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Barde moderne, grand éveilleur des consciences de sa génération et de celles qui suivent, il est à l'origine du renouveau de la culture bretonne.
Biographie
Né en 1931 dans le village d'Ar Vouillen à Maël-Carhaix dans une famille bretonnante paysanne, Émile entre à l'école communale mais continue d'apprendre à lire et à écrire en breton malgré les humiliations qu'il subit[1]. Il entre en 1941 au petit séminaire de Quintin, où il fera ses études secondaires, étudiant le latin, le grec et la théologie et obtenant ses deux baccalauréats à 17 ans[2]. Pour autant, il fera preuve d'anticléricalisme[n 1] et de mysticisme[n 2], sorte de religion personnelle, entre liberté, jouissance et humour[n 3], tendant parfois au moralisme, notamment dans le recueil en prose Sables et Dunes[n 4]. Après avoir fait son service militaire à Paris, il obtient en 1952 une licence de philosophie à l'université de Rennes. Il joue aussi de la cornemuse au sein de la Kevrenn Rostren[3].
À vingt ans, Milig s'occupe de théâtre et essaye de faire revivre le théâtre populaire breton. Il anime Breizh a Gan, une troupe qui monte une opérette en breton, Genovefa, d'où naît sa rencontre avec Youenn Gwernig. Il voulait raconter la lutte et la fierté d'un peuple, à travers ses héros, Nominoë et Lez-Breiz, dont il fera aussi des chansons. Sans le succès escompté, il part seul sur les routes en 1953 et voyage intensément, en Italie, Grèce, Turquie, Yougoslavie et Union soviétique. Sans avoir eu l'impression d'avoir atteint un but, il rentre en Bretagne fin 1954. Il commence alors à écrire et composer[n 5].
Sa carrière artistique débute en octobre 1959 par un récital à Paris, devant quelques inconditionnels, avec Denise Mégevand à la harpe. Dès lors, il tente de vivre de ses chansons, interprétant aussi des textes d'Armand Robin, de René-Guy Cadou et d'autres poètes. Il adopte le nom de scène Glenmor ("terre-mer" en breton), réunion de l'Armor et de l'Argoat, et devient le nouveau barde breton. Durant de nombreuses soirées, il se produit à Montparnasse, en particulier au restaurant Ti Jos. Après Paris, il émigre plusieurs mois à Bruxelles en 1961 où il connaît un petit succès. Il croise Jacques Brel (qui dit dans la chanson Le Moribond : « Adieu l'Émile, je vais mourir ») et rencontre sa future femme qui, arrivée en Bretagne, se renomme Katell[4]. Leur mariage en 1963 à Glomel en Centre-Bretagne sera enregistré sur un disque, avec la présence de nombreux invités, et est l'exemple d'une noce typique en Basse-Bretagne. Après les soirées de Kerroc'h à Kertalg, en passant par les petites salles puis les salles de casinos et de cabarets, il retourne à « l'assaut de Sodome ». Il produit ensuite à compte d'auteur son premier 33 tours, l'enregistrement d'un concert donné à la Mutualité de Paris au printemps 1967. Il y donnera d'autres récitals, dont deux accompagnés par le jeune harpiste Alan Stivell.
Au début de 1969, son premier 30 cm commercial sort chez Barclay, Cet Amour-là..., sur lequel il est accompagné par une harpe celtique sur deux chansons et par l'orchestre de François Rauber sur presque toutes les autres. La chanson écologiste Les Oiseaux fait référence aux pétroliers échoués, le Torrey Canyon à l'époque. En 1971, un autre 33 tours Barclay est un Hommage à Morvan Lebesque, journaliste et essayiste de la décolonisation et la décentralisation. Il quitte sa maison de disque parisienne et signe au Chant du Monde, avec la sortie de Vivre en mars 1972 puis quatre autres 33 tours.
Avec ses amis Alain Guel et Xavier Grall, il participe à la fondation des Éditions Kelenn, où il publie en 1968 Le Livre des chansons, en même temps que Xavier Grall y publie Barde imaginé puis La Fête de la nuit (1972). Au début des années 1970 il fonde avec les mêmes Xavier Grall et Alain Guel le journal La Nation bretonne, qui joue alors un rôle important auprès d'une certaine élite intellectuelle.
Artiste engagé du mouvement breton, Glenmor affirme fortement dans ses chansons l'identité et les spécificités bretonnes. Il compose le Kan bale lu poblek Breizh (renommé Kan bale an ARB) (« Chant de marche de l'Armée révolutionnaire bretonne »). Il ouvre la voie de la conscience bretonne et fut l'un des premiers chanteurs dont la renommée dépassait les frontières bretonnes à chanter en breton.
En 1972, il tourne en Bretagne avec Léo Ferré. Dans Vivre, il reprend d'anciennes chansons, dont deux qu'il avait écrites en breton, Viviana et Klemm Breizh-Izel, accompagnées d'un récitatif en français par Katell. En , Princes, entendez bien... tire son nom de la composition de dix-huit minutes sur toute la face A, et la face B se termine par un « récit bardique ». E dibenn miz gwengolo en 1977 contient de nouvelles œuvres, en français et en breton.
Il vit entre le manoir de Saint-Péran à Glomel et le manoir du Poul à Mellionnec, comme dans sa chanson sur Les chemins de Bohême. Il fête à Mellionnec ses vingt ans de chansons lors d'une grande fête, puis avec la parution d'un disque anniversaire : Tous ces vingt ans déjà. En 1978, il est désigné « Breton de l'année » par Armor Magazine[5].
En juin 1979, en compagnie de son ami Jean Le Calvez, directeur de la publication du journal Combat Breton, dont ils sont par ailleurs tous deux membres du comité de rédaction, il observe une grève de la faim pour protester contre le report du procès de plus d'une vingtaine de militants bretons interpelés en à la suite d'un attentat contre le château de Versailles. Ils exigent la libération des détenus politiques, dont Yann Puillandre. Le journal se fait largement l'écho des lettres des prisonniers comme des prises de positions en leur faveur. Ce moment est l'occasion de réaffirmer son adhésion à Argad Breizh[6]. Dans le même temps, il publie son roman La septième mort chez Jean-Edern Hallier et participe à la campagne de ce dernier aux élections européennes, malgré des ennuis de santé[7].
En 1990, à l'issue d'un concert pour la Fête de la langue bretonne à Carhaix, il décide de mettre fin à sa carrière musicale pour se consacrer à l'écriture[8]. Il est décoré de l'ordre de l'Hermine en 1990.
Le cancer l'emporte six ans plus tard, le , à l'aube de son 65e anniversaire. Il est inhumé dans le caveau familial au cimetière de Maël-Carhaix, où plus de 4 000 personnes assistent à ses obsèques. Sur la tombe est écrit :
« Et voici bien ma terre, la vallée de mes amours. »
— Émile Le Scanv (1931-1996)
Entourage
Katell, son épouse rencontrée à Bruxelles et épousée en 1963 ; de son vrai nom Catherine Duveillez, belge, née le 5 juin 1939, décédée le 30 mars 2024[9], mère de leurs deux enfants Sterenn et Edern, conteuse installée à Rostrenen ;
Yann Penn, organisateur de ses spectacles ;
Bernard Benoît, guitariste, fut son accompagnateur ;
Fañch Bernard, contrebassiste et pianiste, fut son accompagnateur, chauffeur et secrétaire ;
Laurence Meillarec, fut sa pianiste et sa choriste ;
Ghislain Gouwy, barde des Flandres françaises ;
Robert Manach dit « bob », compagnon de piste.
Hommages
Glenmor an Distro est l'association des amis de Glenmor. Hervé Le Borgne en fut le président jusqu'à son décès en 2019, Servane Huonic lui succède.
En 2009, Clarisse Lavanant a enregistré un album consacré aux chansons du barde, Glenmor Mémoire Vivante, récompensé par l'Académie Charles Cros et Trad Magazine. Le second volume, Je te souviens Glenmor, est sorti en 2011 et le troisième, Glenmor Vingt ans d'abord, est sorti en 2016[13].
En 2011 est créé le spectacle théâtral chanté Glenmor L’insoumis (Disuj en breton), mis en scène par Goulc’han Kervella, interprété par des chanteurs et musiciens sous la direction de Patrick Audouin, et des comédiens d’Ar Vro Bagan[14].
2002 : D'an enezenn - Vers l'île par l'ensemble choral Mouez ar mor de Brest (textes de Xavier Grall, Anjela Duval, Marie Kermarec, Per-Jakez Hélias, Job An Irien...)
2005 : Katel dit Glenmor avec Bernard Benoit (réédition CD Sobridis)
2006 : Dix ans déjà - Ar Pep Gwellañ ...que le vent porte et pose (An Distro/Coop Breizh)
↑comme dans Prière de Robinson, Credo de la Joie, Où va ton univers
↑« Dieu laisse à l'homme le droit de choisir sa morale. C'est le secret de notre liberté », « Le dieu des philosophes ne rit jamais. Je me demande s'il est vivant. Je préfère celui des poètes et des amoureux », « Je préfère croire en Dieu qu'être athée, ne serait-ce que pour le maudire. »
↑« Le malheur des hommes, même des hommes de foi, vient souvent de cela qu'ils ne savent écouter le silence de Dieu. »
↑Victime de la tuberculose durant son périple, il est soigné dans le sanatorium de Praz Coutant dans les Alpes. C'est là qu'il donne sa toute première représentation, en 1958. Ronan Gorgiard, L'étonnante scène musicale bretonne, 2008, p. 38