner Party
Judy Chicago est mondialement connue pour son œuvre The Dinner Party (1974-1979)[1],[10],[11]. Cette œuvre, qu'elle a mis 5 ans à réaliser avec l'aide de 400 bénévoles, a été vue par des millions de personnes[12]. Don de l'artiste à la fondation Elizabeth A. Sackler, l'installation fait partie depuis 2002 de la collection permanente du Brooklyn Museum of Art. Elle constitue la pièce centrale du Centre Elizabeth A. Sackler pour l'art féministe, un espace dédié au sein du musée inauguré en . The Dinner Party est un hommage à l'histoire des femmes sous la forme d'une grande table triangulaire comprenant 39 couverts dont les assiettes stylisées rendent hommage à 39 femmes célèbres. L'œuvre se veut être un monument à la mémoire des femmes exclues de l'Histoire[1].
Elle est considérée comme la première œuvre d'art féministe à grande échelle[12].
Oeuvres monumentales
Dans les années 1980-1990, Judy Chicago réalise plusieurs autres oeuvres monumentales dédiées à ses thèmes de prédilection. Birth Project (1980-1985) représente l’expérience de la maternité, entre douleur, réalisme et spiritualité ; Powerplay met en scène la construction masculine et les abus de pouvoirs ; Holocaust Project (1993) incarne la solution finale ; Resolutions (1994) marque un retour au thème féministe, qui sous-tend toute son œuvre.
En 2019, son installation The End: A Meditation on Death and Extinction au National Museum of Women in the Arts à Washington DC, aborde le thème de la mortalité, de la relation de l’humanité à la Terre et de sa destruction[13].
Autres activités
Judy Chicago a travaillé comme directrice artistique de « Through the Flower », organisation à but non lucratif créée en 1978 pour soutenir ses travaux. Ses dernières œuvres sont regroupées dans la série Chicago in Glass. Elle est membre de l'association « Feminists for Animal Rights ».
Expositions
En 2015, Xabier Arakistain propose une exposition monographique, Why Not Judy Chicago?, présentée à Bilbao et à Bordeaux[14].
Hommages
Une biographie, Becoming Judy Chicago, par Gail Levin est publiée en .
Judy Chicago, considérée comme une des pionnières de l'art féministe aux États-Unis, voit sa première rétrospective en 2020, à l'âge de 81 ans, accueillie par le De Young Museum à San Francisco[15].
Vie privée
Judy Chicago est mariée au photographe Donald Woodman.
Écrits
- (en-US) The Dinner Party : From Creation to Preservation (photogr. Donald Woodman), Merrell, 1979, rééd. 1 mars 2007, 308 p. (ISBN 9781858943701),
- (en-US) Embroidering Our Heritage : The Dinner Party Needlework, Anchor Books, , 287 p. (ISBN 9780385145688),
- (en-US) Through the Flower : My Struggle as a Woman Artist (ill. Anaïs Nin), iUniverse, 1 janvier 1984, rééd. 2 mars 2006, 280 p. (ISBN 9780595380466),
- (en-US) The Birth Project, Doubleday, , 231 p. (ISBN 9780385187107),
- (en-US) Holocaust Project : From Darkness Into Light, Penguin Books, , 232 p. (ISBN 9780140159912),
- (en-US) Beyond the Flower : The Autobiography of a Feminist Artist, Viking, , 304 p. (ISBN 9780670852956),
- (en-US) co-écrit avec Edward Lucie-Smith, Women and Art : Contested Territory, Watson-Guptill Publications, , 192 p. (ISBN 9780823058525),
- (en-US) sur des histoires d'Anaïs Nin, Fragments from the Delta Venus, PowerHouse Books, , 102 p. (ISBN 9781576871829),
- (en-US) Kitty City : A Feline Book of Hours, Harper Design, , 128 p. (ISBN 9780060595814),
- (en-US) co-écrit avec Frances Borzello, Frida Kahlo: Face to Face, Prestel Publishing, , 272 p. (ISBN 9783791343600),
- (en-US) Institutional Time : A Critique of Studio Art Education, The Monacelli Press, , 256 p. (ISBN 9781580933667),
- (en-US) The Flowering : The Autobiography of Judy Chicago (préf. Gloria Steinem), Thames Hudson, date prévue 20 juillet 2021, 416 p. (ISBN 9780500094389).
Archives
Les archives de Judy Chicago sont déposées et consultables à la bibliothèque Schlesinger de l'Institut Radcliffe pour les études avancées de l'université Harvard[16].
Prix et reconnaissance
En 1972, elle est incluse dans Some Living American Women Artists, un collage féministe de Mary Beth Edelson[17].
- 2021 : cérémonie d'admission au National Women's Hall of Fame[18].
Notes et références
- Roxana Azimi, « Judy Chicago, artiste envers et contre tous », Le Monde, (lire en ligne
).
- ↑ (en) « Judy Chicago | Biography, Art, The Dinner Party, Womanhouse, & Facts », sur Encyclopedia Britannica (consulté le ).
- ↑ (en) « Chicago, Judy », sur Grove Art Online (DOI 10.1093/gao/9781884446054.001.0001/oao-9781884446054-e-7000016419, consulté le ).
- ↑ (en-US) « Judy Chicago », sur Jewish Women's Archive (consulté le ).
- ↑ (en-US) « Judy Chicago | Encyclopedia.com », sur www.encyclopedia.com (consulté le ).
- ↑ (en-US) Delia Gaze (dir.), Dictionary of Women Artists, volume 1, Chicago, Routledge, , 735 p. (ISBN 9781884964213, lire en ligne), p. 387-390.
- ↑ « Judy Chicago - Los Angeles, les années cool », sur villa arson nice, (consulté le )
- ↑ (en) « Judy Chicago | Biography | Research Starters | EBSCO Research », sur EBSCO (consulté le )
- ↑ (en) Anna Battista, « Period Piece: Menstrual Art as a Tool to Fight Against Search Warrants for Women’s Private Health Information », sur Irenebrination,
- ↑ (en) « CAFKA.TV's coverage of the opening of the Elizabeth A. Sackler Center for Feminist Art, featuring Judy Chicago's Dinner Party », sur Youtube.fr (consulté le ).
- ↑ Clémentine Gallot, « Judy Chicago: Phallo, le peuple aura ta peau », Libération, (lire en ligne).
- Ulrika Nilsson, « À table avec les femmes les plus influentes du monde | Magazine Barnebys », sur Barnebys.fr, (consulté le )
- ↑ (en) « Galleria Alberta Pane | The Materiality of Judy Chicago », sur www.albertapane.com (consulté le )
- ↑ Cédric Aurelle, « Xabier Arakistain | Zérodeux / 02 », sur zerodeux.fr, zerodeux, (consulté le ).
- ↑ (en-US) Alex Greenberger, « Feminist Art Pioneer Judy Chicago Will Get First-Ever Retrospective in 2020 », sur ARTnews, (consulté le ).
- ↑ (en-US) « Collection: Papers of Judy Chicago, 1947-2004 (inclusive), 1957-2004 (bulk) | HOLLIS for », sur hollisarchives.lib.harvard.edu (consulté le ).
- ↑ (en) « Notice de l'œuvre Some Living American Women Artists », sur Center for the Study of Political Graphics (consulté le ).
- ↑ (en-US) « 2021 Induction », sur National Women’s Hall of Fame (consulté le )
Annexes
Bibliographie
Essais et dictionnaires
- (en-US) Julia M. Busch, A Decade Of Sculpture:The 1960s, Associated Univ Press, , 54 p. (9780879820077),
- (en-US) Delia Gaze (dir.), Dictionary of Women Artists, volume 1, Chicago, Routledge, , 735 p. (ISBN 9781884964213, lire en ligne), p. 387-390.

- (en-US) Jane F. Gerhard, The Dinner Party: Judy Chicago and the Power of Popular Feminism, 1970-2007, University of Georgia Press, , 360 p. (ISBN 9780820344577),
- (en-US) Gail Levin, Becoming Judy Chicago: A Biography of the Artist, University of California Press, , 488 p. (ISBN 9780520300064),
Articles
- (en-US) Carol Snyder, « Reading the Language of "The Dinner Party" », Woman's Art Journal, Vol. 1, No. 2, automne / hiver 1981, p. 30-34 (5 pages) (lire en ligne),
- (en-US) Lauren Rabinovitz, « Issues of Feminist Aesthetics: Judy Chicago and Joyce Wieland », Woman's Art Journal, Vol. 1, No. 2, automne / hiver 1981, p. 38-41 (4 pages) (lire en ligne)
- (en-US) Susan Havens Caldwell, « Experiencing "The Dinner Party" », Woman's Art Journal, Vol. 1, No. 2, automne / hiver 1981, p. 35-37 (3 pages) (lire en ligne),
- (en-US) Lolette Kuby, « The Hoodwinking of the Women's Movement: Judy Chicago's "Dinner Party" », Frontiers: A Journal of Women Studies, Vol. 6, No. 3, , p. 127-129 (3 pages) (lire en ligne),
- (en-US) Paula Harper, « The First Feminist Art Program: A View from the 1980s », Signs, Vol. 10, No. 4, , p. 762-781 (20 pages) (lire en ligne),
- (en-US) Nancy McCauley, « No Sexual Perversion in Judy Chicago », Art Documentation: Journal of the Art Libraries Society of North America, Vol. 11, No. 4, , p. 177-179 (3 pages) (lire en ligne),
- (en-US) Karen Keifer-Boyd, « From Content to Form: Judy Chicago's Pedagogy with Reflections by Judy Chicago », Studies in Art Education, Vol. 48, No. 2, , p. 134-154 (21 pages) (lire en ligne),
- (en-US) Jane Gerhard, « Judy Chicago and the Practice of 1970s Feminism », Feminist Studies, Vol. 37, No. 3,, , p. 591-618 (28 pages) (lire en ligne),
- (en-US) Ellen C. Caldwell, « How 1971’s Womanhouse Shaped Today’s Feminist Art », Jstor Daily, (lire en ligne),
Liens externes
- (en) Site officiel
- Archives conservées par :
- Eberly Family Special Collections Library (d)
- National Museum of Women in the Arts (nmwa-announces-creation-judy-chicago-visual-archive)
- Nevada Museum of Art (nevada-museum-of-art-acquires-judy-chicago-s-entire-fireworks-archive-83085)
- Ressources relatives aux beaux-arts :
- Ressource relative au spectacle :
- Ressource relative à la musique :
- Ressource relative à l'audiovisuel :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- Through the Flower, site de l'organisation féministe à but non lucratif créée par Judy Chicago en 1978
- Film documentaire Judy Chicago & the California Girls
- The Dinner Party au Brooklyn Museum
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