The Barber

The Barber
L'Homme qui n'était pas là

Titre québécois L'Homme qui n'était pas là
Titre original The Man Who Wasn't There
Réalisation Joel Coen
Ethan Coen (non crédité)
Scénario Joel et Ethan Coen
Musique Carter Burwell
Acteurs principaux Billy Bob Thornton
Frances McDormand
Michael Badalucco
Richard Jenkins
Scarlett Johansson
Sociétés de production Good Machine
Gramercy Pictures
Mike Zoss Productions
The KL Line
Working Title Films
Pays de production Drapeau des États-Unis États-Unis
Drapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni
Genre néo-noir
Durée 116 minutes
Sortie 2001

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.

The Barber ou L'Homme qui n'était pas là au Québec (The Man Who Wasn't There) est un film américano-britannique réalisé par Joel Coen et sorti en 2001. C'est le 9e film des frères Coen.

Le film est en noir et blanc mais dispose d'une version en couleurs pour son exploitation en vidéo. Il met en scène Billy Bob Thornton, Frances McDormand, Michael Badalucco, Richard Jenkins, Scarlett Johansson, Jon Polito, Tony Shalhoub et James Gandolfini. Se déroulant en 1949, le long métrage raconte l'histoire d'Ed Crane, un barbier solitaire menant une vie ordinaire dans une petite ville de Californie avec sa femme, qu'il soupçonne d'avoir une liaison avec son patron. La vie de Crane bascule lorsqu'un inconnu se présente à son salon de coiffure et lui propose de devenir son associé dans une nouvelle entreprise prometteuse, en échange d'un investissement de dix mille dollars. Séduit par l'idée, Crane projette de faire chanter l'amant de sa femme pour obtenir cette somme.

Présenté au festival de Cannes 2001, The Barber reçoit le prix de la mise en scène, ex æquo avec Mulholland Drive de David Lynch. Il reçoit de nombreuses autres distinctions, dont une nomination à l'Oscar de la meilleure photographie pour Roger Deakins. Ses résulats au box-office sont cepenant mitigés, malgré un accueil favorable de la part des critiques.

Résumé

Santa Rosa, Californie, 1949. Ed Crane est coiffeur dans le salon de coiffure Guzzy's, jadis fondé par les parents de sa femme Doris et de son beau-frère, Frank, qui tient aujourd'hui le "premier fauteuil". Ed est un homme rongé par la mélancolie. Un jour, un client nommé Creighton Tolliver lui révèle qu'il recherche un associé pour ouvrir un salon de nettoyage à sec. Creighton, voyageur de commerce, s'occuperait de la logistique pratique, tandis que l'associé serait l'apporteur de capital, les bénéfices étant partagés par moitié.

Pour récupérer rapidement de l'argent, Ed décide de faire chanter « Big Dave », le patron de sa femme Doris qvec lequel elle a une liaison. Dave gère une boutique grâce à la fortune de sa richissime femme et de la famille de celle-ci. Ed envoie donc à Big Dave une lettre anonyme, lui ordonnant de payer 10 000 dollars. L'argent obtenu lui permettrait ainsi de redémarrer sa vie grâce à une association faite avec le voyageur de commerce.

Dave renonce à un important projet de succursale qu'il avait en vue et paie la somme réclamée. Ed remet ensuite cette somme au voyageur de commerce. Lors d'une soirée événement au magasin de Big Dave, Ed fait la connaissance de Rachel, surnommée « Birdy », 15 ans. Elle est la fille de Walter Abundas, un des clients du salon de coiffure. Birdy joue passablement bien du piano, mais Ed pense qu'elle en joue admirablement.

Les choses tournent mal pour Ed lorsque Big Dave découvre que c’est lui qui le fait chanter. En effet, il a croisé la route du voyageur de commerce, l'a frappé et celui-ci lui a parlé d'Ed et des 10 000 dollars. Dave, ayant compris la manœuvre de celui qu'il considérait comme un ami, le fait venir dans son magasin une nuit. Il le menace et tente de le tuer en l'étranglant. Ed se défend et lui plante un couteau dans la carotide : Dave s'écroule raide mort.

La police enquête et apprend que Doris et Dave avaient une liaison. Un témoin croit se souvenir que, le soir du meurtre, Doris était au magasin de Dave. Les policiers pensent donc que c'est Doris qui a tué Dave et qui a tout organisé. Elle est incarcérée. Ed sait bien que sa femme n'a rien fait. Frank pousse pour que Doris soit défendue par un ténor du barreau, Me Freddy Riedenschneider et hypothèque le salon de coiffure familial. Celui-ci vient enquêter sur place quelques jours plus tard et a recours à des détectives privés.

Ed apprend que le voyageur de commerce a disparu dans la nature avec les 10 000 dollars : toute sa lamentable « magouille » n'a servi à rien et a abouti à la ruine et à la mort de son ami, à l'incarcération de son épouse et à une solitude plus profonde encore.

L'avocat apprend par ses détectives que Dave, en fait, avait menti sur ses activités pendant la Seconde Guerre mondiale, durant laquelle il n'avait rien fait d'héroïque, contrairement à ce qu'il prétendait. Il prépare activement le procès. Lorsqu’un jour Ed s'accuse devant Doris et Me Riedenschneider du meurtre de Dave, l'accusée comme l'avocat ne le croient pas et prennent ses paroles comme une pure manœuvre pour tenter de sauver Doris.

Le jour de l'ouverture du procès, le juge annonce aux personnes présentes que Doris vient de se suicider par pendaison, et que le procès n'aura donc pas lieu. Par la suite, Ed apprend que lors du décès, Doris était enceinte d'au moins trois mois : comme ils n'avaient pas eu de relations sexuelles depuis très longtemps, l'enfant ne pouvait être que de Dave. Il revoit aussi Rachel-Birdy, qui se montre plus mûre que ce à quoi il s'attendait.

Un jour, en revenant d'une audition avec Rachel-Birdy, celle-ci lui fait des avances alors qu'il conduisait. Ils ont un grave accident de voiture. Ed se réveille à l'hôpital. À son chevet, des policiers lui annoncent qu'il est accusé de meurtre. Ed croit que l'on fait allusion à Birdy ; mais non : elle n'a eu qu'une clavicule cassée. C'est donc pour le meurtre de Dave ? Non plus ! En réalité Ed, interloqué, apprend qu'il est accusé du meurtre du représentant de commerce.

En fait, c'est Dave qui avait tué cet homme et avait envoyé son corps au fond d'un lac. Et lorsque la police a retrouvé le corps, on a découvert près de lui le contrat faisant état de la société à créer avec lui, des 10 000 dollars, du partage par moitié des bénéfices. On suppose donc qu'Ed a tué cet homme par vengeance, parce qu'il avait pris la fuite avec son argent.

Un procès est organisé quelques mois après. L'ancien avocat de Doris, Me Riedenschneider, défend brillamment Ed et sa plaidoirie convainc le jury, mais le procès est annulé in extremis en raison d'un vice de procédure (le beau-frère d'Ed tente de le frapper durant la plaidoirie).

Lors du second procès, il est défendu par un avocat qui n'a pas le talent de Me Riedenschneider : l'avocat plaide coupable et sollicite les circonstances atténuantes. Mais Ed est toutefois condamné à la peine de mort.

La dernière image montre Ed sur la chaise électrique, avec le surveillant pénitentiaire qui actionne la manette envoyant le courant électrique.

Fiche technique

Distribution

Source et légende : version française (VF) sur Voxofilm[5] et selon le carton du doublage français.

Production

Genèse et développement

L'idée de départ du film vient d'une scène du 5e film des frères Coen, Le Grand Saut (1994). La scène se passe dans un salon de coiffure, dans laquelle il y avait une affiche présentant des coupes de cheveux des années 1940. Les deux frères ont alors commencé à imaginer une histoire autour d'un coiffeur qui aurait pu réaliser ces coupes[réf. nécessaire].

Pour ce film, les frères Coen s'inspirent du travail de l'écrivain James M. Cain, notamment ses romans Le facteur sonne toujours deux fois (1934), Double indemnité (1935) et Mildred Pierce (1941)[6]. L'histoire a également de nombreux points communs avec L’Étranger d’Albert Camus (éd. Gallimard, )[7]. Les frères Coen citent le film L'Ombre d'un doute (1943) d'Alfred Hitchcock comme influence principale ainsi que la science-fiction des années 1950[8],[9]. Par ailleurs, les deux cinéastes s'inspirent pour le titre original de leur film (The Man Who Wasn't There) de Antigonish, un poème de 1899 écrit par William Hughes Mearns (en)[10],[11] :

« Yesterday, upon the stair,

I met a man who wasn't there! He wasn't there again today,

I wish, I wish he'd go away!
 »

— William Hughes Mearns, Antigonish (1899)

Attribution des rôles

Les frères Coen ont écrit les personnages de Doris et Frank spécialement pour Frances McDormand et Michael Badalucco. La première, épouse de Joel, avait déjà joué dans Sang pour sang (1984), Arizona Junior (1987), Miller's Crossing (1990), Barton Fink (1991), Fargo (1996). Michael Badalucco était quant à lui présent dans Miller's Crossing et O'Brother (2000). Pour le rôle-titre, ils font appel à Billy Bob Thornton, avec lequel ils n'avaient jamais travaillé auparavant[12],[13]. L'acteur a accepté le rôle avant même de lire le scénario : « Je savais que ce serait bien. Il y a certaines personnes avec lesquelles on sait qu’on ne peut pas se tromper »[14].

Les frères Coen ont dû convaincre James Gandolfini, qui venait de terminer le tournage du film Le Mexicain et s'apprêtait à reprendre son rôle dans la série Les Soprano. Il a finalement accepté après avoir lu le scénario et trouvé que Big Dave était différent de tout ce qu'il avait fait auparavant[14]. Joel et Ethan Coen dirigent des “habitués” comme Jon Polito et Tony Shalhoub, ainsi que des nouveaux-venus comme Adam Alexi-Malle, Katherine Borowitz, Richard Jenkins et Scarlett Johansson[14]. Richard Jenkins a d'abord décliné l'offre d'audition, car il avait déjà été refusé pour trois productions précédentes des frères Coen[15].

Tournage

Le tournage a lieu du au en Californie (Glendale, Los Angeles, Orange, Pasadena et Santa Rosa)[16].

Bande originale

The Man Who Wasn't There

Bande originale de Carter Burwell
Sortie
Durée 45:43
Compositeur Carter Burwell
Label Decca Records
Critique

Bandes originales des films des frères Coen

La bande originale est composée par Carter Burwell, qui a travaillé sur tous les films précédents des frères Coen excepté O'Brother. Tout au long du film, de nombreux extraits de sonates de Ludwig van Beethoven sont entendus. Parmi eux, la Pathétique, l'Appassionata, la Clair de Lune ou encore la 30e sonate.

Liste des titres
  1. "Birdy's 'Pathétique'" (Sonate pour piano nº 8 Op. 13 de Beethoven) - Jonathan Feldman – 1:17
  2. "Che soave zeffiretto" (tiré Le nozze di Figaro de Wolfgang Amadeus Mozart) - Edith Mathis & Gundula Janowitz (avec l'orchestre Deutsche Oper Berlin, dirigé par Karl Böhm) – 3:33
  3. "Bringing Doris Home" (Sonate pour piano nº 25 Op. 79 de Beethoven) - Jonathan Feldman – 1:18
  4. "I Met Doris Blind" – 1:15
  5. "Ed Visits Dave" – 1:03
  6. "Ed Returns Home" (Sonate pour piano nº 23 "Appassionata" 2e mouvement de Beethoven) – 1:57
  7. "I Love You Birdy Abundas!" – 0:42
  8. "Nirdlinger's Swing" – 5:12
  9. "Moonlight Sonata" (Sonate pour piano nº 14 Op. 27 de Beethoven) - Jonathan Feldman – 2:29
  10. "The Fight" – 3:01
  11. "The Bank" – 1:03
  12. "Adagio Cantabile" (Sonate pour piano nº 8 Op. 13 de Beethoven) - Jonathan Feldman – 5:33
  13. "The Trial of Ed Crane" – 3:52
  14. "Andante Cantabile" (Trio avec piano n° 7 Op. 97 ("Archduke") de Beethoven) - Beaux Arts Trio – 13:28

Distinctions

Récompenses

Nominations

Autour du film

  • Le film est en noir et blanc. Les producteurs avaient exigé qu'il existe une version en couleurs destinée au marché vidéo[réf. nécessaire]. Cette version est disponible sur le coffret collector 3 DVD du film.
  • L'histoire du film se déroule dans la ville de Santa Rosa en Californie, là même où se situait l'action de L'Ombre d'un doute d'Alfred Hitchcock[19].
  • Lors de la première confrontation entre l'avocat Riedenschneider et le couple Crane, l'avocat évoque le meurtre en parlant d'un coup de stylet dans l'aorte et montre son cou. Il s'agit de la carotide qui est atteinte (erreur de la version doublée en français) et non de l'aorte qui se trouve elle dans la région du cœur.

Clins d’œil

Notes et références

  1. Ethan Coen ne sera crédité comme réalisateur qu'à partir de Ladykillers en 2004. Il est cependant coréalisateur de tous les films des frères Coen.
  2. (en) Roger Ebert, The Man Who Wasn't There, 2 novembre 2001, RogerEbert.com.
  3. « Release infos » (dates de sortie), sur l'Internet Movie Database
  4. « Parental guide » ((en) guide parental), sur l'Internet Movie Database
  5. « Fiche de doublage français du film », sur voxofilm.free.fr (consulté le ).
  6. Christopher Orr, « 30 Years of Coens: The Man Who Wasn't There » [archive du ] Accès limité, sur The Atlantic, (consulté le )
  7. Dans l’une et l’autre œuvre, le personnage principal, comme absent au monde, commet un meurtre sans passion, presque par hasard. S’ensuit dans les deux cas un procès, au cours duquel la défense paraît « absurde » : Meursault dans L’Étranger explique qu’il a assassiné l’Arabe, sur la plage, à cause du soleil, alors que Riedenschneider, l’avocat d’Ed Crane dans The Barber, construit pour sa part une étrange argumentation fondée sur le principe d’incertitude de Heisenberg. Et, à la fin des deux récits, le personnage principal est condamné à mort.
  8. (en) Jeffrey Adams, The Cinema of the Coen Brothers: Hard-Boiled Entertainments, Columbia University Press, (ISBN 9780231850810, lire en ligne)
  9. Kristopher Tapley, « Roger Deakins recalls The Man Who Wasn't There and film noir favorites », sur Uproxx, (consulté le )
  10. (en) Dan Einav, « Is this the Coen brothers' most underrated movie? », sur Little White Lies, (consulté le )
  11. Allen 2006, p. 152.
  12. Robson 2007, p. 254.
  13. Andrew Pulver, « Pictures that do the talking », sur The Guardian, (consulté le )
  14. a b et c « Man Who Wasn't There, The » [archive du ], sur Urban Cinefile, (consulté le )
  15. Andy Seifert, « Random roles: Richard Jenkins », sur The A.V. Club, (consulté le )
  16. « Lieux de tournage » (tournage et production), sur l'Internet Movie Database
  17. (en) Carter Burwell - The Man Who Wasn't There (Soundtrack) - AllMusic.com.
  18. « Distinctions » ((en) récompenses), sur l'Internet Movie Database
  19. « Secrets de tournage », sur AlloCiné.fr (consulté le )

Annexes

Bibliographie

  • (en) William Rodney Allen, The Coen Brothers: Interviews, Mississippi, University Press of Mississippi, (ISBN 978-1578068890)
  • (en) Ronald Bergan, The Coen Brothers, Second Edition, New York, Skyhorse Publishing, Inc, (ISBN 978-1628725667)
  • (en) Ian Nathan, Masters of Cinema: Ethan and Joel Coen, London, Phaidon Press, (ISBN 978-2866429034)
  • (en) Eddie Robson, Coen Brothers - Virgin Film, New York, Random House, (ISBN 978-0753547700)

Liens externes

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