Sha'ab

Sha'ab
Sha'ab en 2018. Sur le sommet de la colline, le moshav de Yaad (en).
Noms officiels
(ar) شعب
(he) שעבVoir et modifier les données sur Wikidata
Noms locaux
(ar) شعب, (he) שעבVoir et modifier les données sur Wikidata
Géographie
Pays
District
Sous-district
sous-district d'Acre (en)
Superficie
5,44 km2 ()Voir et modifier les données sur Wikidata
Altitude
74 mVoir et modifier les données sur Wikidata
Coordonnées
Démographie
Population
7 381 hab. ()Voir et modifier les données sur Wikidata
Densité
1 356,8 hab./km2 ()
Fonctionnement
Statut
Identifiants
Site web
Carte

Sha'ab (شعب ; שַׁעַבּ, soit "l’éperon"[1]) parfois Sha'ib[2], est une ville palestinienne d’Israël et un conseil local (Israël) du district nord d’Israël. Sa superficie actuelle est de 5442 dounams (soit 6,4 km²). En 2024, sa population était de 7789 habitants.

Géographie

En 1945, la superficie totale des terres du village était de « 17 870 dounams » (17,9 km²). Sur ce total, 121 dounams (12 hectares) étaient des terres publiques, tout le reste appartenant à des Arabes[3]. Un total de 7910 dounams (791 hectares) étaient des terres incultes ; 3248 dounams (325 hectares) étaient classés comme plantations et terres irrigables, 6602 dounams étaient des terres céréalières. Les oliveraies occupaient 2040 dounams (204 hectares)[4],[5].

La superficie du village a été réduite à 5,4 km², soit moins d‘un tiers de la superficie de 1945.

Histoire

En 1880, Victor Guérin identifie Sha'ab avec Saab, un lieu mentionné par Flavius Josèphe au Ier siècle[6],[7]. Le Midrash Rabba mentionne un certain Rabbi Mani de Sha'ab et Yehoshua de Sakhnin et le rabbin Yohanan bar Nappaha. Au 14e siècle, les impôts du village étaient reversés au waqf de la madrassa et du mausolée de Manjaq, un chafi, en Égypte[8].

Empire ottoman

La Palestine est conquise par les armées de l'Ottoman Sélim Ier en 1517, grâce à leur victoire sur les armées mameloukes à la bataille de Marj Dabiq, et annexée à l'Empire ottoman.


En 1573 (981 AH), Sha'ab est un des villages de Galilée qui se rebellent contre les Ottomans[9]. Le defter (registre fiscal) de 1596 mentionne Sha'ab comme relevant de la nahié d‘Acre (Akka) et du sandjak de Safad ; il y recense 102 foyers et 37 célibataires, tous musulmans. Les villageois payaient un impôt à taux fixe de 33,3% sur leurs productions agricoles, blé, orge, arbres fruitiers, chèvres et ruches, plus des taxes diverses, pour un total de 14 354 akçe. Les 3/4 de ces impôts étaient reversés à un waqf[10],[11].

Selon la tradition locale, le village devint florissant sous Dahir al-Umarr, au XVIIIe siècle[12].

En 1859, la population est estimée à 1500 habitants, dont des catholiques romains, la majorité étant musulmane. La superficie cultivée était d‘environ feddans[13]. Victor Guérin visite Chaab (ou Saab) dans les années 1870, alors « composé de quatre quartiers, s’élevant doucement sur les flancs d’une petite montagne ». Les 800 habitants sont alors majoritairement musulmans, sauf une vingtaine de familles « grecques schismatiques ». Il y avait deux mosquées et deux walis. Le puits était profond de 33 mètres. Guérin relève les oliveraies et les champs de sésame[14],[15]. En 1881, Sha'ab est décrit comme situé dans une vallée plantée d’oliveraies, une partie de la colline étant semée de maïs[13].

Une liste de villages ottomane de 1887 recense 1430 habitants, dont 1345 musulmans et 85 chrétiens orthodoxes[16].

Période du mandat britannique

Démolition de maisons à Sha'ab par les troupes coloniales britanniques pendant la grande révolte arabe, en 1936.

De 1915 à 1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région de Sha'ab est conquise en octobre 1918 et la région est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations.

Au recensement de la Palestine mandataire de 1922 conduit par les autorités britanniques, Sha'ab a une population de 1206 habitants, dont 1166 musulmans et 40 chrétiens[17], dont 15 orthodoxes et 25 melchites[18]. La population augmente doucement au recensement de 1931 à 1297 habitants, dont 1277 musulmans, 19 chrétiens et 1 juif, dans 284 maisons[19].

Durant la grande révolte arabe de Palestine (qui dure de 1936 à 1939), l’armée britannique attaque Sha'ab. Elle rassemble 200 hommes adultes et les conduit dans une vallée à l’extérieur du village. Alors qu’ils étaient alignés, un rebelle posté sur la colline se met à pousser des cris et à tirer en l’air, semant la panique chez les soldats et permettant aux hommes de Sha'ab de s’enfuir, sauf Hassan Hajj Khatib qui est tué. Le lendemain, l’armée britannique revient et démolit 190 maisons du village (soit deux sur trois). Selon le récit d‘un témoin, les Britanniques ont infligé cette punition collective au village pour l’hébergement d’un rebelle qui aurait fait exploser une mine artisanale ayant tué quatre soldats britanniques et en ayant blessé trois autres[20].

Dans les statistiques de Village de 1945, Sha'ab a une population de 1740 habitants, dont 1710 musulmans et 30 chrétiens[21].

Guerre de 1948 et nettoyage ethnique et période israélienne

L‘armée israélienne s’empare de Sha'ab le 19 juillet 1948, au cours de la guerre israélo-arabe de 1948 selon Benny Morris[22], le 21 juillet selon Saleh Abdel Jawad[23]. Les villageois se rendent sans combattre, selon Morris[22]. Les habitants sont expulsés. résistent néanmoins à l’occupation. Rim Muhammad al-Haj As'ad demande à revenir au village pour prendre de quoi nourrir ses enfants. Elle se cache ensuite dans les vergers. Son opiniâtreté encourage ses voisins, qui réoccupent le village en août et septembre[23].

Le 29 octobre, le village est repris par l‘armée israélienne lors de l’opération Hiram. Durant les jours et les mois qui suivent, les habitants sont à nouveau expulsés. Un détachement israélien occupe le village et repousse ceux qui tentent d’y revenir. Le 15 septembre 1948, un groupe de 20 jeunes hommes est expulsé vers Zububa près de Jénine. Ils meurent embourbés, ne parvenant pas à se tirer d’un bourbier[23]. En décembre 1948, la brigade Odeh ordonne aux habitants de partir[24], le village étant le lieu de naissance et le quartier général d’Abou Is'af, qui dirigeait les groupes de résistance arabe et était considéré comme un héros[25].

Période israélienne

De nombreux habitants s‘installent dans les villages voisins, surtout à Majd al-Kroum et Sakhnin. En sens inverse, des réfugiés des villages d‘al-Birwa, al-Damun et Mi'ar sont réinstallés à Sha'ab après la guerre, rejoints par ceux de Kirad al-Ghannama et Kirad al-Baqqara de la vallée de la Houla en 1953 (dans la zone démilitarisée créée à la frontière syrienne par l’armistice de juillet 1949). Les habitants expulsés lancèrent une campagne peu après la guerre pour pouvoir rentrer chez eux[26]. Les réfugiés de la vallée de la Houla sympathisèrent avec leur cause mais ceux d‘al-Damun et de Mi'ar y étaient opposés. En 1950, environ 10% des habitants d’avant 1948 purent retourner à Sha'ab ; par la suite, d‘autres ont obtenu l‘autorisation de revenir[27]. Les terres des habitants de Sha'ab qui avaient quitté le village en 1948 (soit en fuyant par peur, soit en étant expulsés par l‘armée israélienne) sont confisquées et attribuées au Gardien de la propriété des absents au titre de la loi sur la propriété des absents. En pratique, cela revient à judaïser définitivement ces terres. Les Palestiniens déplacés d’autres villages sont déclarés prioritaires pour louer ces terres (d‘abord au Gardien, puis au Fonds national juif), à titre d’indemnisation[28]. Les anciens habitants de Sha'ab qui ont quitté le village sont par contre à la fois expropriés et exclus du droit à les louer[29] ; c‘est un exemple rare de réfugiés internes autorisés à rentrer dans leur village d’origine (mais pas dans leur propre maison)[30].

Des maisons neuves sont construites pour les Palestiniens qui signent une renonciation à leurs biens dans leurs villages d’origine[29].

Dans les années 1970-1980, dans le cadre du programme de judaïsation de la Galilée (en), une série de colonies israéliennes sont implantées autour de Sha'ab (bloc Segev), dont Ya'ad (en) au sud (et au sommet de la colline de Sha'ab) en 1974, Shorashim (en) à l’est en 1985, Tzurit (en) en 1979 et Gilon (en) au nord en 1980. Le but était d’entourer les centres de peuplement arabes de colonies à population israélienne juive[31].

Démographie

En 2022, 100 % des habitants étaient musulmans[32].

Évolution de la population[5]
Année Population
1922 1206
1931 1297
1945 1740
1961 1070
1995 4200
2002 5450
2007 6428
2021 7381

Monuments

Mosquée de Dahir al-Umar

La mosquée de Dahir al-Umar est située au centre du vieux village. En 1933, elle est inspectée par Na'im Makhouly du musée des Antiquités de Palestine, qui estime que la mosquée date de l‘époque de Dahir al-Umar. Elle est alors en mauvais état : les photos d‘époque montrent deux arcades : l‘une a quatre arches reliées au mur latéral, avec deux colonnes au centre. Un chapiteau de style ionique remployé est visible, ainsi qu‘un linteau romain (déjà signalé par Guérin dans les années 1870)[12],[33].

Andrew Petersen, archéologue spécialiste de l’Architecture islamique, inspecte la mosquée en 1994. Construite dans les années 1980, elle enchasse l‘ancien bâtiment : la salle de prière et son entrée nord datent de l‘ancien bâtiment. Cette salle est carrée et couverte d‘un dôme. The dôme repose sur de larges trompes soutenues par des corbeaux. Selon Petersen, cette salle peut dater du XVIIIe siècle[33].

Tombe de cheikh Alami

Le maqâm de cheikh Alami est situé au sud de la mosquée, dans son enclos. Il est construit sur une pente, le sol s‘élevant vers le sud. Deux entrées se trouvent à l’est, une donnant accès au maqam, l‘autre à une citerne souterraine[33].

Le bâtiment est rectangulaire, large de 10 mètres et long de vingt, l‘intérieur étant divisé en deux. La partie sud comporte un mihrab et est couverte d‘une voûte en berceau. La partie nord, couverte d’un dôme, abrite deux grands cénotaphes. Selon Petersen, le maqâm est d‘époque médiévale[33].

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

Notes

  1. Palmer, 1881, p. 116.
  2. Ghazi‐Walid Falah, « War, peace and land seizure in Palestine's border area », Third World Quarterly, juillet 2004, volume 25, no 5 lire en ligne (accès réservé).
  3. Government of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, p. 41.
  4. Government of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, p. 81.
  5. a et b « Welcome To Sha'ab - شعب (שעב) », Palestine Remembered, consulté le 19 mai 2026.
  6. Josèphe, III, § 21, cité par Guérin, 1880, p. 434-435, cité par Petersen, 2001, p. 275.
  7. TIR, p. 218, cité par Petersen, 2001, p. 275.
  8. MPF, 71, no 53. Cité par Petersen, 2001, p. 275.
  9. Heyd, 1960, p. 84-85. Cité par Petersen, 2001, p. 275.
  10. Hütteroth, Abdulfattah, 1977, p. 193.
  11. Selon Rhode, 1979, p. 6 « https://web.archive.org/web/20161010135324/http://www.academia.edu/2026845/The_Administration_and_Population_of_the_Sancak_of_Safed_in_the_Sixteenth_Century »(Archive.orgWikiwixGoogleQue faire ?), , ce defter date de 1548-1549, et non de 1595-1596.
  12. a et b Petersen, 2001, p. 275
  13. a et b Conder, Kitchener, 1881, SWP I, p. 271.
  14. Guérin, 1880, p. 434-436
  15. Conder, Kitchener, 1881, SWP I, p. 339.
  16. Schumacher, 1888, p. 175.
  17. Barron, 1923, Table XI, Sub-district of Acre, p. 37.
  18. Barron, 1923, Table XVI, p. 50.
  19. Mills, 1932, p. 102.
  20. Ghandour, 2009, p. 12.
  21. Department of Statistics, 1945, p. 4.
  22. a et b Morris 2004, p. 423.
  23. a b et c Saleh Abdel Jawad, « Zionist Massacres: the Creation of the Palestinian Refugee Problem in the 1948 War », In E. Benvenisti, C. Gans, S. Hanafi, (directeurs de publication) Israel and the Palestinian Refugees. Beiträge zum ausländischen öffentlichen Recht und Völkerrecht, vol. 189. Springer, Berlin, Heidelberg, 2007. https://doi.org/10.1007/978-3-540-68161-8_3, p. 123.
  24. Morris 2004, p. 514.
  25. Cohen, 2010, p. 100.
  26. Cohen, 2010, p. 101.
  27. Cohen, 2010, p. 102-103.
  28. Hillel Cohen, « The Internal Refugees in the State of Israel; Israeli Citizens, Palestinian Refugees », Palestine - Israel Journal of Politics, Economics, and Culture, Jérusalem-Est, volume 9, no 2,  (31 juillet 2002), p. 45-46.
  29. a et b Cohen, 2002, p. 49.
  30. Nihad Boqa'i, « Palestinian Internally Displaced Persons inside Israel : Challenging the Solid Structure », Palestine-Israel Journal, 2008, volume 16, no4, p. 35.
  31. Nabih Bashir, « The Judaization of the Galilee : A Long-Lasting Strategy Faced by a Bulwark of Palestinian Tenacity », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consulté le 19 mai 2026.
  32. « שעב », sur Central Bureau of Statistics (consulté le )
  33. a b c et d Petersen, 2001, p. 276.

Bibliographie

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