Le Tour de France 1907, 5e édition du Tour de France, s'est déroulé du 8 juillet au sur 14 étapes pour 4 488 km. Il s'agit du troisième Tour de France consécutif à utiliser un système de points (et non au temps) pour calculer le classement général. Le vainqueur du Tour de France 1906, René Pottier, s'étant suicidé, n'est pas présent pour défendre son titre. Pour la première fois, des ascensions dans les Alpes occidentales sont introduites au parcours du Tour.
Durant les neuf premières étapes, Émile Georget domine la course, jusqu'à ce qu'il soit pénalisé pour avoir emprunté un vélo. C'est finalement Lucien Petit-Breton qui gagne l'épreuve à 28,47 km/h de moyenne[1]. Il remporte au total deux étapes ainsi que le classement général. Cette année, le Tour de France, contrairement à son prédécesseur, n'a pas connu de sabotage, mais la tricherie présente dans les éditions précédentes s'est poursuivie.
Changements par rapport au Tour précédent
Le Tour de France de 1907 comporte 14 étapes, soit une de plus qu'en 1906. Le départ du Tour a lieu au pont Bineau, l'arrivée finale se juge au Parc des Princes. Pour la première fois, le Tour fait étape à l'étranger, à Metz, alors en territoire allemand depuis 1871[2]. En 1906, le Tour est déjà passé à l’étranger (Allemagne, Italie et Espagne) mais ne s’y arrêtait pas. Il passe aussi pour la première fois en Suisse en 1907 lors de l’étape Belfort-Lyon[1],[3] mais contrairement à Metz et l’Allemagne, il ne s’y arrête pas. Les étapes de montagne en 1906 ayant été une réussite, selon l'organisateur Henri Desgrange, le parcours propose pour la première fois les Alpes occidentales au programme de la course[4].
C'est également la première fois qu'une voiture d'assistance avec des mécaniciens roule derrière les coureurs, pour aider à résoudre les problèmes mécaniques[3].
La course est de nouveau courue avec un système de points, le même utilisé qu'en 1906. À la fin de chaque étape, le gagnant reçoit un point, le suivant deux points, et ainsi de suite. Après la huitième étape, alors qu'il ne reste que 49 cyclistes en course, les points attribués lors des huit premières étapes sont redistribués parmi les cyclistes restants, en fonction de leurs positions dans ces étapes[3].
Participants
René Pottier, le vainqueur du Tour de France en 1906, n'a pas défendu son titre, parce qu'il s'est suicidé au début de l'année 1907[3]. Bien que les coureurs participent officiellement au Tour en tant que coureur individuel, certains ont partagé le même sponsor et ont coopéré comme s'ils roulaient en équipe[5]. Au départ de la course, il est prévu que les coureurs sponsorisés par Alcyon et Peugeot se disputent la victoire finale. Alcyon se présente avec les favoris : Louis Trousselier, Marcel Cadolle et Léon Georget et Peugeot compte sur Émile Georget[6].
Comme les années précédentes, les coureurs sont séparés en deux catégories : les coureurs de vitesse et les coureurs sur machines poinçonnées. Sur les 93 cyclistes qui commencent la course, 82 sont dans la catégorie poinçonnée, ce qui signifie qu'ils doivent terminer la course sur le même vélo qu'ils sont partis, et en cas de vélo cassé, doivent le réparer sans assistance[7]. Les coureurs de vitesse peuvent bénéficier de l'aide de la voiture d'assistance par le biais des mécaniciens et quand un vélo est irréparable, ils peuvent le remplacer par un nouveau[8].
Déroulement de la course
L'usage de la « roue libre » apparaît et remplace le « pignon fixe » qui imposait de tourner constamment les jambes[9].
Tous les cyclistes engagés ne sont pas en lice pour la victoire, quelques-uns se sont inscrits en tant que "touristes". Le plus notable d'entre eux est Henri Pépin. Pépin a embauché deux coureurs, Jean Dargassies et Henri Gauban pour rouler avec lui. Ils considèrent la course comme une promenade pour le plaisir, ils s'arrêtent pour déjeuner quand ils décident et passent la nuit dans les meilleurs hôtels qu'ils peuvent trouver[10]. Ceci fait de Dargassies et Gaubin les premiers équipiers de l'histoire du Tour de France. Pendant la course, ils tombent sur un autre concurrent du Tour de France, Jean-Marie Teychenne, couché dans un fossé. Ils l'aident à se relever et lui offrent à manger ; depuis lors, Teychenne accompagne également Pépin[4],[11].
Au début de la course, Louis Trousselier, François Faber et Émile Georget sont les grands prétendants à la victoire finale[1]. Trousselier, vainqueur du Tour de France 1905 et désireux de gagner à nouveau, remporte la première étape. Dans la deuxième étape, le Tour franchit la frontière franco-allemande pour se terminer à Metz, qui faisait alors partie de l'Allemagne. Les autorités allemandes permettent aux cyclistes d'y arriver, mais n'autorise pas la présence du drapeau français ou l'entrée dans la ville des voitures des officiels de course[12]. À la fin de l'étape, Émile Georget semble battre Trousselier avec une très faible marge. Après enquête, Desgrange, l'organisateur du Tour, décide de mettre les deux cyclistes à égalité à la première place, pour satisfaire les deux sponsors[6].
Dans la troisième étape, le Tour revient en France. À la frontière, les coureurs sont arrêtés par deux douaniers français et l'attente est si longue qu'il faut recommencer l'étape[4]. Au cours de l'étape dans les Alpes, Émile Georget est meilleur que ses concurrents. Il s'adjuge l'étape et prend la tête du classement général[6]. Georget remporte cinq des huit premières étapes, et possède une avance confortable[4]. Lors de la septième étape, Marcel Cadolle alors deuxième du général[13] et qui fait à son tour partie des favoris, tombe brutalement et se blesse grièvement au genou[6].
Le 26 juillet, au cours de la neuvième étape reliant Toulouse à Bayonne, Émile Georget casse le cadre de sa bicyclette à un poste de contrôle. Selon les règles, Georget doit réparer son vélo seul, mais sachant que cela lui prendrait plus de cinq heures, il décide de changer de vélo avec Pierre-Gonzague Privat, ce qui est strictement interdit par le règlement qui n'autorise pas d’assistance au coureur en course. Georget reçoit une amende de 500 francs[1],[14]. L'équipe rivale « Alcyon » au grand complet menace de quitter le Tour si le coureur n'est pas disqualifié[6],[15]. Les organisateurs ne voulant pas éliminer complètement le favori Georget, ils décident finalement de lui octroyer la dernière place du classement de l’étape. Georget reçoit l’équivalent de 44 points de pénalité avec cette rétrogradation de la quatrième place du classement de l’étape à la 48e et dernière place[14]. Il est alors classé troisième du général[16]. Les coureurs de l'équipe Alcyon (y compris Louis Trousselier, deuxième du classement) n'étant pas satisfaits de cette sanction, quittent le Tour dès l'annonce de la pénalité.
La première place est donc transférée à Lucien Petit-Breton, "Lucien Mazan" de son vrai nom. Bien qu'il ait déjà terminé à la cinquième et à la quatrième place des éditions précédentes[17], il est encore relativement peu connu et il court sur machine poinçonnée, c'est-à-dire qu'il fait partie des coureurs sans sponsors ni équipes[1]. Petit-Breton possède alors 15 points d'avance sur Garrigou. Il termine les cinq dernières étapes dans les trois premiers et n'est jamais vraiment inquiété par ses concurrents. À la fin de la course, il augmente son avance à 19 points sur Garrigou et à 27 points d'avance sur Georget[3].
Résultats
Les étapes
Lors de la première et de la dernière étape, les coureurs peuvent courir derrière derny[18].
Note : en 1907, il n'y a aucune distinction entre les étapes de plaine ou de montagne ; les icônes indiquent simplement la présence ou non d'ascensions durant l'étape[3].
Le classement général est recalculé en prenant uniquement en compte les classements respectifs dans chaque étape des 49 coureurs encore en course lors de la 8e étape.
Le , à la suite d'une lettre de réclamation de l'Union Vélocipédique de France, les vainqueurs de la seconde étape se partagent l'ensemble des points normalement alloués aux deux premières places et héritent de 1,5 point chacun, ceci afin de ne pas léser les concurrents suivants.
Émile Georget, initialement 4e à 23 min 0 s, écope d'une pénalité et est déclassé le lendemain en raison d'un changement de bicyclette interdit.
↑Françoise Laget, Gilles Montgermont, Philippe Cazaban et Serge Laget, Tour de France : The Official 100th Race Anniversary Edition, Hachette UK, , 352 p. (ISBN978-1-78206-415-2, lire en ligne)
↑Patrick Porte, Dominique Vila, Maillot jaune. Regards sur cent ans du Tour de France, Atlantica, , p. 149
↑Pierre Chany et Cazeneuve, Thierry, La Fabuleuse Histoire du Tour de France, France, ODIL, , 943 p. (ISBN2-8307-0689-7)
↑ a et bDans un premier temps, Georget est déclaré vainqueur, mais après enquête par l'organisateur du Tour Henri Desgrange, Trousselier est également déclaré vainqueur.