Louis Rousseau

Louis Rousseau
Fonction
Maire de Tréflez
-
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 69 ans)
TréflezVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Louis Jean Népomucène Marie RousseauVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Officier de marine (-), réformateur socialVoir et modifier les données sur Wikidata
Père
Jean Henry Rousseau
Mère
Marguerite Delahaye
Conjoint
Emma Michau
Enfant
Cécile Rousseau, Julie Rousseau, Louis Rousseau, Virginie Rousseau, Armand Rousseau
Autres informations
Idéologie

Louis Jean Népomucène Marie Rousseau (1787-1856) est un officier de marine français, fondateur de l'entreprise agricole de Keremma. Il est un précurseur du catholicisme social.

Biographie

Enfance et adolescence

Louis Rousseau naît le à Angerville, près d'Étampes, dans un milieu aisé. Il est le fils d'un maître de poste[1],[2]. Il est baptisé le avec pour parrain et marraine le duc de Penthièvre et la princesse de Lamballe qui avaient pour habitude de s'arrêter au relais de poste d'Angerville. Son père est maire de la ville entre 1792 et 1793. Le jeune Louis Rousseau et son frère Armand sont mis en pension à Paris rue de Picpus[1]. Il a pour condisciple Marc Seguin avec lequel il noue une amitié durable. Un autre élève de la pension, qui s'est engagé dans la marine, lui vante les attraits de la vie de marin[3].

Carrière militaire

C'est ainsi qu'écourtant ses études, Louis Rousseau rejoint la marine à l'âge de 17 ans comme aspirant à Brest[4]. Il participe à la campagne de Napoléon contre la Grande-Bretagne. En , il est capturé lors de l'expédition de Saint-Domingue. Envoyé en Angleterre avec les autres membres d'équipage, il passe huit ans comme prisonnier de guerre[5]. Il est d'abord cantonné pendant un an à Odiham dans le Hampshire comme prisonnier sur parole[6]. Las de ce régime de détention, pourtant relativement confortable, mais qui l'oblige par serment, il préfère les rigueurs des pontons de Portsmouth dont il pense pouvoir s'évader rapidement[7]. Au milieu de 800 prisonniers, il est confronté à la saleté, la nourriture insuffisante, la promiscuité et la brutalité des détenus et des geôliers, mais parvient à s'y faire respecter[8]. Il fait 22 tentatives d'évasion, toutes infructueuses[2], et finalement revient à son régime de prisonnier sur parole pendant les six derniers mois de sa détention[9]. Ce séjour en captivité le marque profondément et le détache du catholicisme. Un prisonnier, qu'il présente comme « un ami intime de Robespierre », fait son éducation. Il devient franc-maçon et lit des ouvrages philosophiques, ceux de Voltaire, également des livres d'agriculture et de sciences[9]. De retour en France en mai 1814, il participe brièvement aux Cent-Jours comme capitaine dans la garde nationale[10].

Retour à Angerville

Grâce à une avance sur héritage, il acquiert fin 1815 une brasserie et un terrain à Angerville[11]. Lecteur de Locke, d'Helvétius et d'Adam Smith dont il partage le libéralisme, il loue également Benjamin Franklin[12] et rêve d'une « science sociale » capable de réunir tous les savoirs économiques, scientifiques et techniques[13]. Il se lance à grands frais, dans une entreprise de distillerie, sans grand succès, grâce au concours d'un entrepreneur de Paris dont il épouse la fille, Emma Michau, âgée de 16 ans, en septembre 1817 après de brèves fiançailles[14]. En 1819, son épouse donne naissance à un fils, Félix, qui meurt prématurément du croup en 1821. Malgré la venue au monde de ses deux petites filles, cette mort le laisse désespéré. Ses entreprises vont mal. Il se considère comme sans avenir à Angerville qu'il décrit à son frère comme une « sphère étroite et ignoble » dans laquelle il se sent enfermé[15].

Fondation de Keremma

À l'instar de ses contemporains, la Bretagne lui apparaît comme un pays perdu situé au bout du monde[16], mais aussi comme une terre neuve à l'image des États-Unis d'Amérique où il avait songé à émigrer en 1815[17],[18]. Fort des relations qu'il a conservées en Bretagne au cours de ses premières années dans la marine, il prospecte la région en janvier-février 1822 en vue de s'y installer[16]. Sur le conseil de l'un de ses contacts, il acquiert à prix modique en avril 1823 une propriété de 600 arpents (300 hectares) près de Tréflez, sur la côte nord du Finistère[19]. Le descriptif établi en 1788 évoque une « vaste étendue de terres incultes (...) un terrain jadis couvert par la mer qui s’est retirée. Le sol est en partie sablonneux, en partie marécageux ; il est susceptible de cultures en beaucoup d’endroits, et le goémon, que le voisinage de la mer met à portée de se procurer, peut donner à cet égard les plus grandes facilités »[20]. Son beau-père et son frère le découragent de se lancer dans pareille entreprise en laissant derrière lui femme et enfants. Malgré leurs avis, logeant sous la tente, puis dans une cabane, il commence à aménager ce terrain qu'il baptise Keremma, du nom de son épouse : la « ville d'Emma » en breton[21],[22]. Il surélève les dunes existantes, crée une digue et des canaux pour gagner des terres à la mer et contenir la rivière de la Flèche. Son épouse et ses deux petites filles viennent le rejoindre en septembre 1824. Elles logent provisoirement à une dizaine de kilomètres de la propriété, à Lesneven, jusqu'à ce que Louis Rousseau fasse construire en 1825 une maison où sa famille peut enfin s'installer[23]. Ses moyens financiers ne lui permettent pas de poursuivre seul ses travaux. Il s'associe avec des parents, des amis et des relations en créant la Société rurale de Lannévez en janvier 1826. Des fermes sont construites où viennent s'établir les premiers cultivateurs[note 1]. Estimé des habitants, Louis Rousseau est élu maire de Tréflez en 1830[26].

Saint-simonisme et fouriérisme

Louis Rousseau n'abandonne pas ses projets de transformation sociale et voit dans Keremma la possibilité de créer une « association industrielle, philosophique et religieuse » inspirée du saint-simonisme[27] auquel il se rallie en 1831, devenant brièvement le chef de l'église saint-simonienne de Brest aux côtés de Charles Pellarin[28]. Il prêche un christianisme fondé sur la liberté et la charité, affranchi de la mainmise du clergé, dans un pastiche de sermon attribué à un pseudo abbé Penfur qu'il fait paraître dans une édition bilingue, en français et en breton, s'attirant les foudres de l'évêque de Quimper qui dénonce dans son mandement de carême « un écrit perfide où les erreurs les plus opposées à la foi sont mêlées avec art à quelques préceptes de l'Évangile »[29],[30].

Lorsqu'en 1832 l'école saint-simonienne se sépare après une querelle entre ses dirigeants, Prosper Enfantin et Saint-Amand Bazard, Louis Rousseau quitte le mouvement et se tourne avec Charles Pellarin vers le fouriérisme qui inspire son Prospectus pour la fondation d’une entreprise agricole et manufacturière dans le Finistère publié en 1833 par le journal Le Phalanstère de Victor Considerant. Il y plaide en faveur d'une association combinant efficacement agriculture et artisanat assurant à ses sociétaires un emploi tout au long de l'année et des conditions de travail satisfaisantes[31],[note 2].

Catholicisme social

En 1834, Louis Rousseau revient à l'Église catholique[33]. Il est associé au cercle de l'abbé Philippe Gerbet et contribue à la revue L'Université Catholique, fondée en 1836. Il écrit également un livre exposant son catholicisme social : Croisade du XIXe siècle : appel à la piété catholique à l’effet de reconstituer la science sociale sur une base chrétienne[34]. Louis Rousseau envisage de faire de Keremma le noyau d'une « tribu chrétienne » centrée sur la paroisse[18]. En 1849, il fonde l'école Sainte-Enfance de Marie qui accueille des fillettes orphelines ou issues de milieux déshérités, à l'origine de l'école des religieuses de la congrégation Marie-Immaculée de Saint-Méen[18]. Alors que l'Église catholique est généralement hostile à la Révolution de 1848, craignant une reprise de l'anticléricalisme de la Révolution française, Louis Rousseau est de ceux qui soutiennent que le catholicisme est compatible avec la démocratie et le progrès social. Il se présente comme candidat à l'Assemblée nationale de la Seconde République en , mais n'est pas élu, à la différence de son fils cadet Armand Rousseau élu député du Finistère en 1871 puis 1881. Louis Rousseau meurt le . Les descendants de Louis Rousseau et d'Emma Michau vivent encore à Keremma[35],[36],[37].

Notes et références

Notes

  1. Ces travaux d'aménagement ne vont pas sans quelques revers  : une tempête en [24] et une grande marée exceptionnelle en viennent en partie ruiner ses efforts[25].
  2. Louis Rousseau expose ainsi ses avantages dans son Prospectus :

    « Cette combinaison tire son motif de ce que les travaux agricoles ne peuvent être répartis uniformément sur tous les moments de l’année, comme ceux des manufactures, ceux-là ont des époques de chômage, et d'autres où un renfort de bras leur serait éminemment profitable ; ce serait donc disposer d'une précieuse ressource que de pouvoir appeler au besoin les sociétaires spécialement artisans et fabricants à prendre part aux travaux des champs et vice versa employer à des ouvrages intérieurs les hommes de la culture, quand la chose rustique ne les réclame pas.

    Notre second motif pour vouloir cette alliance, c'est que l’ouvrier artisan ou fabricant, doit souffrir de vivre confiné et étiolé toute l’année dans un atelier clos ; lorsque le soleil brille et que la campagne exhale ses parfums, il s’estimerait sans doute heureux de pouvoir agir en plein air, et, par la raison contraire, l’homme des champs qui, pour ne pas perdre sa journée, s'en va bêcher ou fossoyer sous le givre ou la pluie, trouverait fort doux qu'on lui fournît de l'occupation dans une salle bien chauffée[32]. »

Références

  1. a et b Touchard 1968, p. 11.
  2. a et b Dumas 1999, p. 102.
  3. Touchard 1968, p. 15-17.
  4. Touchard 1968, p. 17-19.
  5. Touchard 1968, p. 21.
  6. Touchard 1968, p. 23-24.
  7. Touchard 1968, p. 24-25.
  8. Touchard 1968, p. 25-30.
  9. a et b Touchard 1968, p. 31.
  10. Touchard 1968, p. 36-39.
  11. Touchard 1968, p. 41.
  12. Touchard 1968, p. 51.
  13. Touchard 1968, p. 46-47.
  14. Touchard 1968, p. 43-46.
  15. Touchard 1968, p. 45-46.
  16. a et b Touchard 1968, p. 56.
  17. Touchard 1968, p. 35, 41, 57.
  18. a b et c Brigitte Waché, « Louis, Jean-Népomucène Rousseau (1787-1856) », sur Association de Keremma (version du sur Internet Archive).
  19. Touchard 1968, p. 57.
  20. Touchard 1968, p. 58.
  21. Touchard 1968, p. 59-60, 64.
  22. Dumas 1999, p. 103.
  23. Touchard 1968, p. 63, 65.
  24. Touchard 1968, p. 62.
  25. Touchard 1968, p. 67.
  26. Touchard 1968, p. 64-69.
  27. Touchard 1968, p. 69-77.
  28. Dumas 1999, p. 105.
  29. Le Gallo 1991, p. 1060-1061.
  30. Touchard 1968, p. 72-76.
  31. Touchard 1968, p. 91-104.
  32. Touchard 1968, p. 103.
  33. Dumas 1999, p. 107.
  34. Dumas 1999, p. 108.
  35. « La dune d'Emma et le polder de Louis Rousseau », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  36. « Sur les dunes de Keremma, "les biens ne se vendent pas, ils se transmettent" », sur France Culture, (consulté le ).
  37. « Finistère : les dunes de Keremma, une histoire de transmission », France Info,‎ (lire en ligne).

Publications

Ouvrages

  • Croisade du XIXe siècle : appel à la piété catholique à l’effet de reconstituer la science sociale sur une base chrétienne, suivi de l'exposition critique des théories phalanstériennes, , 501 p. (lire en ligne)
  • La Clé de la science, études sociales adressées au futur modérateur de la République française, (réimpr. 2017), 74 p. (ISBN 978-2014113235, lire en ligne).

Articles

  • « Profession de foi saint-simonienne de Louis Rousseau », Le Globe,‎ .
  • « Prospectus pour la fondation d’une entreprise agricole et manufacturière dans le Finistère », Le Phalanstère,‎ .
  • « Cours d'économie sociale », L'Université catholique,‎ .

Bibliographie

  • Charles Pellarin, Souvenirs anecdotiques : médecine navale, saint-simonisme, chouannerie, Paris, Librairie des sciences sociales, (lire en ligne).
  • Jean Touchard, Aux origines du catholicisme social : Louis Rousseau, 1787-1856, Paris, Armand Colin, (réimpr. 1998), 257 p. (présentation en ligne).
  • Yves Le Gallo, « Le cas Louis Rousseau », dans Clergé religion et société en Basse-Bretagne, de la fin de Ancien Régime à 1840, vol. II, Paris, Éditions ouvrières, , 1140 p. (ISBN 2-7082-2926-5, présentation en ligne, lire en ligne), p. 1059-1072
  • Catherine Dumas, « Keremma : quand l’utopie et le mythe produisent un précieux territoire », dans La vie littorale : actes du 124e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, «  Milieu littoral et estuaires  », Nantes, (lire en ligne), p. 101-113.
  • Philippe Régnier (dir.) et Brigitte Waché (dir.), Louis Rousseau, les saint-simoniens et la Bretagne : Actes du colloque de Daoulas, 1er-2 avril 2005, Centre de Recherche Bretonne et Celtique, , 272 p. (ISBN 978-2901737711).

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