Projet N
Pendant la Seconde Guerre mondiale
| Localisation | Grosse-Île |
|---|---|
| Participant | Canada, États-Unis, Royaume-Uni |
Le Projet N est le nom donné à une opération militaire ultra-secrète de la Seconde Guerre mondiale. Le projet vise à produire en masse une arme biologique à base d'anthrax. L'opération se déroule entre 1940 et 1944, à Grosse-Île, au Québec. Elle rassemble le Canada, les États-Unis et le Royaume-Uni.
Histoire
Création du projet
Le 11 septembre 1937, le médecin et scientifique canadien Frederick Banting, aussi vétéran de la Première Guerre mondiale, transmet ses craintes entourant l'utilisation des connaissances récentes en microbiologie dans le contexte d'un futur conflit à Andrew McNaughton, alors président du Conseil national de recherches du Canada[1]. Après la déclaration de guerre à l'Allemagne par le Canada le 10 septembre 1939, McNaughton devient major dans les Forces Armées Canadienne[2], et est nommé à la tête de l'Armée en octobre de la même année[3]. Le mois suivant, il se rend à Londres afin d'observer au premier plan le niveau de préparation des Britanniques face à une guerre chimique ou biologique[3]. Il constate que le niveau de préparation est acceptable, mais ils ne veulent pas se commettre à une guerre biologique[4]. McNaughton demande alors à Banting d'écrire un mémorandum dans le but de convaincre les Anglais de se constituer en armes biologiques[5]. Le programme proposé par Banting intéresse Maurice Hankey, qui est à la tête du comité britannique sur la guerre biologique, mais aucun engagement n'en découle[6]. Entretemps, Hankey engage Paul Fildes, un bactériologiste, afin de constituer une nouvelle unité de recherche sur les armes biologiques à Porton Down[7].
De retour au Canada depuis le 28 janvier 1940[8], Banting constitue également son unité de recherche en la matière, appelée le Comité M-1000[7], qui est notamment composée des chercheurs Charles Mitchell, Guilford Reed et Everitt Murray[9]. Alors que la France est prise par les soldats du Troisième Reich en mai 1940, Banting doit financer les recherches de sa nouvelle unité, et il se tourne vers James Duncan, sous-ministre de la Défense nationale, qui lui suggère de se tourner plutôt vers les dons privés[9]. Le fonds de financement utilisé est appelé Santa Claus, constitué des dons de John David Eaton (en), Edward Beatty et Samuel Bronfman[10]. Leurs dons leur permettent de participer aux rencontres d'un comité ultrasecret du Conseil national de recherches du Canada responsable de la recherche militaire avec la participation des Alliés[11].
Début des tests
En octobre 1940, Banting réalise un test aérien au lac Balsam[12], mais sans le savoir, elle sera également sa dernière. Il meurt dans un accident d'avion près de Musgrave Harbor le 21 février 1941[13].
Le projet N est tout de même lancé à Porton Down, avec comme premier objectif de décimer le cheptel des troupes nazies[14]. Le but est d'utiliser les bêtes pour favoriser la transmission entre-elles, mais aussi chez les humains, afin d'affamer et de démoraliser l'ennemi. Il ne sera finalement jamais mis à exécution[15].
L'objectif suivant vise à créer une bombe pour attaquer directement les humains[16]. Une première bombe à l'anthrax est testée le 15 juillet 1942, à partir du sol, sur un troupeau de moutons en Nouvelle-Écosse. Un peu plus de 85% du troupeau y trouvent la mort. Face au succès de ce premier test, l'équipe de chercheurs en réalise d'autres dans les mois qui suivent, cette fois par avion[17].
Grosse-Île
Everitt Murray participe au War Bureau of Consultants (en) en tant que nouveau responsable du comité M-1000, et à cette occasion, il rencontre le scientifique américain Edwin Broun Fred (en)[18]. Des échanges s'ensuivent entre eux, et c'est à ce moment que Murray propose d'utiliser Grosse-Île pour mener des recherches sur un vaccin contre la peste bovine[19]. Lorsque l'idée est présentée au M-1000, certains membres s'inquiètent de la courte distance entre l'île et la ville de Montmagny, mais le Projet R de Grosse-Île voit tout de même le jour[20].
Après l'accord entre le Canada et les États-Unis, Richard Shope est nommé directeur scientifique du projet R, assisté de Charles Mitchell[21]. Le Projet N et le Projet R prennent tous deux place simultanément sur l'île, mais dans des laboratoires distincts[22].
La bombe N
À l'automne 1943, le projet avance lentement, rencontrant de multiples défis techniques[23]. Les conditions hivernales et la glace sur le fleuve Saint-Laurent empêchent l'acheminement constant des vivres et le moral des équipes en est affecté, entraînant la démission de Shope dans la même période[24]. Il y a également des inquiétudes entourant la présence de U-Boots dans les eaux québécoises[25]. La bombe N produite à Grosse-Île doit être testée en 1944 sur des animaux à la BFC Suffield en Alberta[26]. Ce site accueille également le test de la bombe X en août 1944[27].
Face à l'utilisation de la bombe volante V1 contre le Royaume-Uni, Winston Churchill veut obtenir 500 000 bombes N afin d'attaquer certaines villes allemandes, notamment Berlin, Francfort-sur-le-Main et Hambourg[28]. La bombe N est composée d'un peu plus de 100 sous-munitions conçues pour infecter un territoire d'environ 40 hectares, tuant toute personne s'y aventurant[29].
Fin du projet au Canada
L'entente canado-américaine arrive à terme le 31 août 1944 et la partie américaine décide de continuer le projet dans ses propres installations[30]. À la fin du projet dans sa forme canadienne, 439 litres d'anthrax sont entreposés à Grosse-Île[31]. Cette quantité est associée à une dose létale médiane estimée d'environ 250 milliards de doses mortelles, une capacité suffisante à l'époque pour anéantir plusieurs fois la population mondiale. La suite des travaux du projet est réalisée à Fort Detrick et à Vigo Ordnance Plant (en)[32].
L'anthrax restant à Grosse-Île est placé dans des barils avec un solvant avant d'être disposés dans le fleuve Saint-Laurent[33].
Références
- ↑ Bernard et Frigon 2026, p. 33.
- ↑ Bernard et Frigon 2026, p. 38.
- Bernard et Frigon 2026, p. 39.
- ↑ Bernard et Frigon 2026, p. 39-40.
- ↑ Bernard et Frigon 2026, p. 40.
- ↑ Bernard et Frigon 2026, p. 40-41.
- Bernard et Frigon 2026, p. 42.
- ↑ Bernard et Frigon 2026, p. 41.
- Bernard et Frigon 2026, p. 43.
- ↑ Bernard et Frigon 2026, p. 44-45.
- ↑ Bernard et Frigon 2026, p. 46.
- ↑ Bernard et Frigon 2026, p. 47.
- ↑ Bernard et Frigon 2026, p. 48-49.
- ↑ Bernard et Frigon 2026, p. 52.
- ↑ Bernard et Frigon 2026, p. 54.
- ↑ Bernard et Frigon 2026, p. 55.
- ↑ Bernard et Frigon 2026, p. 57.
- ↑ Bernard et Frigon 2026, p. 58-59.
- ↑ Bernard et Frigon 2026, p. 59.
- ↑ Bernard et Frigon 2026, p. 62-63.
- ↑ Bernard et Frigon 2026, p. 64-65.
- ↑ Bernard et Frigon 2026, p. 88.
- ↑ Bernard et Frigon 2026, p. 100-101.
- ↑ Bernard et Frigon 2026, p. 103.
- ↑ Bernard et Frigon 2026, p. 105.
- ↑ Bernard et Frigon 2026, p. 122.
- ↑ Bernard et Frigon 2026, p. 127.
- ↑ Bernard et Frigon 2026, p. 128.
- ↑ Bernard et Frigon 2026, p. 130.
- ↑ Bernard et Frigon 2026, p. 138-139.
- ↑ Bernard et Frigon 2026, p. 141.
- ↑ Bernard et Frigon 2026, p. 142.
- ↑ Bernard et Frigon 2026, p. 153.
Bibliographie
- Yves Bernard et Vincent Frigon, Le Projet N : Grosse-île, l'arme secrète de la Seconde Guerre mondiale, Québec, Septentrion, (ISBN 978-2-89791-684-8)
Content Disclaimer
Informasi ini disarikan dari Wikipedia dan disajikan kembali untuk tujuan edukasi. Konten tersedia di bawah lisensi CC BY-SA 3.0. Kami tidak bertanggung jawab atas ketidakakuratan data yang bersumber dari kontribusi publik tersebut.
- The information displayed on this website is sourced in part or in whole from Wikipedia and has been adapted for the purpose of restating it. We strive to provide accurate and relevant information, however:
- There is no guarantee of absolute accuracy. Wikipedia is an open, collaborative project that can be edited by anyone, so information is subject to change.
- It is not intended to constitute professional advice. The content displayed is for informational and educational purposes only. For important decisions (e.g., medical, legal, or financial), please consult a professional.
- Content copyright. Wikipedia is licensed under the Creative Commons Attribution-ShareAlike License (CC BY-SA). This means that content may be reused with appropriate attribution and shared under a similar license.
- Responsible use. Any risk arising from the use of information from this website is entirely the responsibility of the user.